Différences entre versions de « Le Père Milon (recueil)/La Veillée »

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Et ils l’aimaient comme ils ne l’avaient jamais aimée. Et ils s’apercevaient, en mesurant leur désepoir, combien ils allaient se trouver maintenant abandonnés.
 
C’étaient leur soutien, leur guide, toute leur jeunesse, toute la joyeuse partie de leur existence qui disparaissaient, c’était leur lien avec la vie, la mère, la maman, la chair créatrice, l’attache avec leurs aïeux qu’ils n’auraient plus. Ils devenaient maintenant des solitaires, des isolés, ils ne pouvaient plus regarder derière eux.
C’é TA MERE LA CHAUVE JE M APPEL OCEANE CHATELAIN J HABITE A L ILE SAINT DENIS ET PERSONNE PEUT MEN NEPECHE MOUHAHAHAHAHA
 
La religieuse dit à son frère : " Tu sais, comme maman lisait toujours ses vieilles lettres ; elles sont toutes là, dans son tiroir. Si nous les lisions à notre tour, si nous revivions toute sa vie cette nuit près d’elle ? Ce serait comme un chemin de la croix, comme une connaissance que nous ferions avec sa mère à elle, avec nos grands-parents inconnus, dont les lettres sont là, et dont elle nous parlait si souvent, t’en souvient-il ?
 
Et ils prirent dans le tiroir une dizaine de petits paquets de papier jaunes, ficelés avec soin et rangés l’un contre l’autre. Ils jetèrent sur le lit ces reliques, et choisissant l’une d’elle sur qui le mot " Père " était écrit, ils l’ouvrirent et lurent.
 
C’étaient ces si vieilles épîtres qu’on retrouve dans les vieux secrétaires de familles, ces épîtres qui sentent l’autre siècle. La première disait : " Ma chérie " ; une autre : " Ma belle petite fille " ; puis d’autres : " Ma chère enfant " ; puis encore : " Ma chère fille. " Et soudain la religieuse se mit à lire tout haut, à relire à la morte son histoire, tous ses tendres souvenirs. Et le magistrat, un coude sur le lit, écoutait, les yeux sur sa mère. Et le cadavre immobile semblait heureux.
 
Soeur Eulalie s’interrompant, dit tout à coup : " Il faudra les mettre dans sa tombe, lui faire un linceul de tout cela, l’ensevelir là-dedans. " Et elle prit un autre paquet sur lequel aucun mot révélateur n’était écrit. Et elle commença, d’une voix haute : " Mon adorée, je t’aime à en perdre la tête. Depuis hier, je souffre comme un damné brûlé par ton souvenir. Je sens tes lèvres sous les miennes, tes yeux sous mes yeux, ta chair sous ma chair. Je t’aime, je t’aime ! Tu m’as rendu fou. Mes bras s’ouvrent, je halète soulevé par un immense désir de t’avoir encore. Tout mon corps t’appelle, te veut. J’ai gardé dans ma bouche le goût de tes baisers... "
 
Le magistrat s’était redressé ; la religieuse s’interrompit ; il lui arracha la lettre, chercha la signature. Il n’y en avait pas, mais seulement sous ces mots : " Celui qui t’adore ", le nom : " Henry ". Leur père s’appelait René. Ce n’était donc pas lui. Alors le fils, d’une main rapide, fouilla dans le paquet de lettres, en prit une autre, et il lut : " Je ne puis plus me passer de tes caresses..." Et debout, sévère comme à son tribunal, il regarda la morte impassible. La religieuse, droite comme une statue, avec des larmes restées au coin des yeux, considérant son frère, attendait. Alors il traversa la chambre à pas lents, gagna la fenêtre et, le regard perdu dans la nuit, songea.
 
Quand il se retourna, sa soeur Eulalie, l’oeil sec maintenant, était toujours debout, près du lit, la tête baissée.
 
Il s’approcha, ramassa vivement les lettres qu’il rejetait pêle-mêle dans le tiroir ; puis il ferma les rideaux du lit.
 
Et quand le jour fit pâlir les bougies qui veillaient sur la table, le fils lentement quitta son fauteuil, et sans revoir encore une fois la mère qu’il avait séparée d’eux, condamnée, il dit lentement : " Maintenant, retirons-nous, ma soeur. "
 
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