Dans les ruines d’une abbaye

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L’éternel petit roman. XV : Dans les ruines d’une abbaye
Œuvres complètes : Les Chansons des rues et des bois, Ollendorf, 1909, 30 (pp. 184-185).


XV


DANS LES RUINES D’UNE ABBAYE.


Seuls tous deux, ravis, chantants !

Comme on s’aime !

Comme on cueille le printemps

Que Dieu sème !


Quels rires étincelants

Dans ces ombres

Pleines jadis de fronts blancs,

De cœurs sombres !


On est tout frais mariés.

On s’envoie

Les charmants cris variés

De la joie.


Purs ébats mêlés au vent

Qui frissonne !

Gaîtés que le noir couvent

Assaisonne !


On effeuille des jasmins

Sur la pierre

Où l’abbesse joint ses mains

En prière.


Les tombeaux, de croix marqués,

Font partie

De ces jeux, un peu piqués

Par l’ortie.


On se cherche, on se poursuit,

On sent croître

Ton aube, amour, dans la nuit

Du vieux cloître.


On s’en va se becquetant,

On s’adore,

On s’embrasse à chaque instant,

Puis encore,


Sous les piliers, les arceaux,

Et les marbres.

C’est l’histoire des oiseaux

Dans les arbres.
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