L’Insurgé (Pottier)

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Au bureau du Comité Pottier, 1908 (pp. 110-111).



L’INSURGÉ



Au citoyen Protot.


Devant toi, misère sauvage,
Devant toi, pesant esclavage,
L’insurgé
Se dresse, le fusil chargé !

L’insurgé !… son vrai nom c’est l’Homme,
Qui n’est plus la bête de somme,
Qui n’obéit qu’à la raison.
Et qui marche avec confiance,
Car le soleil de la science,
Se lève rouge à l’horizon.

On peut le voir aux barricades
Descendre avec les camarades,
Riant, blaguant, risquant sa peau
Et sa prunelle décidée
S’allume aux splendeurs de l’idée,
Aux reflets pourprés du drapeau.

En combattant pour la Commune
Il savait que la terre est Une,
Qu’on ne doit pas la diviser,
Que la nature est une source
Et le capital une bourse
Où tous ont le droit de puiser.


Il revendique la machine
Et ne veut plus courber l’échine
Sous la vapeur en action,
Puisque l’Exploiteur à main rude
Fait instrument de servitude
De l’outil de rédemption.

Contre la classe patronale
Il fait la guerre sociale
Dont on ne verra pas la fin
Tant qu’un seul pourra, sur la sphère,
Devenir riche sans rien faire,
Tant qu’un travailleur aura faim !

À la Bourgeoisie écœurante
Il ne veut plus payer la rente :
Combien de milliards tous les ans ?…
C’est sur vous, c’est sur votre viande
Qu’on dépèce un tel dividende,
Ouvriers, mineurs, paysans.

Il comprend notre mère aimante,
La planète qui se lamente
Sous le joug individuel ;
Il veut organiser le monde,
Pour que de sa mamelle ronde
Coule un bien-être universel.

Devant toi, misère sauvage,
Devant toi, pesant esclavage,
L’insurgé
Se dresse, le fusil chargé !


Paris, retour d’exil, 1884.