Voyage aux Indes orientales et à la Chine/Livre V/03

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Sonnerat - Voyages aux Indes II Détail 1 page 148.jpg


§. III.

DES PLANTES.
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L’Hévi ou Arbre de Cythère.
Spondias Cytherea
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       Pl. CXXIII.Sa fleur a un calice à cinq diviſions ovales, & dont la longueur égale à peine une demi-ligne.

Une corolle à cinq pétales lancéolés, ouverts en étoile, & longs d’une demi-ligne ou un peu plus.

Dix étamines dont les filamens ſont preſque de la longueur des pétales, & ſoutiennent chacun une petite anthère ovoïde.

Un piſtil dont l’ovaire eſt partagé ſupérieurement en cinq portions comme s’il exiſtoit cinq ovaires élevés ſur un diſque; chaque portion ſe termine en formant un ſtyle épais moins long que les étamines, & chargé d’un ſtigmate obtus.

Le fruit eſt une eſpèce de noix ovale, dont le brou ou la chair extérieure eſt entrelacé de fibres ou de filamens particuliers qui naiſſent de la ſurface externe du noyau que cette chair recouvre. Ce noyau ainſi hériſſé de toute part de pointes filamenteuſes , eſt diviſé intérieurement en cinq loges, qui renferment chacune une ſeule ſemence.

L’arbre eſt grand, très-droit ; ſon bois eſt tendre, facile à

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caſſer, il eſt couvert d’une écorce verte & liſſe; ſes feuilles ſont ailées avec impaire, & compoſées de neuf à treize folioles ovales acuminées, ayant des crenelures écartées & peu profondes à leurs bords, glabres & munies de beaucoup de nervures latérales parallèles entre-elles. Les fleurs ſont petites & diſpoſées en grand nombre ſur des grappes paniculées & axillaires.

Cet arbre a été apporté de Taïti, ou île de Cythère, à l’île de France, par M. de Commerçon, Médecin naturaliſte du Roi, qui fit le voyage du tour du monde avec M. de Bougainville.

Ses branches caſſées & miſes en terre prennent facilement racine, ce qui a donné beaucoup de facilité pour le multiplier. Son ſruit eſt eſtimé des habitans de l’île de France ; ſon goût approche un peu de celui de la pomme de renétte, mais il n eſt point auſſi agréable.

Si cet arbre doit être rapporté au genre du Spondias de Linné, cette eſpèce eſt inconnue.

Le Ravénala.
Ravenala Madagaſcarienſis.
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Sa fleur a un calice formé d’une ſpathe commune multiflore,       Pl. CXXIV, d’une ſeule pièce ovale, lancéolée, pliée en deux, charnue,        CXXV, dure & fort épaiſſe à ſa baſe ; cette ſpathe contient         CXXVI. à douze neurs.

Il y a une ſpathe partielle de chaque fleur formée de deux pièces, longues, pointues, blanches , moins épaiſſes que la


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ſpathe commune , perſiſtantes, & qui chacune enveloppe ſa fleur avant ton épanouinement.

Une corolle qui eſt une enveloppe diviſée juſqu’à ſa baſe en quatre pièces longues, étroites, très-pointues, pliées en goutière, blanchâtre, & dont une eſt plus épaiſſe que les autres, & embraſſe plus particulièrement les parties génitales de la fleur. Ces pétales ont ſept à huit pouces de long.

Six étamines dont les filamens ſont preſque auſſi longs que les pétales, un peu courbés dans leur partie ſupérieure, d’une conſiſtance dure & coriace, s’épaiſſiſſant un peu vers leur baſe , & longs d’environ ſept pouces. A deux pouces au-deſſus de leur origine commence une cannelure particulière qui règne de là juſqu’à leur ſommet, dans leur ſurface interne, & qui eſt remplie dans toute cette longueur d’une pouſſière fécondante, blanchâtre. Cette longue canelure eſt une anthère linéaire adnée au filament qui la ſoutient.

Un piſtil compoſé d’un ovaire alongé ſitué ſur le réceptacle de la fleur, d’où part un ſtyle qui s’élève de la baſe des étamines juſquau ſommet de la fleur, & qui a preſque huit pouces de long. Ce ſtyle eſt droit, aſſez ferme, cannelé, anguleux, ſur-tout vers ſa baſe, & un peu épaiſſi au-deſſus du ſtigmate, qui eſt remarquable par ſix petites dents redreſſées.

Le fruit eſt une capſule alongée, épaiſſe, coriace, triangulaire, & diviſée intérieurement en trois loges polyſpermes. Cette capſule s’ouvre par le haut en trois parties, qui chacune ſont diviſées longitudinalement en deux cavités, & qui contiennent deux rangs de ſemences: ces ſemences ſont noires & couvertes chacune par une pellicule d’un beau bleu de ciel.

Le tronc de cette ſorte de palmier eſt droit, marqué des expreſſions circulaires des anciennes feuilles, d’un tiſſu filamenteux, s’éleve fort haut, n’a aucune branche, & eſt couronné par un évantail parſait & ſuperbe que forment ſes feuilles par leur diſpoſition.

Les feuilles de ce ſingulier arbre reſſemblent à celles du Bananier, mais elles ſont plus longues & plus épaiſſes. Leur pétiole qui a deux pieds de long, eſt élargi vers ſa baſe, & embraſſe la tige, de ſorte que comme tous les pétioles s’insèrent fort près les uns des autres dans cet arbre, ils ſe croiſent régulièrement à leur baſe, en ſe dirigeant ſur des côtés oppoſés.


Les régimes qui portent les fleurs & les fruits , naiſſent auſſi de chaque côté des aiſſelles des feuilles, & ſont eux-mêmes diſpoſés en éventail par le croiſement des ſpathes communes qui contiennent la ſructification.

Cet arbre doit être rangé dans la famille des Bananiers, dont il a les vrais caractères, mais il doit ſaire un genre à part, ayant une capſule à trois loges poliſpermes, en quoi il diffère de l’Heliconia de Linné, dont les loges du fruit ſont monoſpermes, & du Mu∫a ou vrai Bananier, en ce que celui-ci n’a qu’une capſule uniloculaire.

Le Ravénala ſe trouve à Madagaſcar, il vient dans les marais, les Madégaſſes ſe ſervent de ſes feuilles pour couvrir leurs maiſons. On l’a tranſporté à l’Ile de France, où il a très-bien réuſſi. Flacourt en fait mention dans ſon Hiſtoire de Madagaſcar, ſous le nom de Voa∫out∫i, il dit que les Madégaſſes font de l’huile avec la pellicule qui enveloppe les ſemences, & que de celles-ci ils en font de la ſarine qu’ils mangent avec du lait. Je n’en ai vu faire aucun uſage.

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Le Ravenſara.
Rave∫ara Aromatica.
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       Pl. CXXVII.Sa fleur a un calice très-petit, haut d’un quart de ligne & tronqué en ton bord qui n’eſt point diviſé.

Une corolle à ſix pétales ovales, longs d’une demi-ligne, portés ſur le calice , & velus intérieurement. Ils ſont auſſi chargés en-dehors de quelques poils courts.


Ses étamines inſérées chacune à la baſe de chaque pétale, & ſix autres qui ſont alternes avec les pétales, & inſérées ſur la paroi intérieure du calice. Ces étamines ont leurs filamens un peu élargis, & ſont ſi courtes qu’elles ne font point de ſaillie hors de la fleur. Elles portent de petites anthères arrondies.

Un piſtil compoſé d’un ovaire fort petit, ſitué au fond du calice, chargé d’un ſtyle très-court que termine un ſtigmate pubeſcent.

Le ſruit eſt une noix arrondie de la groſſeur d’une belle ceriſe, enveloppée extérieurement d’un brou mince , ſous lequel eſt une coque dure, coriace & aromatique, ainſi que le brou. Cette coque renferme une amande blanche dont le haut eſt ordinairement diviſé en ſix lobes comme l’amande de la noix commune l’eſt en quatre. Le ſuc de cette amande a un goût acre, piquant, qui prend à la gorge, & qui eſt preſque cauſtique.

L’arbre eſt aſſez gros & touſſu, il porte comme le Géroſlier une tête pyramidale : ſon écorce eſt rouſsâtre & odorante. Son bois eſt dur, péſant, ſans odeur, blanc & mêlé de quelques fibres rouſſes. Ses feuilles ſont alternes, ſimples, ovales, entières, quelqueſois un peu pointues, plus ſouvent obtuſes, glabres des deux côtés, vertes en-deſſus, blanchâtres & un peu glauques en-deſſous, ayant une nervure longitudinale bien marquée, d’une conſiſtance un peu ferme comme celles du laurier, & portées chacune ſur un pétiole long de ſix lignes. Les fleurs ſont extrêmement petites , & diſpoſées vers le ſommet des rameaux en pluſieurs panicules peu étendues, dont une eſt terminale, & les deux ou trois autres ſont dans les aiſſelles des dernières ſeuilles.

Les fruits ſont ſolitaires à l’extrémité de chaque rameau; on diroit qu’ils ont été cueillis ſur des piés diſſérens de ceux qui portent les fleurs en panicule que je viens de décrire : Flacourt en parle dans ſon Hiſtoire de Madagaſcar, ſous le nom de Voaravend∫ura.

Je crois devoir ajouter à la Deſcription du Ravenſara l’article que M. Cèrè, Directeur du Jardin du Roi à l’Ile de France fit inſérer dans la Gazette de cette île le 6 Octobre 1779.

«Le Ravenſara eſt un arbre à épicerie de Madagaſcar, dont la feuille & le fruit tiennent des quatre épices fines que nous connoiſſons. Il rapporte à cinq ou ſix ans, & fleurit au commencement de Janvier & Février ; la fleur eſt très-petite & vient par bouquets aux extrémités des branches, & aux aiſſelles des ſeuilles, le fruit eſt dix mois à ſe former & à mûrir ; les Madégaſſes le cueillent vraiſemblablement à ſix ou ſept mois, parce que peut-être ils le trouvent plus propre à ce point pour l’aſſaiſonnement. L’amande du Ra

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venſara fraîchement cueillie, a une excellente & fine odeur aromatique, mais elle eſt d’une ſaveur amère, fort âcre, très-piquante & mordicante, brûlant les papilles nerveuſes & la gorge, enſin très-déſagréable, ces qualités n’ont pas dû, plaire à ces peuples encore trop peu inſtruits pour ſoupçonner qu’elle pouvoit étant conſervée quelque tems, ou étant préparée, acquérir tout un autre goût.


La manière de préparer les feuilles de Ravenſara pour les conſerver avec tout leur aromate eſt très-ſimple ; on en fait des chapelets, & on les laiſſe à l’air pendant un mois, pour leur faire perdre leur ſuc aqueux ; au bout de ce tems on les jette dans de l’eau bouillante, & on les y laiſſe quatre à cinq minutes ; on les fait enſuite ſécher au ſoleil ou à la cheminée ; elles ne ſe trouvent plus imprégnées que de leur huile, qui les conſerve pluſieurs années : les procédés ſont les mêmes pour la conſervation des fruits ».

Fleur de S. Thomé.
Cadamba Ja∫mini-flora.
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       Pl. CXXVIII.Sa fleur a un calice monophile, petit, à peine long d’une ligne, velu extérieurement ; caduc, & entier a ſon bord, où l’on ne voit que quatre ondulations peu remarquables.

Une corolle monopétale infondibuliforme portée ſur l’ovaire, ayant un tube long de huit à neuf lignes, & un limbe partagé en neuf diviſions ovales, obtuſes & ouvertes en roſette. Cette corolle eſt pubeſcente extérieurement.

Neuf étamines qui ſont des anthères preſque ſeſſilles, longues d’une ligne ou un peu plus & attachées à la corolle dans la partie ſupérieure de ſon tube , de manière que leur ſommet en garnit l’entrée.

Un piſtil qui eſt un ovaire ſitué ſous la fleur , petit , obrond, & chargé d’un ſtyle filiforme qui a preſqu’un pouce de longueur. Ce ſtyle fait une ſaillie médiocre à l’entrée du tube de la corolle , & ſe termine par un ſtigmate petit & globuleux.

Le fruit eſt une eſpèce de noix verte globuleuſe , ayant ſix angles arrondis & peu ſaillans , ombiliquée & un peu applatie en-deſſus. Cette noix contient un noyau à ſix lobes obtus, & eſt diviſée intérieurement en ſix , & quelquefois neuf loges monoſpermes. Chaque ſemence eſt une petite amande oblongue , dont la ſubſtance eſt blanchâtre.

L’arbre eſt peu élevé & couvert d’une écorce noirâtre. Ses feuilles ſont oppoſées , pétiolées , ovales , preſqu’obtuſes , longues de cinq à ſix pouces ſur environ trois pouces & demi ou quatre pouces de largeur ; elles ſont entières , glabres , molles & marquées en-deſſous par des nervures ſaillantes. Leur pétiole eſt long d’un pouce & demi, rouſsâtre & couvert de poils courts, ainſi que la principale nervure. Ses fleurs ſont blanches , & ne reſſemblent pas mal à celles des jaſmins ou des Nyctantes ; elles ſont diſpoſées à l’extrémité de longs pédoncules , dichotomes à leur ſommet. Ces pédoncules ſont longs de quatre pouces, naiſſent dans les aiſſelles ſupérieures des feuilles , & ſoutiennent chacun ſept à dix fleurs.

Cet arbre eſt le Rava-pou de l’Hortus Malab. Volume IV. pag. p99. Il ſe trouve ſur la côte de Coromandel : on le cultive dans les jardins à cauſe de l’odeur de ſa fleur qui eſt très-agréable.

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Le Litchi.
Litchi Chinen∫is.
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       Pl. CXXIX.Sa fleur a un calice très-petit, n’ayant pas une demi-ligne de hauteur , preſqu’entier en ſon bord , ou ayant cinq diviſions très-peu ſenſibles. Ce calice eſt couvert en-dehors de poils très-courts , rouſsâtres, & ſemblables à ceux qui ſont ſur les pédoncules des fleurs.

Une corolle à cinq pétales.

Six ou huit étamines (a [1]) dont les filamens ont deux lignes de longueur ; ils ſont velus ſur-tout ; vers le fond de la fleur, où ils vont un peu en groſſiſſant. Ces filamens ſoutiennent chacun une anthère ovale , échancré à ſon ſommet & à ſa baſe , & a deux loges qui forment quatre feuillets ſaillans lorſqu’elles ſont ouvertes.

Le piſtil eſt un ovaire à deux lobes médiocrement diſtincts , ſurmonté d’un ſtyle un peu moins long que les étamines , & partagé à ſon ſommet en deux branches , qui ſont deux ſtigmates divergens.

Le fruit eſt une noix ovale , arrondie , dont l’écaille eſt mince & couverte de petites élévations , qui dans la jeuneſſe du fruit ſont ſaillantes , pointues , anguleuſes , & le font paroître hériſſé de toutes parts ; mais dans le fruit développé ou mûr, elles ſont fort abaiſſées , & reſſemblent alors à des puſ tules circonſcrites chacune par un ſillon circulaire ou anguleux. Cette noix renferme une pulpe bonne à manger ; & au milieu de cette pulpe on trouve un noyau ovale , enveloppé d’une pellicule mince , & qui a ſa ſubſtance interne ſolide comme celle du gland.

L’arbre eſt grand, l’écorce des rameaux eſt ponctuée, le bois blanc & tendre, & la moëlle abondante. Ses feuilles ſont ailées, compoſées de cinq à ſept folioles ovales lancéolées , pointues, entières, portées ſur des pétioles courts , oppoſées entre elles, glabres des deux côtés , ayant une ſorte nervure & une couleur terne en-deſſous , mais un peu luiſantes & garnies d’un ſillon longitudinal en-deſſus. Ces folioles ont un peu la conſiſtance des feuilles du laurier : les fleurs ſont très-petites , herbacées, & diſpoſées en panicule lâche & terminale.

Cet arbre ſe trouve à la Chine : ſon fruit eſt très-agréable, & un des meilleurs de ce pays ; lorſqu’il eſt mûr, il a une couleur rouſsâtre ou rougeâtre ; les Chinois pour le conſerver le font ſécher au four ; & ainſi préparé il devient un objet de commerce.

Il faut rapprocher au même genre la Longane de la Chine.

Le Wampi.
(a[2]) Cookia Punctata.
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Sa fleur a un calice fort petit, n’ayant pas une demi-ligne

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de hauteur , & formé par cinq folioles ovales & légèrement velues en-dehors.

       Pl. CXXX.Une corolle a cinq pétales lancéolés très-ouverts, ou réfléchis vers le pédoncule , & longs d’environ deux lignes.

Dix étamines dont les filamens ſont libres, déliés, un peu plus longs que les pétales ; ils portent chacun une petite anthère obronde.

Le piſtil eſt un ovaire pentagonal , ovoïde , hériſſé de poils courts, & élevé ſur un pédicule long d’une demi-ligne qui naît du fond du calice. Cet ovaire eſt chargé d’un ſtyle fort court , au ſommet duquel eſt un ſtigmate obtus ou un peu en tête.

Le fruit eſt une petite baye ovale, longue de ſix lignes , verdâtre , veloutée , ponctuée & partagée intérieurement en pluſieurs loges , mais dont je n’ai vu que deux de fécondes; elles contiennent chacune une petite graine oblongue, dure & noirâtre.

L’arbre eſt aſſez gros & touſſu ; ſes feuilles ſont ailées avec impaire, compoſées de ſept à onze folioles ovales, pointues, entières ou ondulées à leur bord , portées ſur de courts pétioles , glabres , vertes , parſemées de points tranſparens , & ſituées alternativement ſur le pétiole commun. Les fleurs ſont petites & diſpoſées en grappe paniculée & lâche. Les pédoncules communs & partiels ſont couverts d’un duvet court.

On trouve cet arbre à la Chine ; les Chinois le cultivent à Canton dans les petits jardins qui forment les cours de leurs maiſons

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L’Arbre de Mâture.
Uvaria Longifolia.
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Sa fleur a un calice petit à trois diviſions courtes & en        Pl. CXXXI. coin, & couvert en-dehors d’un duvet blanchâtre.

Une corolle à ſix pétales lancéolés pointus , longs de trois ou quatre lignes , & de couleur jaune.

Un grand nombre d’étamines qui ſont des anthères ſeſſiles ou ſans filamens ſenſibles, & qui recouvrent en grande partie le piſtil.

Pluſieurs piſtils qui ſont des ovaires nombreux & ramaſſés de manière qu’ils ſemblent n’en former qu’un ſeul ; les ſtyles ſont très-courts, cachés ſous les anthères , & terminés chacun par un ſtigmate ſimple.

Les ovaires deviennent des bayes ovales, obtuſes, pédiculées , umloculaires , ne contenant communément qu’une graine arrondie. Les pédicules de ces bayes naiſſent d’un point commun qui auparavant étoit le centre de la fleur.

L’arbre eſt fort grand & très-droit , ce qui lui a ſait donner le nom d’arbre de Mâture. Ses feuilles ſont ſimples , lancéolées , étroites , longues de ſept à huit pouces, glabres , entières , ondulées à leur bord , portées ſur de courts pétioles, & ſe terminent chacune par une pointe fort éſilée. Elles ſont ſituées alternativement ſur les branches. Les fleurs ſont aſſez petites & diſpoſées en grand nombre par bouquets ombelliformes ſur la partie des rameaux, qui eſt dénuée de feuilles.

On trouve cet arbre à la côte de Coromandel. Comme il

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donne beaucoup d’ombrage, on en fait des allées dans les jardins aux environs de Pondichéry. Il eſt une eſpèce d’Uvaria de Linné.

Le Cavalam à feuilles digitées.
Sterculia Fœtida.
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       Pl. CXXXII. Sa fleur a un calice monophile , diviſé profondément en cinq découpures lancéolées-linéaires & ouvertes en étoile. Ce calice eſt cotonneux & d’un rouge brun en-dedans , pubeſcent & d’un rouge plus clair en-dehors ; il a près d’un pouce de diamètre de l’extrémité de l’une de ces diviſions à celle de la diviſion oppoſée.

Point de corolle.

Quatorze ou quinze étamines qui font des anthères ovales , petites , preſque ſeſſiles , & qui s’insèrent ſur le bord ondulé d’un petit collet membraneux qui environne la baſe de l’ovaire. Un piſtil qui eſt un ovaire globuleux , velu , entouré à ſa baſe par le collet qui porte les étamines, & ſoutenu par une colonne ou un pédicule grêle , pubeſcent , coloré , long de quatre à cinq lignes, & qui s’élève du fond du calice. Du ſommet de l’ovaire naît un ſtyle velu , long d’une ligne ou un peu plus , menu à ſa baſe , s’épaiſiſſant un peu vers ſon extrémité, recourbé ſur l’ovaire ou vers la fleur, & terminé par un ſtigmate en maſſe tronquée.

Le fruit eſt une capſule ovale obtuſe, ayant un de ſes côtés plus droit & moins arrondi que les autres, & une petite pointe à ſon ſommet. Cette capſule eſt preſqu’auſſi groſſe que le

Planche 133 poing, épaiſſe, ligneuſe, uni-loculaire; elle s’ouvre par un de ſes côtés, & renferme pluſieurs graines ovoïdes. Ces graines ſont attachées par une de leur extrémité, aux deux bords latéraux de ſa capſule, ſur deux lignes qui ſont rapprochées & parallèles, lorſque cette capſule eſt encore fermée.

L’arbre eſt grand & très-droit ; ſes feuilles ſont digitées, compoſées de ſept à neuf folioles lancéolées, pointues, entières, qui naiſſent d’un point commun à l’extrémité d’un long pétiole. Ses fleurs ſont diſpoſées en grappes lâches, pendantes ſur des pédoncules communs , longs d’environ huit pouces.

On trouve cet arbre à la côte de Malabar ; on le place devant les maiſons, parce qu’il donne beaucoup d’ombrage. Les Indiens mangent les graines cuites ſur la cendre ; elles ont le goût de la châtaigne. On lui a donné le nom de Bois de merde, parce que ſes fleurs ont une odeur d’excrémens humains.

Cet arbre eſt le Clompanus major de Rumphe , mais ne paroît pas être le Karil de l’Hortus Malab., comme l’a dit Linné.

Il diffère du Cavalam de l’Hortus Malab. principalement par ſes feuilles digitées.

Le Fromager à grandes fleurs.
Bombax go∫∫ipium. Lin.

Sa fleur a un calice compoſé de cinq feuilles inégales,       Pl. CXXXII. ovales-oblongues , émouſſées ou obtuſes à leur ſommet, & pubeſcentes extérieurement.

Une corolle à cinq pétales ouverts en roſe, une fois plus grands que le calice , & de couleur jaune.

Un grand nombre d’étamines, dont les filamens ſont tout-à-fait libres , mais ils paroiſſent ſe réunir autour du piſtil, vers le point de cette inſertion. Ces filamens ſont une fois plus courts que les pétales, & ſoutiennent des anthères alongées , courbées & corniformes.

Un piſtil qui eſt un ovaire arrondi qui ſoutient un ſtyle de la longueur des étamines, un peu courbé vers ſon ſommet, où il s’épaiſſit légèrement , & terminé par un ſtigmate ſimple.

Le fruit eſt une capſule ovale-obtuſe , quinquangulaire , pubeſcente , de la grandeur d’une groſſe pomme calville , & ayant cinq loges formées par des cloiſons membraneuſes. Chaque loge contient beaucoup de ſemences ovales ou en forme de rein , ſur le dos deſquelles eſt un duvet blanc aſſez long. Ces ſemences ſont attachées par un de leurs bouts aux membranes qui forment les loges de cette capſule.

L’arbre eſt grand , ſon bois eſt léger , facile à caſſer, ſon écorce eſt verte & preſque liſſe. Ses feuilles ſont placées alternativement ſur les branches , portées chacune ſur un long pétiole grêle & pubeſcent, & ſont diviſées juſqu’à moitié en cinq lobes cunéiformes & pointus. Elles ſont vertes en-deſſus, cotonneuſes & blanches en-deſſous , & communément ſe replient ſur leur pétiole, de manière que les bouts de leurs diviſions penchent vers la terre. Les fleurs ſont grandes , belles , & diſpoſées en panicules ſimples , ſur des pédoncules cotonneux. Les graines de la capſule donnent, lorſqu’on les écraſe avant leur maturité , une belle couleur jaune comme la gomme gutte.

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Cet arbre ſe trouve à la côte de Coromandel : c’eſt le bombox go∫∫ipium de Linné : j’en donne la figure , parce que je ne le connois figuré nulle part, Linné cependant cite la planche 188 , fig. 2 , de Puknete ; mais outre que la figure ne repréſente que des feuilles, elles ne me paroiſſent pas y reſſembler.

Le Bois Tambour.
Tambouri∫∫a Quadrifida.
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Le Bois Tambour , Tambouriſſa ou Tambouréciſſa, ſelon        Pl. CXXXIV. Flacourt , eſt un arbre bien ſingulier par ſa fructification, & qui ſemble tenir le milieu entre les figuiers & les Dor∫tenia de Linné. Ses fleurs naiſſent par petites grappes longues d’environ trois pouces , & ſont ſituées ſur le vieux bois des rameaux ; un peu au-deſſous des feuilles & ſur le tronc de l’arbre. Ce que l’on prend pour chaque fleur , eſt un réceptacle commun , qui avant de s’ouvrir, a la forme d’un grain de raiſin ovoïde , & ſe partage enſuite en quatre parties qui laiſſent appercevoir toute ſurface interne couverte d’un grand nombre d’étamines bien diſtinctes. Chaque étamine a une anthère oblongue , diviſée par un ſillon , & ſoutenue par un filament long d’un tiers de ligne. Cette anthère pliée en deux dans ſa longueur , m’a paru renfermer ou embraſſer le ſtyle du piſtil, qui eſt un filet conique un peu plus court que l’étamine , d’où il réſulte qu’il y a autant de fleurs particulières ſur ce réceptacle commun, que d’étamines apparentes. Après la floraiſon , ce réceptacle commun ſe referme un peu , s’accroît & ſe change en une groſſe pomme qui n’eſt jamais complettement fermée

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dans ſa partie ſupérieure, & laiſſe un vuide ou une cavité dans ſon milieu. La chair de ce fruit eſt épaiſſe , & contient une grande quantité de noyaux de la forme d’une petite amande , & qui ſont couverts d’une peau orangée , dont on ſait , dit Flacourt, une teinture ſemblable au rocou d’Amérique.

Le bois du Tambourina eſt blanc , léger, & contient beaucoup de moëlle ; ſes feuilles ſont ovales-elliptiques , preſqu’obtuſes , entières à leurs bords , un peu coriaces , glabres, pétiolées , oppoſées & traverſées par une nervure moyenne bien apparente. Le fruit eſt attaché par un pédoncule gros , court & ligneux , & a ordinairement plus de largeur que de longueur , de ſorte qu’il reſſemble à une ſphère applatie en-deſſus.

Cet arbre ſe trouve à Madagaſcar & aux Iſles de France & de Bourbon : ſon fruit eſt connu à l’Iſle de France ſous le nom de Pomme de Singes.

Le Madablota.
Bani∫teria Tetraptera.
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       Pl. CXXXV.Sa fleur a un calice à cinq feuilles ovales, obtuſes , pubeſcentes, perſiſtantes , & d’un verd un peu roſe en-deſſous. Ce calice eſt muni d’un côté & à ſa baſe d’une calloſité particulière qui a une ligne de longueur, & eſt large d’un ſeizième de ligne.

Une corolle à cinq pétales arrondis, inégaux, frangés à leurs bords , deux ſois plus grands que le calice , portés chacun par un onglet fort court , & d’un blanc rougeâtre.

Dix étammes ; neuf filamens ſont plus courts que la corolle, & un eſt plus long , plus gros que les autres & eſt un peu courbe ; ils ſoutiennent de petites anthères blanchâtres & à deux loges.

Un piſtil qui eſt un ovaire velu , à peine de la groſſeur d’une petite lentille, un peu comprimé, adhérant fortement au réceptacle dans ſa partie inférieure, & ayant à ſon bord ſupérieur trois petites éminences, dont une ſeule eſt chargée d’un ſtyle grêle plus long que les étamines, & recourbé ſur la fleur ; ce ſtyle eſt terminé par un ſtigmate ſimple , aigu & en crochet.

Le fruit eſt une capſule ligneuſe de la groſſeur d’un pois , chargée de quatre aîles, dont la plus grande eſt droite, & a quinze à dix-huit lignes de longueur ſur trois lignes & plus de large dans le milieu ; les deux aîles moyennes ſont latérales, & ſorment une croix avec la plus grande ; enſin la quatrième aîle eſt fort petite , & s’élève obliquement entre les trois autres. Cette capſule eſt uni-loculaire , & renferme une graine arrondie.

L’arbre eſt petit ; ſes feuilles ſont ſimples, ovales, pointues, entières , nerveuſes en-deſſous , & oppoſées entre elles ; elles ont quatre pouces & plus de longueur ſur plus de deux pouces de large, & ſont portées ſur des pétioles cotonneux qui n’ont que trois ou quatre lignes de longueur. Les fleurs terminent les rameaux , & ſont diſpoſées ſur des panicules ſimples ou des épis lâches, longs de deux à trois pouces ; les pédoncules particuliers ſont oppoſés par étages , & ſont munis chacun d’une petite bractée en alêne à leur baſe.

On trouve cet arbre à la côte de Malabar : les Indiens le cultivent dans les jardins, & ſe ſervent des fleurs pour parer leurs Dieux.

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Il a du rapport avec les Bani∫teria de Linné ; mais il en différe en ce que ſes fleurs n’ont qu’un ſtyle , & ſa capſule a quatre ailes.

Le Cardamome de la côte de Malabar.
Amomum Repens.
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Sa fleur a pour calice un ſpathe commun monophile, long de douze a quinze lignes, membraneux , marqué en-dehors par de fines nervures longitudinales , & ouvert de côté dans ſa longueur pour laiſſer ſortir l’épi de fleur particulièr** qu’il enveloppe.

       Pl. CXXXVI.Un ſpathe propre ou partiel de chaque fleur , monophile , long de ſept à huit lignes, membraneux, très-mince, & ſimplement ouvert à ſon extrémité, où ſon bord forme deux lobes, courts & obtus. Ce ſpathe n’eſt qu’un tube cylindrique & lâche, qui tient lieu de calice.

Une corolle monopétale ſituée ſous l’ovaire, & formant à ſa baſe un tube grêle , long de trois lignes ; un peu après ſa ſortie hors du ſpathe partiel, ce tube ſe partage en quatre diviſions remarquables , dont trois ſont étroites , lancéolées , minces, longues preſque de quatre lignes , ouvertes & aſſez ſemblables entr’elles ; la quatriéme diviſion eſt plus grande , plus large que les autres, de forme un peu ſpatulée , & de couleur blanche avec quelques raies violettes.

Une étamine, dont le filament eſt membraneux ; il naît du fond de la fleur, eſt moins long que les diviſions de la corolle , & reſſemble à une languette étroite, tronquée à ſon ſommet. Il eſt chargé dans ſa moitié ſupérieure d’une anthère qui lui eſt adnée ; & toute la portion qu’occupe l’anthère ſe rapproche par ſes bords, de manière à former un cylindre , au travers duquel paſſe le ſtyle du piſtil.

Le piſtil eſt un ovaire obrond , ſitué ſous la fleur, d’où s’élève dans la corolle un ſtyle filiforme, qui, après avoir traverſé le fourreau que forme l’anthère, ſort d’un quart de ligne, & laiſſe voir un ſtigmate obtus.

Le fruit eſt une capſule ronde , ayant trois angles ou trois côtés arrondis , marquée dans ſa hauteur de quelques nervures paralleles , & partagée intérieurement en trois loges , qui renferment chacune pluſieurs ſemences noirâtres.

Les tiges de cette plante naiſſent pluſieurs enſemble, & s’élèvent juſqu’à la hauteur de huit à douze pieds ; elles ſont ſimples & garnies de feuilles alternes , lancéolées , acuminées & rétrécies à leur baſe où elles s’insèrent par le moyen d’une longue gaîne qui enveloppe la tige. Les feuilles ont huit à quinze pouces de longueur , ſur plus de deux pouces de large ; elles ont en-deſſous une nervure moyenne, blanche & bien marquée, & leurs nervures latérales ſont obliques, paralleles & d’une fineſſe extrême. Les fleurs naiſſent de la racine ſur des grappes longues d’un pied & demi , & couchées ſur la terre : les pédoncules qui forment chacune de ces grappes communes, ſont articulés un peu en zig-zag , & à chaque articulation ſort alternativement une petite grappe particulière, longue de deux pouces , & qui eſt chargée d’une vingtaine de fleurs , & quelqueſois davantage.

Le Cardamome eſt un objet de commerce à la côte de

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Malabar : les Gates, vers Mahé, prennent le nom de Montagne de Cardamome, à cauſe de la grande quantité de ces plantes qui y ſont naturelles , & qui fourniſſent tout le Cardamome qui ſe vend dans l’Inde. Les Indiens en font grand uſage ; ils mêlent les ſemences avec le Bétel, & prétendent qu’elles facilitent la digeſtion : ces ſemences ont un goût très-agréable ; écraſées dans la bouche, elles y produiſent un froid qui plaît.

Cette plante eſt l’Elettari de l’Hortus Malab, Vol. II. Tab. 4 & 5.


Le Grand Cardamome de Madagaſcar.
Amomum Angu∫tifolium
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       Pl. CXXXVII.Sa fleur a pour calice un ſpathe propre de chaque fleur , monophile, membraneux, mince, tubulé & ouvert obliquement ou en oreille d’âne dans ſa partie ſupérieure. Il a preſque un pouce & demi de long.

Une corolle monopétale, portée ſur l’ovaire, tubulée dans ſa partie inſérieure, & ſe diviſant, à ſa ſortie du ſpathe , en deux grandes lèvres , dont une eſt entière & légèrement concave, & l’autre qui eſt un peu plus grande, eſt munie de chaque côté d’une petite découpure pointue.

Du tube de la corolle s’élève une languette membraneuſe, élargie vers ſa baſe, ſe rétréciſſant vers ſon ſommet, & qui ſe termine par trois pointes en croix, dont celle du milieu eſt la plus petite. Cette languette eſt chargée dans ſa partie ſupérieure d’une anthère adnée , longue de deux lignes & demie, partagée en deux dans ſa longueur, comme s’il y avoit deux anthères, c’eſt-à-dire, une à chaque bord de la languette; mais cette même languette , en ſe pliant en deux dans ſa longueur, rapproche & réunit les deux portions de l’anthère, & ſorme en même-tems un fourreau au travers duquel paſſe le ſtyle.

Un piſtil qui eſt un ovaire ovale-oblong, ſitué ſous la fleur, & du ſommet duquel naît un ſtyle filiforme qui, après avoir traverſé la corolle, va s’enfoncer dans la gaine que forme l’étamine. Ce ſtyle qui a deux pouces de long s’épaiſſit vers ſon ſommet, & eſt terminé par un ſtigmate en tête, tronqué & garni d’un rebord pubeſcent.

Le fruit eſt une capſule rougeâtre , ovale-oblongue preſque triangulaire , & diviſée intérieurement en trois loges poliſpermes. Les ſemences ſont noires & enveloppées d’une pulpe blanche , dont le goût eſt fort agréable; les ſemences écraſées dans la bouche, produiſent, comme le Cardamome de la côte de Malabar, un froid qui ſait plaiſir.

Les tiges de cette plante ſont ſimples, feuillées, & naiſſent en nombre, de la racine d’où elles s’élévent juſqu’à huit ou dix pieds, ſes feuilles ſont étroites, enſiformes , longues de plus d’un pied, garnies d’une nervure ſaillante en-deſſous, & de nervures latérales-obliques extrêmement fines ; elles ſont rétrécies à leur baſe, comme ſi elles étoient pétiolées, & enveloppent la tige au moyen d’une gaîne qui eſt fendue d’un côté. Les fleurs ſont ramaſſées en épi court & ſerré, au ſommet d’une hampe particulière qui naît de la racine entre les tiges. Cette hampe eſt enveloppée & couverte d’écailles alternes,

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ſtriées, & qui vont en s’élargiſſant, à meſure qu’elles ſont plus près de l’épi de fleurs : elle n’a que ſept à huit pouces de hauteur, & eſt plus groſſe dans ſa partie ſupérieure que vers ſa baſe.

Le grand Cardamome eſt naturel à l’île de Madagaſcar : il vient dans les marais, on l’a tranſporté à l’île de France, où il a très-bien réuſſi.

Flacourt le nomme Longouze.

Je le croirois l’Amomum Zingiber de Linné, à cauſe de ſes feuilles étroites ; mais il en diſſère beaucoup par l’épi de ſes fleurs, au moins ſelon la figure qu’en donne Rhéede au vol. II Tab. 12 de l’Hortus Malab. cité par Linné.

Le Falſé.
Grewia A∫iatica. Lin.
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       Pl. CXXXVIII.Sa fleur à un calice à cinq feuilles lancéolées, cotonneuſes & blanchâtres en-dehors, colorées en jaune en-dedans & munies de trois nervures.

Une corolle à cinq pétales lancéolés, moins grands que le calice & d’un rouge carmin.

Un grand nombre d’étamines dont les filamens ſont plus longs que les pétales, & ſont inſérés ſous l’ovaire.

Un piſtil qui eſt un ovaire porté ſur un petit pédicule, & ſurmonté d’un ſtyle de la longueur des étamines, qui eſt terminé par un ſtigmate en maſſue, ayant quatre petits angles à ſon ſommet.

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Le fruit eſt une baie arrondie, d’une couleur rouge-foncé, & qui renſerme deux ſemences.

Les rameaux de cet arbriſſeau ſont couverts d’un duvet court ; ſes feuilles ſont arrondies un peu en cœur à leur baſe , dentées en leur bord, un peu cotonneuſes en-deſſous où elles ſont marquées de ſept nervures , dont trois principales, & portées ſur des pétioles cotonneux qui n’ont que quatre lignes de longueur. Ces feuilles ont au moins trois pouces de largeur , ſont diſpoſées alternativement , & ont à la naiſſance de leur pétiole deux ſtipules lancéolées-linéaires. Les fleurs viennent dans les aiſſelles des feuilles, vers l’extrémité des rameaux ; leurs pédoncules qui ſe diviſent communément en trois parties , dont une ou deux ſe ſubdiviſent en trois ou quatre autres, forment de médiocres panicules une fois plus grandes que les feuilles. Les fruits ſont rouges , ont un goût aigrelet fort agréable & ſont rafraîchiſſans. Les feuilles de cet arbriſſeau reſſemblent en quelque ſorte à celles du noiſetier.

On le cultive dans les jardins de Pondichéry.

Il n’a point été figuré.

La Marſana.
Mar∫ana Buxifolia.
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Sa fleur a un calice très-petit, monophile à cinq dents ,        Pl. CXXXIX. étroites & pointues.


Une corolle à cinq pétales lancéolés, étroits, formant un onglet menu par leur baſe, & long de ſept à huit lignes.

Dix étamines dont les filamens ſont inégaux, un peu moins longs que la corolle, & ſoutenant chacun une petite anthère arrondie & biloculaire.

Un piſtil qui eſt un ovaire très-petit, ovoïde au fond de la fleur, ſoutenant un ſtyle un peu épais, de la longueur des étamines, & terminé par un ſtigmate en tête & à cinq angles.

Le fruit eſt un noyau ovale, un peu pointu à ſon ſommet, uni-loculaire, contenant une amande ou une ſubſtance tendre, ſucculente, qui adhère par-tout à l’écaille mince & ligneuſe qui la renferme ; ce noyau n’a pas trois lignes de longueur, & a ſa ſurface externe un peu chagrinée.

Cet arbriſſeau s’élève juſqu’à ſix à ſept pieds ; ſon écorce eſt griſâtre, ſon bois eſt blanc, peu dur & contient beaucoup de moëlle ; ſes rameaux ſont alternes & redreſſés : ſes feuilles ſont ailées & compoſées d’environ ſept folioles alternes, ovales, entières, ſe rétréciſſant en pétiole à leur baſe, glabres de deux côtés, d’une ſubſtance un peu ſerme, & aſſez ſemblables à celles du buis auxquelles on les a comparées en nommant cet arbriſſeau Buis de Chine. Il eſt au Jardin du Roi à Paris ; mais il n’a pas encore donné des fleurs : je lui ai conſervé le nom de Mar∫ana (a[3]), qu’il porte dans le Catalogue des Plantes du Jardin du Roi.

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L’Aigrette.
Cri∫taria Coccinea.
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Sa fleur a un calice monophile à cinq dents cunéiſormes,       Pl. CXI. & velu dans ſon intérieur.

Une corolle à cinq pétales ovales, d’un Beau rouge, & portés ſur le calice, chaque pétale s’inſérant ſans onglet ſensible, entre chaque dent du calice un peu dans ſon intérieur.

Dix étamines dont les filamens ſont deux ſois plus longs que la corolle ; ils ſont très-ſaillans hors de la ſleur, rouges comme les pétales & s’insèrent dans la paroi interne du calice entre les poils qui la couvrent. Les anthères ſont petites, ovoïdes, & partagées par un ſillon.

Un piſtil compoſé d’un ovaire très-petit & à peine viſible ; il eſt placé au fond du calice, d’où part un ſeul ſtyle, ſaillant hors de la fleur, mais moins long que les étamines terminé par un ſtigmate très-ſimple.

Le fruit eſt une graine nue, ovale, & a cinq angles minces & très-applatis par les côtés, de ſorte qu’ils forment cinq ailes membraneuſes.

Sa tige eſt une liane ſarmenteuſe, ligneuſe, garnie de feuilles ovales, oppoſées, portées ſur de courts pétioles, glabres, très-entières & d’une ſubſtance un peu ferme. Ses fleurs ſont terminales & forment de belles grappes paniculées & d’un beau rouge. Chaque fleur eſt portée ſur un pédon cule quadrangulaire, & qui n’a que deux lignes de longueur.

Cette plante a été apportée de Madagaſcar à l’Iſle de France. On la cultive dans les jardins à cauſe de la beauté de ſes fleurs.


Fin du ſecond Volume.


  1. Je trouve dans mes notes huit étamines exprimées dans la deſcription que j’avois faite des fleurs du Litchi , & cependant en examinant depuis ces mêmes fleurs ſur le ſec , je n’en ai vu réellement que ſix
  2. En mémoire du célèbre Cook, ſi connu par ſes Voyages, &c.
  3. Du nom de Madame la Princeſſe de Mar∫an, Gouvernante des Enſans de France.