À mon côtre Le Négrier

La bibliothèque libre.
 
Aller à : Navigation, rechercher

Glady, 1873 (pp. 317-321).
◄  Le naufrageur Gens de mer Le phare  ►


À MON CÔTRE LE NÉGRIER


Vendu sur l’air de : Adieu, mon beau Navire !…



Allons file, mon côtre !
Adieu mon Négrier.
Va, file aux mains d’un autre
Qui pourra te noyer…


Nous n’irons plus sur la vague lascive

Nous gîter en fringuant !

Plus nous n’irons à la molle dérive

Nous rouler en rêvant…


— Adieu, rouleur de côtre,
Roule mon Négrier,
Sous les pieds plats de l’autre
Que tu pourras noyer.


Va ! nous n’irons plus rouler notre bosse…

Tu cascadais fourbu ;

Les coups de mer arrosaient notre noce,

Dis : en avons-nous bu !…


— Et va, noceur de côtre !
Noce, mon Négrier !
Que sur ton pont se vautre
Un noceur perruquier.


… Et, tous les crins au vent, nos chaloupeuses !

Ces vierges à sabords !

Te patinant dans nos courses mousseuses !…

Ah ! c’étaient les bons bords !…


— Va, pourfendeur de lames,
Pourfendre, ô Négrier !
L’estomac à des dames
Qui paîront leur loyer.


… Et sur le dos rapide de la houle,

Sur le roc au dos dur,

À toc de toile allait ta coque soûle…

— Mais toujours d’un œil sûr ! —


— Va te soûler, mon côtre :
À crever ! Négrier.
Et montre bien à l’autre
Qu’on savait louvoyer.


… Il faisait beau quand nous mettions en panne,

Vent-dedans vent-dessus ;

Comme on pêchait !… Va : je suis dans la panne

Où l’on ne pêche plus.


— La mer jolie est belle
Et les brisans sont blancs…
Penché, trempe ton aile
Avec les goëlands !…


Et cingle encor de ton fin mât-de-flèche,

Le ciel qui court au loin.

Va ! qu’en glissant, l’algue profonde lèche

Ton ventre de marsouin !


— Va, sans moi, sans ton âme ;
Et saille de l’avant !…
Plus ne battras ma flamme
Qui chicanait le vent.


Que la risée enfle encor ta Fortune

En bandant tes agrès !

— Moi : plus d’agrès, de lest, ni de fortune… [1]

Ni de risée après !


… Va-t’en, humant la brume
Sans moi, prendre le frais,
Sur la vague de plume…
Va ! — Moi j’ai trop de frais. —


Légère encor est pour toi la rafale

Qui frisotte la mer !

Va… — Pour moi seul, rafalé, la rafale

Soulève un flot amer !…


— Dans ton âme de côtre,
Pense à ton matelot
Quand, d’un bord ou de l’autre,
Remontera le flot…


— Tu peux encor échouer ta carène

Sur l’humide varech ;

Mais moi j’échoue aux côtes de la gêne,

Faute de fond — à sec —


Roscoff. — Août.


Séparateur 06.png



  1. Large voile de beau temps.
Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Actions
Lire
Contribuer
Imprimer / exporter
Boîte à outils