Voyage aux Indes orientales et à la Chine/Livre V/01

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VOYAGE
AUX INDES ORIENTALES
ET À LA CHINE.


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LIVRE CINQUIÉME.
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Objets nouveaux relatifs à l’Histoire Naturelle.


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§. PREMIER
DES QUADRUPEDES.
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Le Aye-Aye.
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CE Quadrupède se rapproche beaucoup de l’écureuil ; cependant, comme on le verra, il en diffère par des caractères essentiels : il tient aussi du Maquis & du Singe.

Le Aye-aye a dix-huit pouces six lignes depuis la tête jusqu’au commencement de la queue ; celle-ci est longue d’un pied & demi. Il a cinq doigts à chaque pied ; ceux de devant sont très-longs, un peu crochus, ce qui doit le rendre fort lent dans sa marche ; ils sont garnis d'ongles crochus ; les deux dernières articulations du doigt du milieu sont longues, grêles, dénuées de poils ; il s’en sert pour tirer des trous des arbres les vers qui font sa nourriture : il s’en sert aussi pour les pousser dans son gosier; elles paroissent de même lui être utiles pour s'accrocher aux branches des arbres. Les pieds de derrière ont quatre doigts garnis d'ongles crochus, & n’ont chacun que deux articulations : le cinquième ou intérieur forme le pouce, & a un ongle plat semblable à ceux de l’homme.

Pl. LXXXVI.

Le Aye-aye a deux dents incisives à chaque mâchoire; elles font très-rapprochées , & ressemblent à un bec de perroquet, les inférieures sont beaucoup plus fortes que les inférieures.[** ?]

Ses oreilles sont grandes, larges & plates : elles font noires, liffes, reîuifantes, & parsemées extérieurement de poils longs.

Il a des touffes de longs poils au-dessus des yeux & du nez, sur les joues & au menton.

L'animal entier est couvert d'un duvet ou poil fin d'un blanc fauve d'où sortent de grands poils noirs. Le masque & le devant du col sont d'un blanc fauve ; la queue est plate, touffue & garnie de longs poils : quoiqu'elle paroisse toute noire, cependant les poils qui la couvrent sont blancs depuis leur naissance jusqu'à la moitié de leur longueur.

Cet animal paroît terrier : il ne voit pas le jour ; son œil est roussâtre & fixe comme celui du chat-huant. Il est très-paresseux, & par conséquent très-doux, j'ai eu le mâle & la femelle, ils n'ont vécu que deux mois ; je les nourrissois avec du riz cuit, & ils se servoient pour le manger, des deux doigts grêles des pieds

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de devant, comme les Chinois ſe ſervent de baguettes. Ils étoient peureux, craintifs, aimoient beaucoup la chaleur, ſe tenoient toujours ramaſſés pour dormir, ſe couchoient ſur le côté, & cachoient leur tête entre les jambes de devant. Ils étoient toujours couchés ; ce n'eſt qu’en les ſecouant pluſieurs fois, qu’on venoit à bout de les faire remuer.

Quoique cet animal ſoit très lent dans ſa marche, & qu’il ſemble engourdi pendant le jour, il n’a aucun rapport avec l’Unau & l’ de M. Buffon.

Le nom de Aye-aye que je lui ai conſervé eſt un cri d’exclamation & d’étonnement des habitans de Madagaſcar ; nous ne le connoiſſons que depuis peu d'années, parce que nous fréquentons peu la côte de l’Oueſt, partie de cette île qu’il habite ; les habitans de la côte de l’Eſt m’aſſurèrent que c’étoit le premier qu'ils avoient vu.

Le grand Écureuil de la côte de Malabar.[modifier]

Cette eſpèce eſt la plus grande connue ; elle eſt de la groſſeur du chat domeſtique, & a pour caractères,

Deux dents inciſives à chaque mâchoire; celles de la mâchoire inférieure plus fortes & plus longues.

Cinq doigts à chaque pied ; quatre doigts des pieds de devant        Pl. LXXXII. ſont garnis d'ongles crochus ; le cinquième ou intérieur eſt comme un moignon ou eſpéce de pouce qui a un ongle plat ; les doigts des pieds de derrière ſont tous garnis d'ongles crochus & très-forts ;

La queue eſt touffue, plus longue que le corps, & auſſi groſſe quand il l’hériſſe ; il la relève avec une agilité ſurprenante juſques ſur ſa tête. En courant dans les bois, il la tient preſque perpendiculaire.

Ses oreilles ſont droites & terminées par une houppe de poil.

Tout ſon corps eſt fourni de poils très-longs; le deſſus de la tête, les oreilles, le manteau & les côtés du ventre ſont d’un roux mordoré; une petite bande de la même couleur commence au-deſſous de l’oreille, ſe prolonge ſur le col, & ſe recourbe du côté du corps ; une partie du col en arrière, le commencement du corps & le derrière des cuiſſes de devant ſont noirs. Tout le derrière de l’animal, ainſi que la queue, ſont noirs. La tête, le devant du col & les cuiſſes, les jambes, les pieds & le ventre ſont d’un jaune rouillé, un peu plus clair ſur la poitrine. L’iris eſt d’un jaune terne.

Ce quadrupède s’apprivoiſe facilement, & vit de fruits ; il ſe tient ordinairement aſſis, preſque debout, & ſe ſert de ſes pieds de devant comme d’une main, pour porter ſa nourriture à la bouche ; ſon cri eſt perçant & aigu.

Cet animal aime beaucoup le lait de coco ; & lorſque ce fruit eſt mur, il le perce ſur l’arbre, pour en boire ſeulement la liqueur.

Il ſe trouve à la côte de Malabar, où on l’appelle grand rat des bois : mais il habite plus ordinairement les montagnes de Cardamome, qui font partie des Gates.

L’ Écureuil de Gingi.[modifier]

Il eſt un peu plus gros que l’Écureuil d’Europe; tout l’animal eſt d’un gris terreux, plus clair ſur le ventre, les jambes & les pieds. Il a fur le ventre de chaque côté une bande blanche, qui prend de la cuisse de devant à celle de derrière; les yeux font entourés d'une bande blanche circulaire; la queue paroît toute noire, quoiqu'elle toit parfemée de poils blancs.

Des Maquis.
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LES Maquis fembleroient tenir du Singe; ils ont les pieds conformés comme eux, mais leur mufeau eft plus alongé : comme les écureuils, ces animaux fe tiennent affis pour man¬ ger, ôc fe fervent de leurs pieds de devant comme d'une main •pour porter leur nourriture à leur bouche. Les jambes de derrière des Maquis font plus longues que celles de devant; elles les aident à pouffer leurs corps en avant, comme par la force d\m reffort, ce qui leur donne une grande facilité pour s'élancer très-loin ; aufïi les Maquis en général font-ils les quadrupèdes les plus leftes : on les voit fau¬ ter d'arbre en arbre avec tant de légèreté, que Foetl a peine à les fuivre. Ils craignent beaucoup le froid, ôc dorment accroupis la tête cachée entre les cuines. Ils ont les dents très-aiguës, & font frugivores.

Madagafcar est le seul pays où Fon trouve des Maquis ; cette île en nourrit beaucoup d'efpèces, toutes faciles à apprivoifer ; elles femblentfuppléer au genre des Singes, qui y manque abfo- îument ; au moins nen a-t-on pas encore trouvé une feule efpéce. Les Varis, que Flacourt a appelle des Singes, font des Maquis; les Madégaffes les appellent tous Maques, nom qu ils leur ont donné à caufe de leur en qui femble articuler ce mot. Je non décrirai que deux efpéces, rindri & le Maquis a bourres.

L'Indri eft la plus grande efpéce de Maquis; il diffère de celles qui font connues en ce quil na point de queue, ou du moins celle quil a, eft fi petite, quelle neft fenfible quau toucher.

Pl.LXXXVIII.

Il a trois pieds & demi de haut; quand il eft debout, les jambes de derrière font auffi longues que le corps.

Quatre dents incifives Munies à la mâchoire inférieure, & deux féparées a la mâchoire fupérieure, huit dents canines à chaque mâchoire forment ton caractère.

Il a cinq doigts à chaque pied, réunis jufquà la première articulation ; tous les ongles font plats, mais non-arrondis à leur extrémité comme ceux de l'homme ; ils fe terminent en pointe très-aiguë; le pouce des pieds de derrière eft très-gros, ôc plus long que celui des pieds de devant. Le mufeau neft pas fî alongé que dans les autres efpéces de Maquis.

Cet animal eft prefque tout noir; fa fourrure eft foyeufe & très-fournie. Le mufeau, le ventre vers les parties de la géné¬ ration feulement, le derrière des cuiffes &le deffous des bras font grisâtres; le bas des reins vers la queue à l'endroit où il s'aûied, eft blanc» Le poil dans cette partie eft laineux & crépu comme la laine du mouton. Sonoeileft blanc & a beau¬ coup de vivacité ; ton cri eft celui d'un enfant qui pleure.

Le mot Indri en langue Madégaffe, fignifie Homme des î?ois, cet animal eft très doux ; les Madégaffes , habkans de la par¬ tie du Sud, les prennent jeunes, les élèvent ôc les forment pour la chaûe, comme nous dreffons les chiens.

Le Maquis à bourres a un pied neuf pouces depuis la tête


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jusqu'au bout de la queue ; celle-ci a neuf pouces de longueur,

Il a quatre dents mcifives réunies à la mâchoire inférieure , & deux à la fupérieure, qui font féparées. Des mains lui tiennent

pl. LXXXIX.

lieu de pieds, ôc font formées de doigts très-longs, réu¬ nis jufqu'à la première articulation; les pouces font très-bien marqués, faits comme ceux de l'homme, & longle eft plat. L'animal entier eft d'un jaune rou.(sâtre terreux ; le ventre efl- blanc; le bas des reins vers la queue, eft d'un rougeâtre fauve très-clair 5 la queue eft de la même couleur, mais plus chargée de rouge. Le mufeau eft noir,1 oreille eft très-petite, Fœil grand & d'un gris-verdâtre. Ce Maquis eft couvert d'un poil fin, très-doux au toucher, crépu & frifé comme la lame du mouton.

Le Chat Sauvage à bandes noires des Indes.
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IL a deux pieds depuis la tête jufqu'au bout de la queue, celle-ci a neuf pouces de longueur. Deux dents mcifives à chaque mâchoire, celles de l'infé- neure plus fortes; quatorze dents canines à chaque mâchoire; cinq doigts garnis d'ongles à chaque pied ; ces ongles font forts & crochus; le corps eft alongé, couvert d'un poil ras & cou-

pl. XC.

ché; les pieds font courts; la queue eft grêle, prefqu'aufli longue que le corps, & fe terminant en pointe comme celle du chat; elle eft garnie de poils noirs ôc de poils roufsâtres beaucoup plus longs que ceux du corps. Le chat eft de couleur gnfe, lavé de roux à la partie infé¬ rieure de la tête & du col, fur les cuines & les pieds; leven» tre eft blanc; il a fîx bandes noires fur le corps ; quatre font droites, commencent derrière la tête, se prolongent sur le corps, & se terminent vers la queue. Les deux autres qui sont sur les côtés du ventre, sont comme ondelées ; elles commencent sur les épaules, & se terminent en s'arrondissant sur la cuisse de derrière ; il y a une autre bande de la même couleur sur la cuisse de derrière qui se partage ensuite en deux du côté de la queue, les yeux font vifs, d'un jaune lavé de roux ; la prunelle sous un certain aspect paroît oblongue.

La Civette de Malacca.
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Cette Civette n'eft point la même que l'animal décrit fous ce nom dans les Mémoires/pour fervir à l'Hiftoire des ani¬ maux, par MM. de FAcadémie Royale des Sciences, & elle na de rapport avec le Zibet de M. de Buffon, que par les caractères génériques.

Pl. XCI.

Elle ef1 de la groneur de notre chat domeftique, & en a les caractères & les inclinations.

La queue eft plus longue que le corps, elle est grêle & se termine en pointe comme celle du chat.

Le museau est alongé, les oreilles sont petites, rondes & droites ; les jambes courtes.

Cinq doigts garnis d'ongles aigus &: crochus qu'elle couche & retire dans tes doigts.

L'œil est petit, noirâtre , sa prunelle, sous certain aspect, paroît oblongue.

L'animal entier est d'un gris perlé, plus foncé sur la partie supérieure du corps; le dessus de la tête est noir; il a quatre taches rondes de la même couleur au-dessus des yeux, & sur le col trois bandes noires qui commencent derrière la tête,

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& fe terminent fur les épaules ; il y en a trois autres qui naif- fent fur les reins., & vont fe perdre à la queue ; une autre placée fous le ventre, s'étend jufqu'aux parties de la généra¬ tion ; fur le corps & les cuiffes, il y a foixante ôc une taches noires rondes, affez grandes, rangées fymmétriquement fur fept lignes ; la queue eft compofée alternativement d'anneaux noirs & gris ; les jambes ôc les pieds font noirs. Cet animal vit de chaffe, il eft agile & faute avec facilité d arbre en arbre ; il eft farouche, & revient fur le coup de fufil , s'il n'eft que bleffé , il répand une odeur très» forte de mufc, produite par une liqueur qui découle d'une ouverture placée vers les parties de la génération. Les Malais recueillent cette liqueur, & prétendent qu'elle fortifie l'efto- mac, & qu'elle excite à Famour. Cette dernière propriété la fait eftlmer des Chinois/qui viennent l'enlever <iux Malais. Le Zénlk des Hottentots. CET animal eft de la groîTeur du rat d'eau. Il a le mufeau alongé; chacune de tes mâchoires eft com¬ pofée de deux dents incifîves, ôc de feize dents canines. Il a quatre doigts à chaque pied, garnis d'ongles, les ongles p^ J^. des pieds de devant font très-longs ôc prefque droits, ceux des pieds de derrière font petits ôc crochus. LWmal entier eft d'un gris rougeâtre ; il y a fur le corps dix bandes noires tranfverfales ; la queue n'eft pas fi longue que le corps, elle eA grêle ôc d'un roux mordoré jufqu'aux trois quarts, ôc noire dans le refte de fa longueur.

Le petit Tandrek de Madagascar.
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Cet animal est le même que celui que M. de Buffon a décrit sous le nom de Tanrec; mais sa description & la figure qu'il en a donnée, ont été faites sur un Tandrek trop jeune, pour qu'on pût y reconnoître aucun caractère.

Le petit Tandrek ayant pris tout ton accroissement a sept pouces de longueur, deux dents incisives à chaque mâchoire,

Pl. XCIII.

& cinq doigts garnis d'ongles à chaque pied : les ongles des pieds de devant sont beaucoup plus longs que ceux de derrière.

Les jambes sont courtes, le museau alongé, & se terminant presque en pointe.

Les yeux sont petits & ne paroissent que comme un point.

Il n'a point de queue.

Il est de couleur noire, & a cinq bandes longitudinales sur le corps ; tout ce qui est noir est couvert d'un poil dur, les bandes blanches sont : de petits piquants analogues à ceux du porc-épic. Des bandes noires du dos, il sort quelques longs poils isolés qui tombent jusqu'à terre ; la tête est garnie de petits points noirs ; le museau est blanc ; l'œil est entouré d'un cercle blanc ; les pieds sont roussâtres.

Les Tandreks marchent lentement ; ils grognent comme les pourceaux, ce qui leur a fait donner le nom de Cochon de terre, Cochon porc-épic , par les Européens. Ils terrent & restent engourdis trois mois de l'année; ils se cachent le jour, & ne paroissent que lorsque le Soleil est couché, pour chercher leur nourriture, ils vivent de fruits & d'herbes ; leur corps n'est qu'un

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peloton de graisse. Les habitans de Madagascar les mangent, mais ils ne regardent pas leur chair comme un mets délicat. Madagascar est le seul pays où l’on ait encore trouvé des Tandreks.



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