Turquie — Insurrection de Candie

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TURQUIE.

INSURRECTION DE CANDIE.

suleïman-pacha.

Nos lecteurs n’auront sans doute pas oublié les troubles qui ont agité l’île de Candie au mois d’août de l’année dernière. Ces désordres ont été rapportés d’une manière si incomplète dans les journaux français ; ils ont été présentés sous un jour qui nous semblait si faux, que nous avons cru devoir rechercher des renseignemens authentiques. Nous avons été assez heureux pour nous procurer une correspondance qui, nous l’espérons, rectifiera beaucoup d’erreurs.

Il y a sans doute des hommes d’honneur et de courage parmi les Grecs ; nous le reconnaissons avec empressement, et notre admiration pour eux ne le cède en rien à l’admiration de quelques journaux. Mais une chose nous a étonné de la part de ces feuilles : c’est que l’esprit de parti, qui les portait à exalter les Canaris et les Botzaris, leur ait fermé les yeux au point qu’elles ne parlent des généraux turcs que comme on parle d’hommes sans foi, sans vertu, sans courage militaire. Les documens suivans démontreront que cette nation qu’on appelle barbare, a aussi des hommes dont le cœur est généreux, dont la conduite est digne d’éloges ; ils feront en outre connaître l’esprit et le but de l’insurrection de Candie. En suivant attentivement ce qui se passait à la même époque sur d’autres points, on ne peut considérer cette insurrection que comme l’un des anneaux d’une vaste chaîne dans laquelle le gouvernement hellénique tendait à envelopper les trois puissances. Il espérait faire aisément surgir un vaste empire grec à la faveur d’une combustion générale.

Voici l’histoire de cette révolte.


Le baron de Reyneck fut chargé d’organiser le soulèvement. Les faits qui précédèrent le débarquement de cet officier sont connus ; on sait que des émissaires partis de Carabuse parcouraient déjà l’île depuis quelque temps promettant aux habitans grecs la coopération des puissances pour l’affranchissement complet de la Crète, du moment où ils s’insurgeraient. Les instructions données au baron de Reyneck sont analysées en substance dans une lettre qui lui fut écrite par l’un des chefs principaux de l’administration grecque. Nous commencerons par ce document l’exposé des affaires de la Crète.


Poros, 17-29 novembre 1828.


À M. LE BARON DE REYNECK.


« Monsieur,


« Je dois vous prévenir que vous devez, en établissant le conseil, les démogérontes et toute sorte d’autorité locale que vous jugerez nécessaire, vous y prendre de manière que tout cela paraisse venir des Candiotes mêmes. Ils doivent demander au gouvernement la protection de ses institutions. Le gouvernement le fera, mais il ne doit pas avoir l’air de le provoquer. Comprenez bien que c’est le seul rôle qui convient et qui est compatible avec la situation des choses. C’est dans cet esprit que vos instructions seront dirigées.

« Il est absolument indispensable que vous nous teniez au courant de ce qui se passe, dans un moment où l’affaire de Candie est sur le tapis. Ainsi ne perdez aucune occasion.

A. Maurocordato. »


À l’époque où cette lettre fut écrite, la journée du 24 août avait déjà eu lieu. Dans cette journée, une partie de la garnison turque de Candie, excitée par les plaintes du fils d’Agriolidi, seigneur turc d’un rang élevé, qui venait de périr assassiné par les Grecs, se répandit avec fureur dans les rues et massacra un certain nombre d’individus.

Le baron de Reyneck fit à ce sujet un rapport qu’on transmit à l’amiral Malcolm, qui se laissa aller à l’indignation que lui inspiraient les scènes horribles dont cette pièce traçait le tableau.

L’amiral anglais se présenta à la Canée, et signifia aux autorités turques la pièce suivante sous le titre de Memorandum[1].

« Les alliés veulent[2] que les choses restent sur le pied actuel en Candie, jusqu’à ce que le traité de Londres soit exécuté.

« Les amiraux vont disposer leurs forces navales de manière à ce que tout convoi d’hommes, d’armes, de vaisseaux et de munitions soit interdit, et ils recommandent un armistice aux deux partis. Ils s’offrent pour en faciliter l’exécution, fondée, autant que possible, sur le principe de l’uti possidetis. »

Suleïman-Pacha, gouverneur-général de Candie, envoya à l’amiral la réponse suivante :


À M. l’AMIRAL SIR PULTENEY MALCOLM,
vice-amiral, commandant en chef les forces navales de s. m. e. dans la méditerranée


« Monsieur l’amiral,

« Je viens de recevoir le Memorandum que Votre Seigneurie a remis à Mustafa-Pacha, concernant l’armistice que vous voulez établir entre nous et les Grecs, et je m’empresse de lui adresser cette lettre pour la prévenir que je ne me refuserai jamais, comme je ne me suis jamais refusé, à employer mon autorité, lorsqu’il s’agit du soulagement des maux qu’éprouve depuis quelque temps cette île. L’estime d’ailleurs particulière que je professe pour les nations anglaise et française, me donne tout lieu d’espérer que les nobles chefs de leur marine, dans le Levant seront guidés dans cette occasion par la même franchise dont je suis animé, et que leur impartialité, précieux attribut du médiateur, ainsi que leur influence sur l’esprit des Grecs, leur fera juger avec l’équité qui leur est naturelle, les raisons des deux partis, afin d’en venir à un juste arrangement. Je viens de nommer Mustafa, pacha de la Canée, pour mon substitut, et je lui ai donné pleine faculté d’agir en mon lieu et place dans cette affaire.

» J’ai appris, monsieur l’amiral, que depuis peu de temps seulement, vous êtes venu dans ces parages, et cela me fait supposer que les Grecs seuls ont pu vous adresser leurs plaintes. Qu’il me soit donc permis de vous esquisser à grands traits le tableau de la Crète depuis quelques années, et toujours avec impartialité ; vous pourrez discerner de quel côté se trouve la raison.

» Après l’insurrection de la Grèce, les rayas de cette île ont aussi pris les armes contre nous ; mais les chefs qui commandaient alors les ayant bientôt soumis, ils ont été contraints de recevoir d’eux un titre qui portait à la fois leur pardon et leur garantie. Dix-sept mois s’étaient écoulés depuis cette époque, et les Grecs, plus heureux que jamais, vaquaient librement à leurs affaires, quand des factieux venus du dehors ont entrepris de les aliéner encore, et ils y ont réussi. Le désordre a de nouveau paru en Crète, et c’est au milieu de ces horreurs que le Sultan mon maître m’en a confié le gouvernement. Quel a été le premier son de ma voix en abordant cette île, en proie aux suites fâcheuses de représailles réciproques ? Pardon général ! et quoique les Grecs dans les campagnes eussent causé beaucoup plus de dommages aux Turcs qu’ils n’en avaient essuyé d’eux dans les lieux habités, mes tribunaux ont été fermés aux réclamations dirigées sur des faits antérieurs à mon arrivée. Le Grec a été dès lors chéri par moi, respecté dans ses propriétés, dans tous ses droits. Les biens de ceux même qui ont reçu la mort en la donnant aux Turcs, et qui avaient été confisqués par un officier que mon gouvernement avait envoyé ad hoc, ont été repris par moi et restitués à leurs parens, acceptant seul, pour l’intérêt des rayas, une si grande responsabilité. Quel est le Grec qui, sans déplaire à Dieu, pourrait dire qu’une obole en numéraire lui a été ravie depuis que je gouverne la Crète ? Qu’on interroge les insurgés mêmes, et s’ils craignent le ciel, ils me rendront cette justice.

» La fatale journée du 24 août dernier existe dans la période de mon gouvernement. Oui, monsieur l’amiral, je ne puis le nier. Je ne m’arrêterai pas à motiver cette catastrophe par le massacre d’un Turc des plus notables du pays, revenant presque seul de la campagne, injustement enlevé à sa famille, à laquelle on apporte tout à coup le corps séparé de la tête que les assassins avaient gardée. Chaque esprit judicieux sentira qu’un parti, dans de semblables circonstances, peut en tout pays exciter un soulèvement, lorsque surtout il est fomenté par les clameurs d’un enfant de famille très-considérée, en âge de porter les armes, et qui demande à ses vassaux de venger la mort de son père leur maître…

» Sûr de la bonne harmonie qui existe entre nos cours respectives, anciennes amies, pénétré des sentimens d’honneur qui font la base du caractère de Votre Seigneurie et de celui de M. le vice-amiral de Rigny, j’accepte avec confiance l’armistice recommandé dans votre note, et puisqu’il appartient aux gouvernemens seuls de délibérer sur l’avenir de la Crète, vous ne souffrirez pas tous les deux qu’agissant un peu trop arbitrairement, je m’expose à encourir le blâme du mien. La Crète est un dépôt que le Sultan mon maître m’a confié. Faire sur elle quelques modifications est aujourd’hui une nécessité ; mais la mutiler sans être autorisé par celui qui m’y a placé, c’est me livrer avec certitude à sa juste sévérité.

» Aussitôt que les deux parties, aidées par votre impartiale influence, auront établi les bases d’un accommodement, je désire, monsieur l’amiral, qu’elles puissent former ensemble des pactes, à titre de voisins et d’amis. Je veillerai sans doute avec assiduité à ce que rien n’arrive du côté des Turcs ; j’attends de votre sagesse un service réciproque en exhortant les chefs des Grecs : mais enfin, dans le pays le plus tranquille, un fâcheux événement n’étant pas impossible, et à plus forte raison dans celui que nous cherchons à pacifier, il faudra aussitôt, si pareil malheur arrive, que la partie se présente à qui de droit. Justice devra lui être rendue, et le mal réparé autant que possible, en lui interdisant de chercher jamais à obtenir une vengeance particulière.

» Agréez, etc.

Suleïman-Pacha,
Gouverneur-général de l’île de Crète. »

Le docteur Caporal, médecin du pacha, porteur de la lettre qu’on vient de lire, partit de Candie accompagné d’un député turc, d’une autre personne qu’il alla chercher à Retimo, et du procureur de Suleïman-Pacha. Il se rendit à la Canée, où un troisième député de ce district se réunit aux autres pour traiter de l’armistice avec les Grecs, sous les auspices des médiateurs. Le procureur de Suleïman n’était là que pour donner, par sa présence, plus de poids aux pouvoirs des députés turcs.

Mais l’amiral Malcolm avait quitté les parages de Candie presque aussitôt après la remise du Memorandum, et laissé à sa place le commandant du Wellesley, sir Fred. Maitland. Le commodore lut la lettre remise par le docteur Caporal, et la communiqua à M. Robert, commandant la frégate française la Syrène. Il fut convenu que, dans les conférences, {{M.{de Reyneck}} ne pourrait être admis comme envoyé du comte Capo d’Istria. On lui en donna l’avis, et il y consentit.

La première entrevue eut lieu, le 24 novembre, sur le Wellesley. Le docteur Caporal y fut admis. Des prétentions qui parurent exagérées furent émises par les députés grecs, et rendirent impossible toute conclusion ; aussi se sépara-t-on sans être plus d’accord qu’en arrivant. Deux jours après, une pièce adressée au commodore, et signée par huit personnes composant le conseil grec de la Crète, demandait que tous ceux qui n’étaient pas nés dans l’île fussent exclus des conférences. Ce coup était dirigé contre le docteur Caporal.

Par divers motifs, la seconde séance fut retardée d’un mois. Elle eut lieu le 24 décembre, à Saint-Elefteri, aux environs de la baie de Sude. Les Grecs, sous le prétexte de l’éloignement, ne voulaient plus se rendre à bord du Wellesley. Deux jours avant cette séance, le baron de Reyneck avait demandé au commodore un officier pour assister aux conférences. « Le conseil le veut ainsi, avait-il dit, sans quoi nos députés ne viendront pas. » M. Maitland y consentit. Une seconde demande lui est bientôt adressée. On réclamait une garantie, de la part des alliés, pour tout ce qui serait arrêté par les deux partis. Le commodore demanda du temps pour répondre. En attendant, on continua à se réunir à Saint-Elefteri. Mais bientôt il reçut du baron de Reyneck une lettre officielle, par laquelle celui-ci, au nom du conseil et sine quâ non, demandait qu’un de ses secrétaires assistât aux conférences.

Le commodore, fort irrité de la prétention des Grecs, qui, un mois auparavant, avaient exigé formellement la retraite du docteur Caporal, parce qu’il n’était pas né en Crète, expédia le brick le Weazle, pour faire connaître à l’amiral anglais ce qui se passait.

Mais, durant les négociations, la province de Pidia avait été envahie et dévastée par les Sfakiotes. Cette attaque inattendue venait d’être connue à Candie, au moment où le docteur Caporal, qui y était retourné après son exclusion des conférences, en partait pour remettre au commodore la lettre suivante de Suleïman-Pacha.


Candie, 23 décembre 1828.


« Monsieur le commandant,

» Toujours désireux de voir établir l’arrangement projeté, je viens de faire de nouveaux efforts dans ce but. J’ai réuni ici toutes les autorités, afin de prononcer définitivement sur la récolte ; et la conclusion, je crois, très-raisonnable, envoyée à mon procureur Ali-Bey, ne saurait être rejetée.

» Mais pourquoi l’armistice de fait établi par nous, depuis l’apparition du Memorandum, n’est-il pas respecté par les Grecs ? Est-ce qu’ils ne sont pas encore satisfaits de tout ce qu’on leur a laissé faire ? Les deux partis ont d’anciens griefs ; les Turcs, retenus par mes ordres, ont toujours abandonné des avantages à leurs ennemis. Cependant le Memorandum, une fois communiqué, devait, ce me semble, avoir quelques droits au respect des Hellènes. Ce n’est pas nous qui leur avons donné les exemples du mépris. Les Turcs, contenus plus que jamais sur la simple demande des coalisés, devront-ils demeurer spectateurs des désastres journaliers qui s’exercent autour d’eux ? La récolte est depuis long-temps commencée par les Grecs ; mille subterfuges mis en avant, mille demandes outrées et contraires à la volonté de la coalition même, les font jouir illicitement des subsistances du malheureux peuple turc. Faut-il que leur cupidité les conduise toujours à de nouveaux excès ?

» Une foule de rebelles est allée assaillir, il y a quelques jours, le département de Pidia aux environs de cette ville. Vingt-six hommes tués, vingt femmes traînées en esclavage, et cinquante mille, dit-on, mais sûrement quarante mille moutons sont les trophées de cette attaque inattendue.

» Vous êtes homme, monsieur le commandant, et vous pourrez me dire, sur votre honneur, si Dieu, créateur aussi de ce malheureux peuple, doit tolérer de pareils crimes. Mais ce n’est pas tout ; de tels traitemens donnent naturellement lieu à quelques représailles, et c’est ce qui fait le compte des Grecs, en ouvrant la voie à leurs plaintes. Employez-vous, je vous supplie, monsieur le commandant, au nom de l’humanité ; instruisez au plus tôt M. l’amiral Malcolm de l’impossibilité où je suis de contenir davantage un peuple très-fort encore et justement irrité.

» Je demeure garant des Turcs, si leurs ennemis sont traitables, et je crois avoir donné quelques preuves de ma bonne foi. Si les chose se prolongent dans cet état, si le Grec, sûr de l’impunité, continue les vexations et le pillage, je suis obligé à Dieu et à mon gouvernement de donner aux Turcs la liberté de se défendre.

Agréez, monsieur le commandant, etc.


Suleïman-Pacha,
Gouverneur-général de l’île de Crète.


» P. S. Au moment de cacheter ma lettre, je viens de recevoir un courrier d’un de mes commandans de troupes qui sont dans la campagne, pour m’annoncer les nouveaux desseins entrepris par les Grecs. Voici le contenu de sa lettre :

« Les Grecs ont été annoncés, il y a quelques jours, du côté de Scitia[3] ; mais il paraît que les mauvais temps les ont empêchés d’effectuer leurs desseins. Aujourd’hui je reçois la nouvelle, qui me paraît certaine, que cinq cents rebelles sont effectivement arrivés, tandis qu’un nombre égal est attendu pour se joindre aux premiers, et fondre impitoyablement sur le paisible district de Scitia. »

L’attaque des Grecs sur le district de Scitia, et les désastres qui en avaient été la suite, venaient d’être connus du commandant Maitland. Le docteur Caporal, qui lui en apportait la nouvelle, et venait de la part de Suleïman lui demander secours pour la population turque de ce district, le trouva à bord de son vaisseau, engagé dans une conversation très-animée avec le baron de Reyneck. Il était précisément question de cet envahissement, qui avait eu lieu au moment l’armistice de fait existait encore. Le baron allégua que les Grecs avaient marché à son insu ; mais on lui objecta que les Turcs étaient instruits depuis plusieurs jours de ce projet, et que par conséquent, il était difficile qu’il ne l’eût pas connu.

Le commandant donna lecture du rapport qu’il avait fait à l’amiral Malcolm sur la rupture des conférences ; car elle venait d’avoir lieu. Ce rapport était parti depuis deux jours avec le brick le Weazle. Le baron interpellé sur les motifs qui avaient amené cette rupture, blâmé sur la prétention qu’il avait émise de faire admettre son secrétaire aux conférences, tandis qu’il avait consenti précédemment à ne pas même faire parler de lui, ne combattit ces observations que par des raisonnemens vagues. Il craignait sans doute de s’appuyer sur les instructions que nous avons rapportées plus haut ; mais il est évident qu’elles lui prescrivaient de s’opposer à tout prix à ce que les Grecs de l’île pussent conclure un arrangement avec les Turcs, et séparassent leur cause de celle des auxiliaires venus du dehors. En effet, le baron a constamment paru agir dans ce sens, et quand il s’appuyait, pour être admis dans les négociations, sur ce que le docteur Caporal l’avait été pendant un moment, et que le procureur de Suleïman-Pacha n’avait jamais été repoussé, il devait bien comprendre la différence qui existait entre l’admission par les Grecs d’un représentant de Suleïman-Pacha, autorité constituée sans laquelle rien ne pouvait se conclure, et l’admission par les Turcs d’un envoyé du gouvernement grec, qu’il fallait reconnaître en Crète, lorsque le divan ne l’avait pas encore reconnu à Égyne.

Le commandant Maitland, sollicité instamment de secourir les malheureux Turcs de Scitia qui étaient réunis sur la côte, et allaient être victimes de la fureur des Sfakiotes, comme l’avaient été ceux des autres districts de Pidia, s’y rendit avec son vaisseau, et recueillit deux cent onze individus qu’il déposa à Candie. De retour à la Sude, il reçut de Suleïman-Pacha la lettre suivante :

Candie, 4 janvier 1829.



« Monsieur le commandant,

» J’ai reçu les deux lettres que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, sous les dates du 28 décembre 1828, de la baie de la Sude, et du 2 janvier 1829 de celle de Candie.

» Permettez-moi, monsieur le commandant, de commencer ma réponse par la seconde de ces lettres, et de vous exprimer d’une faible manière la reconnaissance que votre humanité s’est acquise dans mon cœur, ainsi que dans celui des deux cent onze victimes qui doivent leur salut à votre générosité.

» Dans votre lettre du 28 décembre, vous témoignez la peine que vous avez éprouvée, monsieur le commandant, en voyant les Grecs, roidis contre le langage de la raison, vous forcer à retirer votre bras conciliateur des conférences de Saint-Elefteri. Cette peine, je la ressens mieux encore moi-même dans ma situation ; cependant je suis heureux que ces scènes de désordre se soient passées sous vos yeux.

» M. Caporal, à son retour du second voyage de la Sude, m’a fait connaître que les Grecs désignaient les Turcs comme agresseurs dans la rixe de Pidia. Rien de plus faux que cette accusation, monsieur le commandant ! Turcs et Grecs étaient tranquilles, les premiers sincères, les seconds feignant d’attendre les avantages de l’armistice, mais dans le fond méditant l’invasion. Les Grecs alors se sont jetés tout-à-coup sur Scitia, où ils ont enlevé quarante mille moutons, tué vingt-six hommes et fait esclaves vingt femmes et enfans. Les musulmans à leur tour ont tué alors huit hommes, et pris vingt femmes et enfans qu’ils m’ont envoyés, avec la prière de les échanger contre les leurs. J’ai aussitôt voulu entamer le marché ; mais les Grecs, plus attachés à leur cupidité qu’au soulagement de leurs frères, ont refusé la proposition, offrant la liberté des femmes et enfans turcs au prix exclusif de l’or. La rançon demandée étant difficile à réunir pour le moment, les captifs sont toujours entre les mains des Grecs, et les femmes et enfans de leur nation, faibles par le sexe et l’âge, incapables d’attirer de la haine, sont, par mes ordres, logés et nourris dans l’hôpital grec de cette ville. Le chef des Grecs avait prédit que les Scitiotes au désespoir n’auraient pour dernière ressource que l’abîme des mers ; mais le temps a prouvé la fausseté de la prédiction. À défaut de Grecs, il a donné les rives de la mer pour asile aux musulmans ; on dirait qu’il a voulu les punir de n’avoir pas justifié son oracle. Vingt jours d’avance, je savais le projet d’invasion sur Scitia, et vous aussi, monsieur le commandant.

» En attendant, les Grecs, qui rient de vos inutiles efforts et de ma bonne foi, ont envahi Scitia. Déjà huit cents personnes réduites à l’extrême misère, dont deux cent onze, transportées par vos soins, gémissent ici sur leur déplorable sort. Cent autres, qui ont refusé de se rendre, ont été lancées dans les airs par les mines que les Grecs avaient pratiquées ; j’en ai reçu la certitude avec les détails de Spina-Longa. Et que sont devenus les autres Scitiotes ? Cette malheureuse population s’élevait à trois mille ames à peu près ; le reste existe-t-il ? a-t-il été égorgé, ou bien erre-t-il de champ en champ, espérant du ciel l’apparition d’un autre Wellesley ? Je l’ignore encore ; mais ce que vous aurez appris comme moi, monsieur le commandant, c’est ce raffinement de cruauté exercé par les Cassiotes à l’égard de quelques Turcs de Scitia, qui avaient demandé le passage sur leurs bateaux. Ces harpies, après s’être fait donner 1500 piastres de ce pays pour recevoir à leur bord les passagers et leurs effets, les ont ensuite débarqués sous prétexte du mauvais temps ; bientôt après, les bateaux disparurent, emportant les dépouilles des malheureux qu’ils avaient lâchement abandonnés. »

Le visir entre ici dans quelques détails sur divers individus que les Turcs avaient, disait-on, saisis et massacrés, et prouve que les uns sont partis de l’île sans obstacle, que les autres y existent en parfaite santé. Il continue ainsi :

« Aujourd’hui, les conférences sont donc finies ! Tout espoir d’accommodement nous a été ôté par les Grecs, et tant de peines, tant de complaisances de votre part sont restées infructueuses ! Ils m’ont insolemment jeté le gant : je vous promets, monsieur le commandant, d’employer toute la modération que ma situation comporte ; mais je suis forcé de le ramasser. La guerre, dans toutes les révolutions, entraîne avec elle d’inévitables excès. J’ai la confiance en Dieu qu’il lui plaira de veiller sur la Crète ; néanmoins je rends les Grecs, à la face du ciel et des hommes, responsables de tout le mal qui pourra naître malgré mes efforts. Puissent-ils n’avoir pas à pleurer un jour d’avoir fermé leurs oreilles à vos conseils !

» Agréez, etc.

 » Le gouverneur général de l’île de Crète,
Suleïman pacha. »

Les Grecs indigènes ne tardèrent pas à s’apercevoir que leurs intérêts avaient été sacrifiés ; les auxiliaires du dehors commençaient à considérer leur position comme précaire et redoutaient la reprise des hostilités. Le baron de Reyneck se décida alors à écrire à M. Augustin Cousinery, négociant français à la Canée, pour lui témoigner le chagrin que les Grecs éprouvaient de la rupture, et leur désir de voir renouer les conférences, même sans qu’il y prit aucune part. Mais, dans l’intervalle, le brick anglais le Weazle, de retour de sa mission, avait apporté l’ordre de lever le blocus, et le commandant Maitland quitte ces parages.

Cette nouvelle fut un coup de foudre pour les Grecs. Beaucoup de districts envoyèrent leur acte de soumission à Suleïman-Pacha

Nous croyons devoir publier ici le rapport que fit M. le baron de Reyneck sur la catastrophe du 24 août. Si nous revenons sur les premiers faits de cette narration, c’est que le rapport dont il s’agit ne fut connu de Suleïman-Pacha qu’au mois de décembre, et qu’il donna lieu à une réfutation qui demeurera comme un document historique propre à faire apprécier ce qu’il y a eu d’exagéré dans ce qu’on a publié jusqu’à ce jour sur la Grèce.


à s. ex. m. le président de la grèce.


« Monsieur le président,

« J’arrive à l’époque où je dois remplir le devoir pénible et douloureux de tracer à V. Ex. la catastrophe la plus horrible qui puisse faire frémir l’humanité… Il n’y a pas de paroles pour tracer la noirceur hideuse de ce crime.

« Un Turc indigène, nommé Agriolidi, d’une haute réputation parmi ses compatriotes, à cause de son courage et de sa cruauté farouche envers les Grecs, dont il disait lui-même avoir tué un millier de sa propre main, à l’origine de la lutte actuelle, tomba dans une embuscade qu’un parti grec lui avait dressée devant la forteresse de Candie, et y trouva sa fin bien méritée. Il était séraskier de la partie orientale de l’île.

« Aussitôt que sa mort fut connue à Candie, son fils, âgé de quatorze ans et son neveu mutinèrent la garnison de cette place, et tous les Turcs notables se liguèrent à ces deux scélérats. Dans la nuit du 13 au 14 août, les corps de la garnison, en traversant par bandes la ville, brisèrent les portes des maisons grecques, et commencèrent un massacre général. On vit alors les Turcs de distinction remettre aux bourreaux leurs secrétaires et les domestiques grecs qu’ils avaient depuis plusieurs années. Cette boucherie dura pendant toute la journée du 14. Quelques femmes et enfans s’étant cachés dans des caisses, les assassins les en retirèrent pour les égorger : enfin le silence de la mort succéda au carnage.

« Tous les rapports que j’ai reçus s’accordent sur ce que le nombre des tués surpasse un millier. On trouva sur le bazar seulement jusqu’à deux cents cadavres. Il paraît que le visir de Candie, Cara Suleïman-Pacha, n’a pas donné son consentement au massacre ; mais n’ayant aucune autorité sur les Turcs indigènes, et manquant d’un corps de troupes placé directement sous ses ordres, il n’a pu l’empêcher. Depuis ce temps, les assassinats continuent sans cesse ; les Turcs parcourent par centaines les villages de la province de Scitia. Ces bandes tuent tout ce qu’elles rencontrent ; ni âge ni sexe ne sont épargnés.

« Aussitôt après avoir reçu les premiers rapports sur ces évènemens dans la partie méridionale de l’île, j’ai prié le capitaine sir T. Fellowes, commandant la frégate de S. M. B. le Dartmouth, alors en station dans le golfe de la Sude, de se rendre en Candie pour faire cesser le massacre. Sir T. Fellowes y trouva dans le palais du pacha l’évêque et les autres individus qui s’y étaient réfugiés.

« Suleïman-Pacha lui avoua franchement que l’émeute des troupes avait eu lieu contre sa volonté ; mais qu’il n’avait aucune autorité sur elles, puisqu’elles se trouvaient sans chef depuis la mort d’Agriolidi ; qu’il y avait réellement eu un petit nombre de gens tués, etc.

« Lorsqu’un Turc fait cet aveu à un officier d’une puissance chrétienne, on peut hardiment ajouter un zéro sans risquer de lui faire tort.

« Hier encore deux envoyés de Scitia sont parvenus chez moi après sept jours de chemin ; mille Turcs parcourent cette province, qui n’a jamais pris les armes, puisqu’elle n’en a pas, et égorgent tout ce qu’ils rencontrent. Ces malheureux me font le rapport le plus déchirant de leur état. Ils errent dans les montagnes, comme des troupeaux sans nourriture chassés par des bêtes féroces, et leur dernier espoir, leur dernier asile, c’est l’abîme de la mer. »

Ainsi que nous l’avons dit, Suleïman-Pacha ignorait l’existence de ce rapport. Jamais peut-être il ne l’aurait connu, si en décembre le docteur Caporal ne l’avait lu à bord, du Wellesley, où le commandant Maitland le lui montra.

Voici la réfutation qu’en fit le Pacha.


Candie, … janvier, 1829.


« Monsieur l’amiral,

« Au milieu de la déplorable histoire de la Crète, dont je vous donnais une faible esquisse, la fatale catastrophe de Candie du 24 août dernier a dû aussi trouver place, et vous êtes témoin de la candeur avec laquelle je l’ai citée. Ma plume n’a jamais eu recours aux excuses pour diminuer le tort des scélérats de cette journée. J’ai reconnu la vérité de l’événement dans un pays en désordre, comme l’est celui-ci depuis la révolution ; mais vous ne m’avez pas vu défendre les coupables.

« Quelle a dû être mon indignation, monsieur l’amiral, lorsque à propos de la catastrophe dont j’ai mis un religieux scrupule à ne point cacher les horreurs, un affreux libelle, revêtu du caractère sacré d’un rapport, vous a été présenté en implorant votre secours ! Je conçois bien que l’ambition puisse employer la ruse pour atteindre le but qu’elle se propose ; mais que, sous le masque de l’humanité, elle fasse agir les perfides ressorts de la calomnie, et déchire impitoyablement des hommes vertueux, c’est une action infame.

» Je suis d’accord sur un point avec l’auteur de ce libelle : la mort d’Agriolidi a été l’unique cause du massacre ; mais je ne partage pas son opinion sur le précis historique qu’il a donné de sa vie, et je dois à la mémoire de cet homme honorable de repousser aujourd’hui les épithètes infames qu’on lui décerne avec tant d’audace.

» On n’a pas mieux traité qu’Agriolidi les nobles turcs de cette ville ; et que dois-je répondre à ces phrases de pure et méchante invention : « Les Turcs de distinction commencèrent par remettre aux bourreaux leurs secrétaires et les domestiques qu’ils avaient depuis plusieurs années, pour stimuler au massacre le reste de la garnison ? » La vérité est ici tellement dénaturée, le texte est si fabuleux, que je me contenterai de dire, avec l’offre de le prouver, qu’aucun aga ne s’est déshonoré par une pareille conduite, et que tous leurs employés grecs, pleins de vie, occupent ici leurs postes aujourd’hui même ; qu’au contraire, ces mêmes agas, en butte à l’imposture du libelle, ont protégé un grand nombre de Grecs étrangers à leur service, et que, parmi ceux qui sont réunis chez moi, la majeure partie m’a été envoyée par eux.

» Quelques femmes et enfans s’étaient cachés dans des caisses, et les assassins les en retirèrent pour les égorger. » dit-on avec audace. Mais dans quel pays, s’il vous plaît ? Je vous assure bien, monsieur l’amiral, qu’il n’y a pas un mot de vrai dans tout cela. Pourquoi employer ainsi l’exagération ? Il me semble que la fatale vérité inspire assez d’horreur. Parmi les victimes de ce jour, une seule femme et un seul enfant ont trouvé la mort dans un démêlé. Les familles sont toutes ici, et s’il faut, pour prouver ce que j’avance, vous les désigner l’une après l’autre, je puis facilement vous procurer une liste. La phrase qui suit, quoique étant le noyau de la narration, est aussi extraordinairement outrée : « Tous les rapports que j’ai reçus de différens côtés s’accordent sur ce que le nombre des tués surpasse un millier.  » Mais si depuis long-temps il n’y a pas eu un millier de Grecs tués dans le pays, on sera forcé de convenir que ce millier est au moins très-hasardé.

» Pour moi, je vous dirai avec la plus grande franchise, monsieur l’amiral, que j’ai pris là-dessus des informations depuis le jour même de la catastrophe. J’ai interrogé avec autorité ceux qui ont inhumé les victimes, ainsi que les officiers qui surveillaient cette douloureuse corvée, et le nombre des morts, dans la ville et en dehors des remparts, n’a été porté qu’à cent huit, c’est-à-dire quatre-vingt-dix-sept dans le pays et onze dehors. J’ai employé ensuite secrètement des personnes de confiance pour interroger les fossoyeurs, qui, payés à tant par corps, devaient bien en connaître le nombre, et toujours les morts se sont trouvés cent huit.

» Quand M. le commandant Fellowes, de votre nation, monsieur l’amiral, s’est présenté chez moi, je lui ai dit, en effet, qu’une centaine d’hommes avaient été tués. C’est sans doute sur ce nombre qu’avec une politesse peu européenne l’auteur a établi cette phrase : Lorsqu’un Turc fait cet aveu à un officier d’une puissance chrétienne, on peut hardiment ajouter un zéro sans risquer de lui faire tort : » Je ne descendrai certainement pas jusqu’à lui pour relever l’inconvenance de l’expression ; mais j’aurai bien l’honneur de dire à V. S. que ce Turc est un honnête homme, capable, non d’en imposer, d’inventer, de calomnier lâchement, mais de rapporter véridiquement un fait, quel qu’il soit, à un autre honnête homme, comme le loyal officier qui se trouvait chez moi. Je sais bien que la hardiesse ne manque pas à l’auteur pour employer un zéro, il m’en a donné des preuves dans son libelle ; mais lorsque je prouverai que ce zéro ne pourra pas trouver place à côté du nombre des victimes du 24 août, il sera forcé de le déposer sur sa propre conscience qui ressemble à ce chiffre pour la valeur.

» L’auteur met le comble à l’exagération et au mensonge, quand il parle de la sortie de la garnison qui se répand dans les villages, et en extermine la population entière. La garnison n’est jamais sortie du fort ; mais je ne saurais nier qu’il n’y ait eu des représailles exercées dans les villages de la plaine. Cependant ayant prévu cela, j’avais envoyé des ordres sur tous les points ; les agas, si injustement attaqués, en avaient fait de même auprès de leurs propres gens du dehors, et je puis vous assurer que cette extermination entière s’est bornée à une cinquantaine de victimes des deux côtés. Le fait peut se prouver en disant à l’auteur que ces villages entièrement exterminés sont toujours peuplés comme avant la catastrophe de Candie.

» Je voudrais bien apprendre du libelliste l’époque à laquelle les Turcs ont massacré des chrétiens à Scitia. Les Grecs n’ont jamais quitté leurs demeures, par la raison qu’ils n’ont jamais été chagrinés ; mais les Turcs ont véritablement erré ces jours-ci « comme des troupeaux sans nourriture chassés par des bêtes féroces. »

» Le généreux commandant Maitland vous fera son rapport ; vous y verrez, monsieur l’amiral, l’état pitoyable des femmes et enfans en bas âge que l’humanité du noble officier a protégés sur le Wellesley, et dans quelle saison, grand Dieu ! au milieu de l’hiver ! Heureuses encore les victimes qui ont pu poser le pied sur un vaisseau de Sa Majesté Britannique ! Mais celles qui, dans de petits bateaux, sont sans cesse exposées au naufrage ! celles surtout qui sont actuellement enfermées dans des tours, ou bien errantes dans les campagnes, pressées par les besoins et les dangers ! Voilà les bienfaits des Grecs et leurs dispositions à la paix proposée par les coalisés !

« Peut-on se tromper sur ces idées, en voyant le soin que le fabuliste met à amplifier les faits qui existent, à inventer les contes les plus absurdes avec ses caisses, et la prétendue mort des femmes et des enfans, à imaginer des attaques et des massacres dans des lieux où jamais le nez d’un Grec n’a saigné par un coup musulman, et finalement à calomnier avec impudence les morts et les vivans ? La conduite actuelle des Grecs, sous les yeux même de la coalition, n’annonce-t-elle pas le désir du carnage ? Qu’ont-ils dû faire, lorsqu’il n’y avait point à la Sude une station médiatrice ? Ils ont sans cesse aiguillonné les Turcs, déjà trop malheureux, pour susciter toujours des massacres qui servent leur politique. Aujourd’hui, pendant que les conférences avaient lieu pour l’armistice, n’ont-ils pas attaqué Scitia ? Cet armistice même n’a t-il pas été repoussé par eux ? Dans le temps que les conférences avaient lieu et que le loyal commandant du Wellesley, du fond de la baie déserte de la Sude, prêchait la modération aux deux partis, un bateau turc du pays ayant naufragé sur la partie méridionale de l’île, les Grecs, après avoir pillé ce qu’ils ont pu de la barque, n’ont-ils pas inexorablement massacré les dix personnes de son équipage ? L’idée d’un naufrage est propre à attendrir un cœur féroce ; le spectacle du malheureux dont la mer a respecté la vie suffit pour effacer l’inimitié la plus cruelle. Comment donc, au milieu d’un armistice établi déjà de fait, les Grecs, ces hommes de l’Évangile, ont-ils pu être sourds à la voie de l’humanité, et plus furieux que la mer même, se décider à priver de la vie des infortunés qui venaient de perdre leur fortune dans les flots ? Quelles expressions n’auraient-ils pas employées pour se plaindre, ces Grecs, s’il s’était trouvé des Turcs assez profondément scélérats pour commettre un pareil crime ?… Et pourtant, monsieur l’amiral, j’ai réprimé la juste colère des Turcs à la nouvelle d’une action si atroce, j’ai dévoré en mon particulier cette horrible offense, faite pour ébranler le cœur d’un galant homme, espérant la paix, ne songeant qu’au Memorandum, et à l’armistice qu’il proposait.

» J’ai l’honneur d’être, monsieur l’amiral, etc.


Suleïman-Pacha,
Gouverneur-général de l’île de Crète. »

  1. Cette pièce se trouve en original à bord du vaisseau le Wellesley écrite en anglais. Une copie traduite en langue française sur ce vaisseau, a été remise à Mustafa-Pacha, pour être envoyée au séraskier de la Crète.
  2. Le ton impératif de veulent n’existe pas dans l’original anglais. Il paraîtrait que le traducteur n’a pas su faire la différence entre le wish, qui exprime un désir, et le will qui exprime une volonté.
  3. District de la province de Pidia.