Toine/Édition Conard, 1910

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ToineLouis Conard11 (p. 1-18).
TOINE.


I



On le connaissait à dix lieues aux environs le père Toine, le gros Toine, Toine-ma-Fine, Antoine Mâcheblé, dit Brûlot, le cabaretier de Tournevent.

Il avait rendu célèbre le hameau enfoncé dans un pli du vallon qui descendait vers la mer, pauvre hameau paysan composé de dix maisons normandes entourées de fossés et d’arbres.

Elles étaient là, ces maisons, blotties dans ce ravin couvert d’herbe et d’ajonc, derrière la courbe qui avait fait nommer ce lieu Tournevent. Elles semblaient avoir cherché un abri dans ce trou comme les oiseaux qui se cachent dans les sillons les jours d’ouragan, un abri contre le grand vent de mer, le vent du large, le vent dur et salé, qui ronge et brûle comme le feu, dessèche et détruit comme les gelées d’hiver.

Mais le hameau tout entier semblait être la propriété d’Antoine Mâcheblé, dit Brûlot, qu’on appelait d’ailleurs aussi souvent Toine et Toine-ma-Fine, par suite d’une locution dont il se servait sans cesse :

― Ma Fine est la première de France.

Sa Fine, c’était son cognac, bien entendu.

Depuis vingt ans il abreuvait le pays de sa Fine et de ses Brûlots, car chaque fois qu’on lui demandait.

― Qu’est-ce que j’allons bé, pé Toine ?

Il répondait invariablement :

― Un brûlot, mon gendre, ça chauffe la tripe et ça nettoie la tête ; y a rien de meilleur pour le corps.

Il avait aussi cette coutume d’appeler tout le monde "mon gendre", bien qu’il n’eût jamais eu de fille mariée ou à marier.

Ah ! oui, on le connaissait Toine Brûlot, le plus gros homme du canton, et même de l’arrondissement. Sa petite maison semblait dérisoirement trop étroite et trop basse pour le contenir, et quand on le voyait debout sur sa porte où il passait des journées entières, on se demandait comment il pourrait entrer dans sa demeure. Il y entrait chaque fois que se présentait un consommateur, car Toine-ma-Fine était invité de droit à prélever son petit verre sur tout ce qu’on buvait chez lui.

Son café avait pour enseigne : « Au Rendez-vous des Amis », et il était bien, le pé Toine, l’ami de toute la contrée. On venait de Fécamp et de Montivilliers pour le voir et pour rigoler en l’écoutant, car il aurait fait rire une pierre de tombe, ce gros homme. Il avait une manière de blaguer les gens sans les fâcher, de cligner de l’œil pour exprimer ce qu’il ne disait pas, de se taper sur la cuisse dans ses accès de gaieté qui vous tirait le rire du ventre malgré vous, à tous les coups. Et puis c’était une curiosité rien que de le regarder boire. Il buvait tant qu’on lui en offrait, et de tout, avec une joie dans son œil malin, une joie qui venait de son double plaisir, plaisir de se régaler d’abord et d’amasser des gros sous, ensuite, pour sa régalade.

Les farceurs du pays lui demandaient :

― Pourquoi que tu ne bé point la mé, pé Toine ?

Il répondait :

― Y a deux choses qui m’opposent, primo qu’a l’est salée, et deusio qu’i faudrait la mettre en bouteille, vu que mon abdomin n’est point pliable pour bé à c’te tasse-là !

Et puis il fallait l’entendre se quereller avec sa femme ! C’était une telle comédie qu’on aurait payé sa place de bon cœur. Depuis trente ans qu’ils étaient mariés, ils se chamaillaient tous les jours. Seulement Toine rigolait tandis que sa bourgeoise se fâchait. C’était une grande paysanne, marchant à longs pas d’échassier, et portant sur un corps maigre et plat une tête de chat-huant en colère. Elle passait son temps à élever des poules dans une petite cour, derrière le cabaret, et elle était renommée pour la façon dont elle savait engraisser les volailles.

Quand on donnait un repas à Fécamp chez les gens de la haute, il fallait, pour que le dîner fût goûté, qu’on y mangeât une pensionnaire de la mé Toine.

Mais elle était née de mauvaise humeur et elle avait continué à être mécontente de tout. Fâchée contre le monde entier, elle en voulait principalement à son mari. Elle lui en voulait de sa gaieté, de sa renommée, de sa santé et de son embonpoint. Elle le traitait de propre à rien, parce qu’il gagnait de l’argent sans rien faire, de sapas, parce qu’il mangeait et buvait comme dix hommes ordinaires, et il ne se passait point de jour sans qu’elle déclarât d’un air exaspéré :

― Ça serait-il point mieux dans l’étable à cochons nu quétou comme ça ? C’est que d’la graisse que ça en fait mal au cœur.

Et elle lui criait dans la figure :

― Espère, espère un brin ; j’verrons c’qu’arrivera, j’verrons ben ! Ça crèvera comme un sac à grain, ce gros bouffi !

Toine riait de tout son cœur en se tapant sur le ventre et répondait :

― Eh ! la mé Poule, ma planche, tâche d’engraisser comme ça d’la volaille. Tâche pour voir.

Et relevant sa manche sur son bras énorme :

― En v’là un aileron, la mé, en v’là un.

Et les consommateurs tapaient du poing sur les tables en se tordant de joie, tapaient du pied sur la terre du sol, et crachaient par terre dans un délire de gaieté.

La vieille furieuse reprenait :

― Espère un brin… espère un brin… j’verrons c’qu’arrivera… ça crèvera comme un sac à grain…

Et elle s’en allait furieuse, sous les rires des buveurs.

Toine, en effet, était surprenant à voir, tant il était devenu épais et gros, rouge et soufflant. C’était un de ces êtres énormes sur qui la mort semble s’amuser, avec des ruses, des gaietés et des perfidies bouffonnes, rendant irrésistiblement comique son travail lent de destruction. Au lieu de se montrer comme elle fait chez les autres, la gueuse, de se montrer dans les cheveux blancs, dans la maigreur, dans les rides, dans l’affaissement croissant qui fait dire avec un frisson : « Bigre ! comme il a changé ! » elle prenait plaisir à l’engraisser, celui-là, à le faire monstrueux et drôle, à l’enluminer de rouge et de bleu, à le souffler, à lui donner l’apparence d’une santé surhumaine ; et les déformations qu’elle inflige à tous les êtres devenaient chez lui risibles, cocasses, divertissantes, au lieu d’être sinistres et pitoyables.

― Espère un brin, espère un brin, répétait la mère Toine, j’verrons c’qu’arrivera.

II


Il arriva que Toine eut une attaque et tomba paralysé. On coucha ce colosse dans la petite chambre derrière la cloison du café, afin qu’il pût entendre ce qu’on disait à côté, et causer avec les amis, car sa tête était demeurée libre, tandis que son corps, un corps énorme, impossible à remuer, à soulever, restait frappé d’immobilité. On espérait, dans les premiers temps, que ses grosses jambes reprendraient quelque énergie, mais cet espoir disparut bientôt, et Toine-ma-Fine passa ses jours et ses nuits dans son lit qu’on ne retapait qu’une fois par semaine, avec le secours de quatre voisins qui enlevaient le cabaretier par les quatre membres pendant qu’on retournait sa paillasse.

Il demeurait gai pourtant, mais d’une gaieté différente, plus timide, plus humble, avec des craintes de petit enfant devant sa femme qui piaillait toute la journée :

— Le v’là, le gros sapas, le v’là, le propre à rien, le faigniant, ce gros soulot ! C’est du propre, c’est du propre !

Il ne répondait plus. Il clignait seulement de l’œil derrière le dos de la vieille et il se retournait sur sa couche, seul mouvement qui lui demeurât possible. Il appelait cet exercice faire un « va-t-au nord », ou un « va-t-au sud ».

Sa grande distraction maintenant c’était d’écouter les conversations du café, et de dialoguer à travers le mur quand il reconnaissait les voix des amis, il criait :

— Hé, mon gendre, c’est té Célestin ?

Et Célestin Maloisel répondait :

− C’est mé, pé Toine. C’est-il que tu regalopes, gros lapin ?

Toine-ma-Fine prononçait :

− Pour galoper, point encore. Mais je n’ai point maigri, l’coffre est bon.

Bientôt il fit venir les plus intimes dans sa chambre et on lui tenait compagnie, bien qu’il se désolât de voir qu’on buvait sans lui. Il répétait :

— C’est ça qui me fait deuil, mon gendre, de n’pu goûter d’ma Fine, nom d’un nom. L’reste, j’men gargarise, mais de ne point bé mé ça fait deuil.

Et la tête de chat-huant de la mère Toine apparaissait dans la fenêtre. Elle criait :

— Guêtez-le, guêtez-le, à c’t’heure ce gros faigniant, qu’y faut nourrir, qu’i faut laver, qu’i faut nettoyer comme un porc.

Et quand la vieille avait disparu, un coq aux plumes rouges sautait parfois sur la fenêtre, regardait d’un œil rond et curieux dans la chambre, puis poussait son cri sonore. Et parfois aussi, une ou deux poules volaient jusqu’au pied du lit, cherchant des miettes sur le sol.

Les amis de Toine-ma-Fine désertèrent bientôt la salle du café, pour venir, chaque après-midi, faire la causette autour du lit du gros homme. Tout couché qu’il était, ce farceur de Toine, il les amusait encore. Il aurait fait rire le diable, ce malin-là. Ils étaient trois qui reparaissaient tous les jours : Célestin Maloisel, un grand maigre, un peu tordu comme un tronc de pommier, Prosper Horslaville, un petit sec avec un nez de furet, malicieux, futé comme un renard, et Césaire Paumelle, qui ne parlait jamais, mais qui s’amusait tout de même.

On apportait une planche de la cour, on la posait au bord du lit et on jouait aux dominos pardi, et on faisait de rudes parties, depuis deux heures jusqu’à six.

Mais la mère Toine devint bientôt insupportable. Elle ne pouvait tolérer que son gros faigniant d’homme continuât à se distraire, en jouant aux dominos dans son lit ; et chaque fois qu’elle voyait une partie commencée, elle s’élançait avec fureur, culbutait la planche, saisissait le jeu, le rapportait dans le café et déclarait que c’était assez de nourrir ce gros suiffeux à ne rien faire sans le voir encore se divertir comme pour narguer le pauvre monde qui travaillait toute la journée.

Célestin Maloisel et Césaire Paumelle courbaient la tête, mais Prosper Horslaville excitait la vieille, s’amusait de ses colères.

La voyant un jour plus exaspérée que de coutume, il lui dit :

— Hé ! la mé, savez-vous c’que j’f’rais, mé, si j’étais de vous ?

Elle attendit qu’il s’expliquât, fixant sur lui son œil de chouette.

Il reprit :

— Il est chaud comme un four, vot’homme, qui n’sort point d’son lit. Eh ben, mé, j’li f’rais couver des œufs.

Elle demeura stupéfaite, pensant qu’on se moquait d’elle, considérant la figure mince et rusée du paysan qui continua :

— J’y mettrais cinq sous un bras, cinq sous l’autre, l’même jour que je donnerais la couvée à une poule. Ça naîtrait d’même. Quand ils seraient éclos j’porterais à vot’ poule les poussins de vot’ homme pour qu’a les élève. Ça vous en f’rait d’la volaille, la mé !

La vieille interdite demanda :

— Ça se peut-il ?

L’homme reprit :

— Si ça s’peut ? Pourqué que ça n’se pourrait point ? Pisqu’on fait ben couver d’s œufs dans une boîte chaude, on peut ben en mett’ couver dans un lit.

Elle fut frappée par ce raisonnement et s’en alla, songeuse et calmée.

Huit jours plus tard elle entra dans la chambre de Toine avec son tablier plein d’œufs. Et elle dit :

— J’viens d’mett’ la jaune au nid avec dix œufs. En v’là dix pour té. Tâche de n’point les casser.

Toine éperdu, demanda :

— Qué que tu veux ?

Elle répondit :

— J’veux, qu’tu les couves, propre à rien.

Il rit d’abord ; puis, comme elle insistait, il se fâcha, il résista, il refusa résolument de laisser mettre sous ses gros bras cette graine de volaille que sa chaleur ferait éclore.

Mais la vieille, furieuse, déclara :

— Tu n’auras point d’fricot tant que tu n’les prendras point. J’verrons ben c’qu’arrivera.

Toine, inquiet, ne répondit rien.

Quand il entendit sonner midi, il appela :

— Hé ! la mé, la soupe est-il cuite ?

La vieille cria de sa cuisine :

— Y a point de soupe pour té, gros faigniant.

Il crut qu’elle plaisantait et attendit, puis il pria, supplia, jura, fit des « va-t-au nord » et des « va-t-au sud » désespérés, tapa la muraille à coups de poing, mais il dut se résigner à laisser introduire dans sa couche cinq œufs contre son flanc gauche. Après quoi il eut sa soupe. Quand ses amis arrivèrent, ils le crurent tout à fait mal, tant il paraissait drôle et gêné.

Puis on fit la partie de tous les jours. Mais Toine semblait n’y prendre aucun plaisir et n’avançait la main qu’avec des lenteurs et des précautions infinies.

— T’as donc l’bras noué, demandait Horslaville.

Toine répondit :

— J’ai quasiment t’une lourdeur dans l’épaule.

Soudain, on entendit entrer dans le café. Les joueurs se turent.

C’était le maire avec l’adjoint. Ils demandèrent deux verres de Fine et se mirent à causer des affaires du pays. Comme ils parlaient à voix basse, Toine Brûlot voulut coller son oreille contre le mur, et, oubliant ses œufs, il fit un brusque « va-t-au nord » qui le coucha sur une omelette.

Au juron qu’il poussa, la mère Toine accourut, et devinant le désastre, le découvrit d’une secousse. Elle demeura d’abord immobile, indignée, trop suffoquée pour parler devant le cataplasme jaune collé sur le flanc de son homme.

Puis, frémissant de fureur, elle se rua sur le paralytique et se mit à lui taper de grands coups sur le ventre, comme lorsqu’elle lavait son linge au bord de la mare. Ses mains tombaient l’une après l’autre avec un bruit sourd, rapides comme les pattes d’un lapin qui bat du tambour.

Les trois amis de Toine riaient à suffoquer, toussant, éternuant, poussant des cris, et le gros homme effaré parait les attaques de sa femme avec prudence, pour ne point casser encore les cinq œufs qu’il avait de l’autre côté.

III


Toine fut vaincu. Il dut couver, il dut renoncer aux parties de domino, renoncer à tout mouvement, car la vieille le privait de nourriture avec férocité chaque fois qu’il cassait un œuf.

Il demeurait sur le dos, l’œil au plafond, immobile, les bras soulevés comme des ailes, échauffant contre lui les germes de volailles enfermés dans les coques blanches.

Il ne parlait plus qu’à voix basse comme s’il eût craint le bruit autant que le mouvement, et il s’inquiétait de la couveuse jaune qui accomplissait dans le poulailler la même besogne que lui.

Il demandait à sa femme :

— La jaune a-t-elle mangé anuit ?

Et la vieille allait de ses poules à son homme et de son homme à ses poules, obsédée, possédée par la préoccupation des petits poulets qui mûrissaient dans le lit et dans le nid.

Les gens du pays qui savaient l’histoire s’en venaient, curieux et sérieux, prendre des nouvelles de Toine. Ils entraient à pas légers comme on entre chez les malades et demandaient avec intérêt :

— Eh bien ! ça va-t-il ?

Toine répondait :

— Pour aller, ça va, mais j’ai maujeure tant que ça m’échauffe. J’ai des fremis qui me galopent sur la peau.

Or, un matin, sa femme entra très émue et déclara :

— La jaune en a sept. Y avait trois œufs de mauvais.

Toine sentit battre son cœur. — Combien en aurait-il, lui ?

Il demanda :

— Ce sera tantôt ? — avec une angoisse de femme qui va devenir mère.

La vieille répondit d’un air furieux, torturée par la crainte d’un insuccès :

— Faut croire !

Ils attendirent. Les amis prévenus que les temps étaient proches arrivèrent bientôt inquiets eux-mêmes.

On en jasait dans les maisons. On allait s’informer aux portes voisines

Vers trois heures, Toine s’assoupit. Il dormait maintenant la moitié des jours. Il fut réveillé soudain par un chatouillement inusité sous le bras droit. Il y porta aussitôt la main gauche et saisit une bête couverte de duvet jaune, qui remuait dans ses doigts.

Son émotion fut telle, qu’il se mit à pousser des cris, et il lâcha le poussin qui courut sur sa poitrine. Le café était plein de monde. Les buveurs se précipitèrent, envahirent la chambre, firent cercle comme autour d’un saltimbanque, et la vieille étant arrivée cueillit avec précaution la bestiole blottie sous la barbe de son mari.

Personne ne parlait plus. C’était par un jour chaud d’avril. On entendait par la fenêtre ouverte glousser la poule jaune appelant ses nouveau-nés.

Toine, qui suait d’émotion, d’angoisse, d’inquiétude, murmura :

— J’en ai encore un sous le bras gauche, à c’t’heure.

Sa femme plongea dans le lit sa grande main maigre, et ramena un second poussin, avec des mouvements soigneux de sage-femme.

Les voisins voulurent le voir. On se le repassa, en le considérant attentivement comme s’il eût été un phénomène.

Pendant vingt minutes, il n’en naquit pas, puis quatre sortirent en même temps de leurs coquilles.

Ce fut une grande rumeur parmi les assistants. Et Toine sourit, content de son succès, commençant à s’enorgueillir de cette paternité singulière. On n’en avait pas souvent vu comme lui, tout de même ! C’était un drôle d’homme, vraiment !

Il déclara :

— Ça fait six. Nom de nom qué baptême.

Et un grand rire s’éleva dans le public. D’autres personnes emplissaient le café. D’autres encore attendaient devant la porte.

On se demandait :

— Combien qu’i en a ?

— Y en a six.

La mère Toine portait à la poule cette famille nouvelle, et la poule gloussait éperdument, hérissait ses plumes, ouvrait les ailes toutes grandes pour abriter la troupe grossissante de ses petits.

— En v’là encore un ! cria Toine.

Il s’était trompé, il y en avait trois ! Ce fut un triomphe. Le dernier creva son enveloppe à sept heures du soir. Tous les œufs étaient bons ! Et Toine, affolé de joie, délivré, glorieux, baisa sur le dos le frêle animal, faillit l’étouffer avec ses lèvres. Il voulut le garder dans son lit, celui-là, jusqu’au lendemain, saisi par une tendresse de mère pour cet être si petiot qu’il avait donné à la vie ; mais la vieille l’emporta comme les autres sans écouter les supplications de son homme.

Les assistants, ravis, s’en allèrent en devisant de l’événement, et Horslaville, resté le dernier, demanda :

— Dis donc, pé Toine, tu m’invites à fricasser l’premier, pas vrai ?

À cette idée de fricassée, le visage de Toine s’illumina, et le gros homme répondit :

— Pour sûr que je t’invite, mon gendre.


Toine a paru dans le Gil-Blas du mardi 6 janvier 1885, sous la signature : Maufrigneuse.