Histoire du matérialisme/Tome I/Partie I/Chapitre 4

La bibliothèque libre.
Aller à : Navigation, rechercher
Traduction par B. Pommerol.
C. Reinwald, 1877 (tome 1, pp. 85-117).
◄  Chapitre III : La Réaction contre le Matérialisme et le Sensualisme. Socrate, Platon, Aristote Chapitre IV : Le matérialisme en Grèce et à Rome après Aristote. Épicure Chapitre I  ►
LE MATÉRIALISME EN GRÈCE ET A ROME


CHAPITRE IV


Le matérialisme en Grèce et à Rome après Aristote. Épicure.


Vicissitudes du matérialisme grec. — Caractère du matérialisme après Aristote. Prédominance du but moral. — Le matérialisme des stoïciens. — Épicure, sa vie et sa personnalité. — Comment il vénérait les dieux. — Affranchissement de la superstition et de la crainte de la mort. —·Sa théorie du plaisir. — Sa physique. — Sa logique et sa théorie de la connaissance. — Épicure écrivain. — Les sciences positives commencent à l'emporter sur la philosophie. — Part qui revient au matérialisme dans les conquêtes scientifiques des Grecs.

Nous avons vu, dans le chapitre précédent, comment le développement par série d’oppositions, auquel Hégel a donné une si grande importance dans la philosophie de l'histoire, doit toujours s'expliquer par l'ensemble des conditions de l'histoire de la civilisation.

Une doctrine dont l’empire avait pris de vastes proportions et semblait entraîner à sa suite toute une époque commence à disparaître et ne trouve plus un terrain favorable dans la génération naissante, tandis que d’autres idées, jusqu'alors latentes, déploient l'énergie de la jeunesse, s'accommodent au caractère modifié des peuples et des gouvernements, et donnent une solution nouvelle à l’énigme du monde. Les générations s'épuisent à produire des idées; elles ressemblent au sol qui pendant longtemps à donné la même récolte et s'est fatigué. Il appartient au champ resté en jachère de fournir à son tour une nouvelle et féconde moisson. Ces alternances de vigueur et d’affaissement se montrent aussi dans l’histoire du matérialisme hellénique. Ce système prédominait dans la philosophie du ve siècle avant le Christ, à l’époque de Démocrite et d’Hippocrate. C’est seulement vers la fin de ce siècle que Socrate ouvrit les voies au spiritualisme qui, après avoir subi diverses modifications, constitua dans le siècle suivant le fond des systèmes d’Aristote et de Platon.

En revanche, de l’école même d’Aristote sortirent des hommes tels que Dicéarque et Aristoxène, qui nièrent la substantialité de l’âme, et enfin le célèbre physicien Straton de Lampsaque, dont la doctrine diffère à peine du matérialisme pur, si l’on en peut juger par les quelques renseignements que nous avons sur ce philosophe.

Straton ne voyait plus dans le νοῦς (intellect) d’Aristote que la conscience fondée sur la sensation (55). A ses yeux l’activité de l’âme était un mouvement réel. Il faisait dériver toute existence, toute vie, des forces naturellement inhérentes à la matière.

Cependant si nous trouvons que tout le IIIe siècle est à son tour caractérisé par un nouvel essor de la pensée matérialiste, la réforme opérée par Straton dans l’école péripatéticienne ne peut être considérée que comme une tentative de conciliation. Le système et l’école d’Épicure l’emportent décidément. Les grands adversaires de ce philosophe, les stoïciens eux-mêmes, se rapprochent, visiblement, sur le terrain de la physique, des opinions matérialistes.

L’évolution historique qui fraya la voie au nouveau courant d’idées fut la ruine de l'indépendance grecque et l’écroulement de l’état social des Hellènes, terminant ainsi cette florissante période, courte, mais unique dans son genre, à la fin de laquelle nous voyons surgir la philosophie athénienne. Socrate et Platon étaient des Athéniens, des hommes possédant cet esprit éminemment hellénique qui, à la vérité, commençait déjà à disparaître sous leurs yeux. Par l'époque de sa vie, par sa personnalité, Aristote appartient déjà à la période de transition; mais, comme il s’appuie sur Socrate et sur Platon, il se rattache encore à la période précédente. Quelles étroites relations entre la morale et l’idée gouvernementale ne trouve-t—on pas encore dans les écrits de Platon et d'Aristote ! Les réformes radicales dans l'État tel que l’entendait Platon sont consacrées, comme les discussions conservatrices de la politique d’Aristote, à un idéal de gouvernement qui doit opposer une solide barrière à l'envahissement de l'individualisme.

Mais l'individualisme était la maladie du temps. Nous voyons apparaître, maintenant, des hommes d’une trempe toute différente, qui s’emparent de la direction des esprits. Ce sont encore les postes avancés du monde grec qui fournissent à la nouvelle époque le plus grand nombre d'éminents philosophes; ceux-ci ne sortent pas cette fois des antiques colonies de l’Ionie et de la Grande-Grèce, mais principalement des contrées où le génie grec est entré en relation avec des civilisations étrangères, presque toutes orientales (56). L’amour des recherches positives dans l'étude de la nature se manifeste de nouveau avec une plus grande énergie durant cette période, mais la physique et la philosophie commencent à se séparer. Bien que dans l’antiquité il ne soit jamais élevé, entre l’étude de la nature et la philosophie, une opposition aussi tranchée et aussi constante que dans les temps modernes, cependant les grands noms ne sont plus les mêmes dans ces deux sciences. Les naturalistes, tout en se rattachant à une école de philosophie, prennent l’habitude de se réserver une liberté plus ou moins grande. Les chefs des écoles philosophiques, de leur côté, ne sont plus des investigateurs de la nature, mais se bornent à défendre, à enseigner leurs propres systèmes.

Le point de vue pratique, que Socrate avait fait prévaloir dans la philosophie, s’unit alors à l'individualisme et ne fit que s'accentuer davantage, car les points d'appui que la reli- Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/144 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/145 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/146 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/147 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/148 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/149 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/150 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/151 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/152 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/153 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/154 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/155 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/156 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/157 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/158 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/159 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/160 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/161 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/162 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/163 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/164 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/165 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/166 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/167 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/168 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/169 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/170 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/171 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/172 Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/173

Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Actions
Lire
Contribuer
Imprimer / exporter
Boîte à outils