ACTEURS:
CHRYSALE, bon Bourgeois.
PHILAMINTE, femme de Chrysale.
ARMANDE, HENRIETTE, filles de Chrysale et de Philaminte.
ARISTE, frère de Chrysale.
BÉLISE, sœur de Chrysale.
CLITANDRE, amant d'Henriette.
TRISSOTIN, bel esprit.
VADIUS, savant.
MARTINE, servante de cuisine.
L'ÉPINE, laquais de Trissotin.
JULIEN, valet de Vadius.
LE NOTAIRE.
La scène est à Paris.
Sommaire |
ACTE I
SCÈNE PREMIÈRE
ARMANDE, HENRIETTE.
ARMANDE |
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| Quoi, le beau nom de fille est un titre, ma sœur, | |||||||||
| Dont vous voulez quitter la charmante douceur? | |||||||||
| Et de vous marier vous osez faire fête? | |||||||||
| Ce vulgaire dessein vous peut monter en tête? | |||||||||
HENRIETTE |
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| Oui, ma sœur. | |||||||||
ARMANDE |
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| 5 | Ah ce "oui" se peut-il supporter? | ||||||||
| Et sans un mal de cœur saurait-on l'écouter? | |||||||||
HENRIETTE |
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| Qu'a donc le mariage en soi qui vous oblige, | |||||||||
| Ma sœur... | |||||||||
ARMANDE |
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| Ah mon Dieu, fi. | |||||||||
HENRIETTE |
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| Comment? | |||||||||
ARMANDE |
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| Ah fi, vous dis-je. | |||||||||
| Ne concevez-vous point ce que, dès qu'on l'entend, | |||||||||
| 10 | Un tel mot à l'esprit offre de dégoûtant? | ||||||||
| De quelle étrange image on est par lui blessée? | |||||||||
| Sur quelle sale vue il traîne la pensée? | |||||||||
| N'en frissonnez-vous point? et pouvez-vous, ma sœur, | |||||||||
| Aux suites de ce mot résoudre votre cœur? | |||||||||
HENRIETTE |
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| 15 | Les suites de ce mot, quand je les envisage, | ||||||||
| Me font voir un mari, des enfants, un ménage; | |||||||||
| Et je ne vois rien là, si j'en puis raisonner, | |||||||||
| Qui blesse la pensée, et fasse frissonner. | |||||||||
ARMANDE |
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| De tels attachements, ô Ciel! sont pour vous plaire? | |||||||||
HENRIETTE |
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| 20 | Et qu'est-ce qu'à mon âge on a de mieux à faire, | ||||||||
| Que d'attacher à soi, par le titre d'époux, | |||||||||
| Un homme qui vous aime, et soit aimé de vous; | |||||||||
| Et de cette union de tendresse suivie, | |||||||||
| Se faire les douceurs d'une innocente vie? | |||||||||
| 25 | Ce nœud bien assorti n'a-t-il pas des appas? | ||||||||
ARMANDE |
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| Mon Dieu, que votre esprit est d'un étage bas! | |||||||||
| Que vous jouez au monde un petit personnage, | |||||||||
| De vous claquemurer* aux choses du ménage, | |||||||||
| Et de n'entrevoir point de plaisirs plus touchants, | |||||||||
| 30 | Qu'un idole d'époux*, et des marmots d'enfants! | ||||||||
| Laissez aux gens grossiers, aux personnes vulgaires, | |||||||||
| Les bas amusements de ces sortes d'affaires. | |||||||||
| À de plus hauts objets élevez vos désirs, | |||||||||
| Songez à prendre un goût des plus nobles plaisirs, | |||||||||
| 35 | Et traitant de mépris les sens et la matière, | ||||||||
| À l'esprit comme nous donnez-vous toute entière: | |||||||||
| Vous avez notre mère en exemple à vos yeux, | |||||||||
| Que du nom de savante on honore en tous lieux, | |||||||||
| Tâchez ainsi que moi de vous montrer sa fille, | |||||||||
| 40 | Aspirez aux clartés* qui sont dans la famille, | ||||||||
| Et vous rendez sensible aux charmantes douceurs | |||||||||
| Que l'amour de l'étude épanche dans les cœurs: | |||||||||
| Loin d'être aux lois d'un homme en esclave asservie; | |||||||||
| Mariez-vous, ma sœur, à la philosophie, | |||||||||
| 45 | Qui nous monte au-dessus de tout le genre humain, | ||||||||
| Et donne à la raison l'empire souverain, | |||||||||
| Soumettant à ses lois la partie animale* | |||||||||
| Dont l'appétit grossier aux bêtes nous ravale. | |||||||||
| Ce sont là les beaux feux, les doux attachements, | |||||||||
| 50 | Qui doivent de la vie occuper les moments; | ||||||||
| Et les soins où je vois tant de femmes sensibles, | |||||||||
| Me paraissent aux yeux des pauvretés horribles. | |||||||||
HENRIETTE |
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| Le Ciel, dont nous voyons que l'ordre est tout-puissant, | |||||||||
| Pour différents emplois nous fabrique en naissant; | |||||||||
| 55 | Et tout esprit n'est pas composé d'une étoffe | ||||||||
| Qui se trouve taillée à faire un philosophe. | |||||||||
| Si le vôtre est né propre aux élévations | |||||||||
| Où montent des savants les spéculations, | |||||||||
| Le mien est fait, ma sœur, pour aller terre à terre, | |||||||||
| 60 | Et dans les petits soins son faible se resserre. | ||||||||
| Ne troublons point du Ciel les justes règlements, | |||||||||
| Et de nos deux instincts suivons les mouvements; | |||||||||
| Habitez par l'essor d'un grand et beau génie, | |||||||||
| Les hautes régions de la philosophie, | |||||||||
| 65 | Tandis que mon esprit se tenant ici-bas, | ||||||||
| Goûtera de l'hymen les terrestres appas. | |||||||||
| Ainsi dans nos desseins l'une à l'autre contraire, | |||||||||
| Nous saurons toutes deux imiter notre mère; | |||||||||
| Vous, du côté de l'âme et des nobles désirs, | |||||||||
| 70 | Moi, du côté des sens et des grossiers plaisirs; | ||||||||
| Vous, aux productions d'esprit et de lumière, | |||||||||
| Moi, dans celles, ma sœur, qui sont de la matière. | |||||||||
ARMANDE |
|||||||||
| Quand sur une personne on prétend se régler, | |||||||||
| C'est par les beaux côtés qu'il lui faut ressembler; | |||||||||
| 75 | Et ce n'est point du tout la prendre pour modèle, | ||||||||
| Ma sœur, que de tousser et de cracher comme elle. | |||||||||
HENRIETTE |
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| Mais vous ne seriez pas ce dont vous vous vantez, | |||||||||
| Si ma mère n'eût eu que de ces beaux côtés; | |||||||||
| Et bien vous prend, ma sœur, que son noble génie | |||||||||
| 80 | N'ait pas vaqué toujours à la philosophie. | ||||||||
| De grâce souffrez-moi par un peu de bonté | |||||||||
| Des bassesses à qui vous devez la clarté; | |||||||||
| Et ne supprimez point, voulant qu'on vous seconde*, | |||||||||
| Quelque petit savant qui veut venir au monde. | |||||||||
ARMANDE |
|||||||||
| 85 | Je vois que votre esprit ne peut être guéri | ||||||||
| Du fol entêtement de vous faire un mari: | |||||||||
| Mais sachons, s'il vous plaît, qui vous songez à prendre? | |||||||||
| Votre visée au moins n'est pas mise à Clitandre*. | |||||||||
HENRIETTE |
|||||||||
| Et par quelle raison n'y serait-elle pas? | |||||||||
| 90 | Manque-t-il de mérite? est-ce un choix qui soit bas? | ||||||||
ARMANDE |
|||||||||
| Non, mais c'est un dessein qui serait malhonnête, | |||||||||
| Que de vouloir d'un autre* enlever la conquête; | |||||||||
| Et ce n'est pas un fait dans le monde ignoré, | |||||||||
| Que Clitandre ait pour moi hautement soupiré. | |||||||||
HENRIETTE |
|||||||||
| 95 | Oui, mais tous ces soupirs chez vous sont choses vaines, | ||||||||
| Et vous ne tombez point aux bassesses humaines; | |||||||||
| Votre esprit à l'hymen renonce pour toujours, | |||||||||
| Et la philosophie a toutes vos amours: | |||||||||
| Ainsi n'ayant au cœur nul dessein pour Clitandre, | |||||||||
| 100 | Que vous importe-t-il qu'on y puisse prétendre? | ||||||||
ARMANDE |
|||||||||
| Cet empire que tient la raison sur les sens, | |||||||||
| Ne fait pas renoncer aux douceurs des encens; | |||||||||
| Et l'on peut pour époux refuser un mérite* | |||||||||
| Que pour adorateur on veut bien à sa suite. | |||||||||
HENRIETTE |
|||||||||
| 105 | Je n'ai pas empêché qu'à vos perfections | ||||||||
| Il n'ait continué ses adorations; | |||||||||
| Et je n'ai fait que prendre, au refus de votre âme, | |||||||||
| Ce qu'est venu m'offrir l'hommage de sa flamme. | |||||||||
ARMANDE |
|||||||||
| Mais à l'offre des vœux d'un amant dépité, | |||||||||
| 110 | Trouvez-vous, je vous prie, entière sûreté? | ||||||||
| Croyez-vous pour vos yeux sa passion bien forte, | |||||||||
| Et qu'en son cœur pour moi toute flamme soit morte? | |||||||||
HENRIETTE |
|||||||||
| Il me le dit, ma sœur, et pour moi je le croi. | |||||||||
ARMANDE |
|||||||||
| Ne soyez pas, ma sœur, d'une si bonne foi, | |||||||||
| 115 | Et croyez, quand il dit qu'il me quitte et vous aime, | ||||||||
| Qu'il n'y songe pas bien, et se trompe lui-même. | |||||||||
HENRIETTE |
|||||||||
| Je ne sais; mais enfin, si c'est votre plaisir, | |||||||||
| Il nous est bien aisé de nous en éclaircir. | |||||||||
| Je l'aperçois qui vient, et sur cette matière | |||||||||
| 120 | Il pourra nous donner une pleine lumière. | ||||||||
SCÈNE II
CLITANDRE, ARMANDE, HENRIETTE.
HENRIETTE |
|||||||||
| Pour me tirer d'un doute où me jette ma sœur, | |||||||||
| Entre elle et moi, Clitandre, expliquez votre cœur, | |||||||||
| Découvrez-en le fond, et nous daignez apprendre | |||||||||
| Qui de nous à vos vœux est en droit de prétendre. | |||||||||
ARMANDE |
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| 125 | Non, non, je ne veux point à votre passion | ||||||||
| Imposer la rigueur d'une explication; | |||||||||
| Je ménage les gens, et sais comme embarrasse | |||||||||
| Le contraignant effort de ces aveux en face. | |||||||||
CLITANDRE |
|||||||||
| Non, Madame, mon cœur qui dissimule peu, | |||||||||
| 130 | Ne sent nulle contrainte à faire un libre aveu; | ||||||||
| Dans aucun embarras un tel pas ne me jette, | |||||||||
| Et j'avouerai tout haut d'une âme franche et nette, | |||||||||
| Que les tendres liens où je suis arrêté, | |||||||||
| Mon amour et mes vœux, sont tout de ce côté*. | |||||||||
| 135 | Qu'à nulle émotion cet aveu ne vous porte; | ||||||||
| Vous avez bien voulu les choses de la sorte, | |||||||||
| Vos attraits m'avaient pris, et mes tendres soupirs | |||||||||
| Vous ont assez prouvé l'ardeur de mes désirs: | |||||||||
| Mon cœur vous consacrait une flamme immortelle, | |||||||||
| 140 | Mais vos yeux n'ont pas cru leur conquête assez belle; | ||||||||
| J'ai souffert sous leur joug cent mépris différents, | |||||||||
| Ils régnaient sur mon âme en superbes tyrans, | |||||||||
| Et je me suis cherché, lassé de tant de peines, | |||||||||
| Des vainqueurs plus humains, et de moins rudes chaînes: | |||||||||
| 145 | Je les ai rencontrés, Madame, dans ces yeux, | ||||||||
| Et leurs traits à jamais me seront précieux; | |||||||||
| D'un regard pitoyable ils ont séché mes larmes, | |||||||||
| Et n'ont pas dédaigné le rebut de vos charmes; | |||||||||
| De si rares bontés m'ont si bien su toucher, | |||||||||
| 150 | Qu'il n'est rien qui me puisse à mes fers arracher; | ||||||||
| Et j'ose maintenant vous conjurer, Madame, | |||||||||
| De ne vouloir tenter nul effort sur ma flamme, | |||||||||
| De ne point essayer à rappeler un cœur | |||||||||
| Résolu de mourir dans cette douce ardeur. | |||||||||
ARMANDE |
|||||||||
| 155 | Eh qui vous dit, Monsieur, que l'on ait cette envie, | ||||||||
| Et que de vous enfin si fort on se soucie? | |||||||||
| Je vous trouve plaisant, de vous le figurer; | |||||||||
| Et bien impertinent, de me le déclarer . | |||||||||
HENRIETTE |
|||||||||
| Eh doucement, ma sœur. Où donc est la morale | |||||||||
| 160 | Qui sait si bien régir la partie animale, | ||||||||
| Et retenir la bride aux efforts du courroux? | |||||||||
ARMANDE |
|||||||||
| Mais vous qui m'en parlez, où la pratiquez-vous, | |||||||||
| De répondre à l'amour que l'on vous fait paraître, | |||||||||
| Sans le congé* de ceux qui vous ont donné l'être? | |||||||||
| 165 | Sachez que le devoir vous soumet à leurs lois, | ||||||||
| Qu'il ne vous est permis d'aimer que par leur choix, | |||||||||
| Qu'ils ont sur votre cœur l'autorité suprême, | |||||||||
| Et qu'il est criminel d'en disposer vous-même. | |||||||||
HENRIETTE |
|||||||||
| Je rends grâce aux bontés que vous me faites voir, | |||||||||
| 170 | De m'enseigner si bien les choses du devoir; | ||||||||
| Mon cœur sur vos leçons veut régler sa conduite, | |||||||||
| Et pour vous faire voir, ma sœur, que j'en profite, | |||||||||
| Clitandre, prenez soin d'appuyer votre amour | |||||||||
| De l'agrément de ceux dont j'ai reçu le jour, | |||||||||
| 175 | Faites-vous sur mes vœux un pouvoir légitime, | ||||||||
| Et me donnez moyen de vous aimer sans crime. | |||||||||
CLITANDRE |
|||||||||
| J'y vais de tous mes soins travailler hautement, | |||||||||
| Et j'attendais de vous ce doux consentement. | |||||||||
ARMANDE |
|||||||||
| Vous triomphez, ma sœur, et faites une mine | |||||||||
| 180 | À vous imaginer que cela me chagrine. | ||||||||
HENRIETTE |
|||||||||
| Moi, ma sœur, point du tout; je sais que sur vos sens | |||||||||
| Les droits de la raison sont toujours tout-puissants, | |||||||||
| Et que par les leçons qu'on prend dans la sagesse, | |||||||||
| Vous êtes au-dessus d'une telle faiblesse. | |||||||||
| 185 | Loin de vous soupçonner d'aucun chagrin, je croi | ||||||||
| Qu'ici vous daignerez vous employer pour moi, | |||||||||
| Appuyer sa demande, et de votre suffrage | |||||||||
| Presser l'heureux moment de notre mariage. | |||||||||
| Je vous en sollicite, et pour y travailler... | |||||||||
ARMANDE |
|||||||||
| 190 | Votre petit esprit se mêle de railler, | ||||||||
| Et d'un cœur qu'on vous jette on vous voit toute fière. | |||||||||
HENRIETTE |
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| Tout jeté qu'est ce cœur, il ne vous déplaît guère; | |||||||||
| Et si vos yeux sur moi le pouvaient ramasser, | |||||||||
| Ils prendraient aisément le soin de se baisser. | |||||||||
ARMANDE |
|||||||||
| 195 | À répondre à cela je ne daigne descendre, | ||||||||
| Et ce sont sots discours qu'il ne faut pas entendre. | |||||||||
HENRIETTE |
|||||||||
| C'est fort bien fait à vous, et vous nous faites voir | |||||||||
| Des modérations qu'on ne peut concevoir. | |||||||||
SCÈNE III
CLITANDRE, HENRIETTE.
HENRIETTE |
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| Votre sincère aveu ne l'a pas peu surprise. | |||||||||
CLITANDRE |
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| 200 | Elle mérite assez une telle franchise, | ||||||||
| Et toutes les hauteurs de sa folle fierté | |||||||||
| Sont dignes tout au moins de ma sincérité: | |||||||||
| Mais puisqu'il m'est permis, je vais à votre père, | |||||||||
| Madame... | |||||||||
HENRIETTE |
|||||||||
| Le plus sûr est de gagner ma mère: | |||||||||
| 205 | Mon père est d'une humeur à consentir à tout, | ||||||||
| Mais il met peu de poids aux choses qu'il résout*; | |||||||||
| Il a reçu du Ciel certaine bonté d'âme, | |||||||||
| Qui le soumet d'abord à ce que veut sa femme; | |||||||||
| C'est elle qui gouverne, et d'un ton absolu | |||||||||
| 210 | Elle dicte pour loi ce qu'elle a résolu. | ||||||||
| Je voudrais bien vous voir pour elle, et pour ma tante, | |||||||||
| Une âme, je l'avoue, un peu plus complaisante, | |||||||||
| Un esprit qui flattant les visions du leur, | |||||||||
| Vous pût de leur estime attirer la chaleur. | |||||||||
CLITANDRE |
|||||||||
| 215 | Mon cœur n'a jamais pu, tant il est né sincère, | ||||||||
| Même dans votre sœur flatter leur caractère, | |||||||||
| Et les femmes docteurs ne sont point de mon goût. | |||||||||
| Je consens qu'une femme ait des clartés de tout, | |||||||||
| Mais je ne lui veux point la passion choquante | |||||||||
| 220 | De se rendre savante afin d'être savante; | ||||||||
| Et j'aime que souvent aux questions qu'on fait, | |||||||||
| Elle sache ignorer les choses qu'elle sait; | |||||||||
| De son étude enfin je veux qu'elle se cache, | |||||||||
| Et qu'elle ait du savoir sans vouloir qu'on le sache, | |||||||||
| 225 | Sans citer les auteurs, sans dire de grands mots, | ||||||||
| Et clouer de l'esprit à ses moindres propos. | |||||||||
| Je respecte beaucoup Madame votre mère, | |||||||||
| Mais je ne puis du tout approuver sa chimère, | |||||||||
| Et me rendre l'écho des choses qu'elle dit | |||||||||
| 230 | Aux encens* qu'elle donne à son héros d'esprit. | ||||||||
| Son Monsieur Trissotin me chagrine, m'assomme, | |||||||||
| Et j'enrage de voir qu'elle estime un tel homme, | |||||||||
| Qu'elle nous mette au rang des grands et beaux esprits | |||||||||
| Un benêt dont partout on siffle les écrits, | |||||||||
| 235 | Un pédant dont on voit la plume libérale | ||||||||
| D'officieux papiers fournir toute la halle*. | |||||||||
HENRIETTE |
|||||||||
| Ses écrits, ses discours, tout m'en semble ennuyeux, | |||||||||
| Et je me trouve assez votre goût et vos yeux | |||||||||
| Mais comme sur ma mère il a grande puissance, | |||||||||
| 240 | Vous devez vous forcer à quelque complaisance. | ||||||||
| Un amant fait sa cour où s'attache son cœur*, | |||||||||
| Il veut de tout le monde y gagner la faveur; | |||||||||
| Et pour n'avoir personne à sa flamme contraire, | |||||||||
| Jusqu'au chien du logis il s'efforce de plaire. | |||||||||
CLITANDRE |
|||||||||
| 245 | Oui, vous avez raison; mais Monsieur Trissotin | ||||||||
| M'inspire au fond de l'âme un dominant chagrin. | |||||||||
| Je ne puis consentir, pour gagner ses suffrages, | |||||||||
| À me déshonorer, en prisant ses ouvrages; | |||||||||
| C'est par eux qu'à mes yeux il a d'abord paru, | |||||||||
| 250 | Et je le connaissais avant que l'avoir vu. | ||||||||
| Je vis dans le fatras des écrits qu'il nous donne, | |||||||||
| Ce qu'étale en tous lieux sa pédante personne, | |||||||||
| La constante hauteur de sa présomption; | |||||||||
| Cette intrépidité de bonne opinion; | |||||||||
| 255 | Cet indolent* état de confiance extrême, | ||||||||
| Qui le rend en tout temps si content de soi-même, | |||||||||
| Qui fait qu'à son mérite incessamment il rit; | |||||||||
| Qu'il se sait si bon gré de tout ce qu'il écrit; | |||||||||
| Et qu'il ne voudrait pas changer sa renommée | |||||||||
| 260 | Contre tous les honneurs d'un général d'armée. | ||||||||
HENRIETTE |
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| C'est avoir de bons yeux que de voir tout cela. | |||||||||
CLITANDRE |
|||||||||
| Jusques à sa figure encor la chose alla*, | |||||||||
| Et je vis par les vers qu'à la tête il nous jette, | |||||||||
| De quel air il fallait que fût fait le poète; | |||||||||
| 265 | Et j'en avais si bien deviné tous les traits, | ||||||||
| Que rencontrant un homme un jour dans le Palais, | |||||||||
| Je gageai que c'était Trissotin en personne, | |||||||||
| Et je vis qu'en effet la gageure était bonne. | |||||||||
HENRIETTE |
|||||||||
| Quel conte! | |||||||||
CLITANDRE |
|||||||||
| Non, je dis la chose comme elle est: | |||||||||
| 270 | Mais je vois votre tante. Agréez, s'il vous plaît, |
| Que mon cœur lui déclare ici notre mystère, | |
| Et gagne sa faveur auprès de votre mère. |
SCÈNE IV
CLITANDRE, BÉLISE.
CLITANDRE |
|||||||||
| Souffrez, pour vous parler, Madame, qu'un amant | |||||||||
| Prenne l'occasion de cet heureux moment, | |||||||||
| 275 | Et se découvre à vous de la sincère flamme... | ||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Ah tout beau, gardez-vous de m'ouvrir trop votre âme: | |||||||||
| Si je vous ai su mettre au rang de mes amants, | |||||||||
| Contentez-vous des yeux pour vos seuls truchements, | |||||||||
| Et ne m'expliquez point par un autre langage | |||||||||
| 280 | Des désirs qui chez moi passent pour un outrage; | ||||||||
| Aimez-moi, soupirez, brûlez pour mes appas, | |||||||||
| Mais qu'il me soit permis de ne le savoir pas: | |||||||||
| Je puis fermer les yeux sur vos flammes secrètes, | |||||||||
| Tant que vous vous tiendrez aux muets interprètes*; | |||||||||
| 285 | Mais si la bouche vient à s'en vouloir mêler, | ||||||||
| Pour jamais de ma vue il vous faut exiler. | |||||||||
CLITANDRE |
|||||||||
| Des projets de mon cœur ne prenez point d'alarme; | |||||||||
| Henriette, Madame, est l'objet qui me charme, | |||||||||
| Et je viens ardemment conjurer vos bontés | |||||||||
| 290 | De seconder l'amour que j'ai pour ses beautés. | ||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Ah certes le détour est d'esprit, je l'avoue, | |||||||||
| Ce subtil faux-fuyant mérite qu'on le loue; | |||||||||
| Et dans tous les romans où j'ai jeté les yeux, | |||||||||
| Je n'ai rien rencontré de plus ingénieux. | |||||||||
CLITANDRE |
|||||||||
| 295 | Ceci n'est point du tout un trait d'esprit, Madame, | ||||||||
| Et c'est un pur aveu de ce que j'ai dans l'âme. | |||||||||
| Les cieux, par les liens d'une immuable ardeur, | |||||||||
| Aux beautés d'Henriette ont attaché mon cœur; | |||||||||
| Henriette me tient sous son aimable empire, | |||||||||
| 300 | Et l'hymen d'Henriette est le bien où j'aspire; | ||||||||
| Vous y pouvez beaucoup, et tout ce que je veux, | |||||||||
| C'est que vous y daigniez favoriser mes vœux. | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Je vois où doucement veut aller la demande, | |||||||||
| Et je sais sous ce nom ce qu'il faut que j'entende; | |||||||||
| 305 | La figure* est adroite, et pour n'en point sortir*, | ||||||||
| Aux choses que mon cœur m'offre à vous repartir, | |||||||||
| Je dirai qu'Henriette à l'hymen est rebelle, | |||||||||
| Et que sans rien prétendre, il faut brûler pour elle. | |||||||||
CLITANDRE |
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| Eh, Madame, à quoi bon un pareil embarras, | |||||||||
| 310 | Et pourquoi voulez-vous penser ce qui n'est pas? | ||||||||
BÉLISE |
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| Mon Dieu, point de façons; cessez de vous défendre | |||||||||
| De ce que vos regards m'ont souvent fait entendre; | |||||||||
| Il suffit que l'on est contente du détour | |||||||||
| Dont s'est adroitement avisé votre amour, | |||||||||
| 315 | Et que sous la figure où le respect l'engage, | ||||||||
| On veut bien se résoudre à souffrir son hommage, | |||||||||
| Pourvu que ses transports par l'honneur éclairés | |||||||||
| N'offrent à mes autels que des vœux épurés. | |||||||||
CLITANDRE |
|||||||||
| Mais... | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Adieu, pour ce coup ceci doit vous suffire, | |||||||||
| 320 | Et je vous ai plus dit que je ne voulais dire. | ||||||||
CLITANDRE |
|||||||||
| Mais votre erreur... | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Laissez, je rougis maintenant, | |||||||||
| Et ma pudeur s'est fait un effort surprenant. | |||||||||
CLITANDRE |
|||||||||
| Je veux être pendu, si je vous aime, et sage... | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Non, non, je ne veux rien entendre davantage. | |||||||||
CLITANDRE |
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| 325 | Diantre soit de la folle avec ses visions. | ||||||||
| A-t-on rien vu d'égal à ces préventions? | |||||||||
| Allons commettre un autre au soin que l'on me donne*, | |||||||||
| Et prenons le secours d'une sage personne. | |||||||||
ACTE II
SCÈNE PREMIÈRE
ARISTE*. |
|||||||||
| Oui, je vous porterai la réponse au plus tôt; | |||||||||
| 330 | J'appuierai, presserai, ferai tout ce qu'il faut. | ||||||||
| Qu'un amant, pour un mot, a de choses à dire! | |||||||||
| Et qu'impatiemment il veut ce qu'il désire! | |||||||||
| Jamais... | |||||||||
SCÈNE II
CHRYSALE, ARISTE.
ARISTE |
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| Ah, Dieu vous gard', mon frère. | |||||||||
CHRYSALE |
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| Et vous aussi, | |||||||||
| Mon frère. | |||||||||
ARISTE |
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| Savez-vous ce qui m'amène ici? | |||||||||
CHRYSALE |
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| 335 | Non; mais, si vous voulez, je suis prêt à l'apprendre. | ||||||||
ARISTE |
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| Depuis assez longtemps vous connaissez Clitandre? | |||||||||
CHRYSALE |
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| Sans doute, et je le vois qui fréquente chez nous. | |||||||||
ARISTE |
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| En quelle estime est-il, mon frère, auprès de vous? | |||||||||
CHRYSALE |
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| D'homme d'honneur, d'esprit, de cœur, et de conduite, | |||||||||
| 340 | Et je vois peu de gens qui soient de son mérite. | ||||||||
ARISTE |
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| Certain désir qu'il a, conduit ici mes pas, | |||||||||
| Et je me réjouis que vous en fassiez cas. | |||||||||
CHRYSALE |
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| Je connus feu son père en mon voyage à Rome. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| Fort bien. | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| C'était, mon frère, un fort bon gentilhomme. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| On le dit. | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| 345 | Nous n'avions alors que vingt-huit ans, | ||||||||
| Et nous étions, ma foi, tous deux de verts galants. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| Je le crois. | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Nous donnions* chez les dames romaines, | |||||||||
| Et tout le monde là parlait de nos fredaines; |
| Nous faisions des jaloux. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| Voilà qui va des mieux: | |||||||||
| 350 | Mais venons au sujet qui m'amène en ces lieux. |
SCÈNE III
BÉLISE, CHRYSALE, ARISTE.
ARISTE |
|||||||||
| Clitandre auprès de vous me fait son interprète, | |||||||||
| Et son cœur est épris des grâces d'Henriette. | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Quoi, de ma fille? | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| Oui, Clitandre en est charmé, | |||||||||
| Et je ne vis jamais amant plus enflammé. | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| 355 | Non, non, je vous entends, vous ignorez l'histoire, | ||||||||
| Et l'affaire n'est pas ce que vous pouvez croire. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| Comment, ma sœur? | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Clitandre abuse vos esprits, | |||||||||
| Et c'est d'un autre objet que son cœur est épris. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| Vous raillez. Ce n'est pas Henriette qu'il aime? | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Non, j'en suis assurée. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| 360 | Il me l'a dit lui-même. | ||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Eh oui. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| Vous me voyez, ma sœur, chargé par lui | |||||||||
| D'en faire la demande à son père aujourd'hui. | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Fort bien. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| Et son amour même m'a fait instance | |||||||||
| De presser les moments d'une telle alliance. | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| 365 | Encor mieux. On ne peut tromper plus galamment. | ||||||||
| Henriette, entre nous, est un amusement*, | |||||||||
| Un voile ingénieux, un prétexte, mon frère, | |||||||||
| À couvrir d'autres feux dont je sais le mystère, | |||||||||
| Et je veux bien tous deux vous mettre hors d'erreur. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| 370 | Mais puisque vous savez tant de choses, ma sœur, | ||||||||
| Dites-nous, s'il vous plaît, cet autre objet qu'il aime. | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Vous le voulez savoir? | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| Oui. Quoi? | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Moi. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| Vous? | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Moi-même. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| Hay, ma sœur! | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Qu'est-ce donc que veut dire ce "hay", | |||||||||
| Et qu'a de surprenant le discours que je fai? | |||||||||
| 375 | On est faite d'un air je pense à pouvoir dire | ||||||||
| Qu'on n'a pas pour un cœur* soumis à son empire; | |||||||||
| Et Dorante, Damis, Cléonte, et Lycidas, | |||||||||
| Peuvent bien faire voir qu'on a quelques appas. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| Ces gens vous aiment? | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Oui, de toute leur puissance. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| Ils vous l'ont dit? | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| 380 | Aucun n'a pris cette licence; | ||||||||
| Ils m'ont su révérer si fort jusqu'à ce jour, | |||||||||
| Qu'ils ne m'ont jamais dit un mot de leur amour: | |||||||||
| Mais pour m'offrir leur cœur, et vouer leur service, | |||||||||
| Les muets truchements ont tous fait leur office. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| 385 | On ne voit presque point céans venir Damis. | ||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| C'est pour me faire voir un respect plus soumis. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| De mots piquants partout Dorante vous outrage. | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Ce sont emportements d'une jalouse rage. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| Cléonte et Lycidas ont pris femme tous deux. | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| 390 | C'est par un désespoir où j'ai réduit leurs feux. | ||||||||
ARISTE |
|||||||||
| Ma foi! ma chère sœur, vision toute claire. | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| De ces chimères-là vous devez vous défaire. | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Ah chimères! Ce sont des chimères, dit-on! | |||||||||
| Chimères, moi! Vraiment chimères est fort bon! | |||||||||
| 395 | Je me réjouis fort de chimères, mes frères, | ||||||||
| Et je ne savais pas que j'eusse des chimères. | |||||||||
SCÈNE IV
CHRYSALE, ARISTE.
CHRYSALE |
|||||||||
| Notre sœur est folle, oui. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| Cela croît tous les jours. | |||||||||
| Mais, encore une fois, reprenons le discours. | |||||||||
| Clitandre vous demande Henriette pour femme, | |||||||||
| 400 | Voyez quelle réponse on doit faire à sa flamme? | ||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Faut-il le demander? J'y consens de bon cœur, | |||||||||
| Et tiens son alliance à singulier honneur. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| Vous savez que de bien il n'a pas l'abondance, | |||||||||
| Que... | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| C'est un intérêt qui n'est pas d'importance; | |||||||||
| 405 | Il est riche en vertu, cela vaut des trésors, | ||||||||
| Et puis son père et moi n'étions qu'un en deux corps. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| Parlons à votre femme, et voyons à la rendre | |||||||||
| Favorable... | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Il suffit, je l'accepte pour gendre. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| Oui; mais pour appuyer votre consentement, | |||||||||
| 410 | Mon frère, il n'est pas mal d'avoir son agrément, | ||||||||
| Allons... | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Vous moquez-vous? Il n'est pas nécessaire, | |||||||||
| Je réponds de ma femme, et prends sur moi l'affaire. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| Mais... | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Laissez faire, dis-je, et n'appréhendez pas. | |||||||||
| Je la vais disposer aux choses de ce pas. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| 415 | Soit. Je vais là-dessus sonder votre Henriette, | ||||||||
| Et reviendrai savoir... | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| C'est une affaire faite. | |||||||||
| Et je vais à ma femme en parler sans délai. |
SCÈNE V
MARTINE, CHRYSALE.
MARTINE |
|||||||||
| Me voilà bien chanceuse! Hélas l'an dit bien vrai*: | |||||||||
| Qui veut noyer son chien, l'accuse de la rage, | |||||||||
| 420 | Et service d'autrui n'est pas un héritage*. | ||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Qu'est-ce donc? Qu'avez-vous, Martine? | |||||||||
MARTINE |
|||||||||
| Ce que j'ai? | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Oui? | |||||||||
MARTINE |
|||||||||
| J'ai que l'an me donne* aujourd'hui mon congé, | |||||||||
| Monsieur. | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Votre congé! | |||||||||
MARTINE |
|||||||||
| Oui, Madame me chasse. | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Je n'entends pas cela. Comment? | |||||||||
MARTINE |
|||||||||
| On me menace, | |||||||||
| 425 | Si je ne sors d'ici, de me bailler cent coups. | ||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Non, vous demeurerez, je suis content de vous; | |||||||||
| Ma femme bien souvent a la tête un peu chaude, | |||||||||
| Et je ne veux pas moi... | |||||||||
SCÈNE VI
PHILAMINTE, BÉLISE, CHRYSALE, MARTINE.
PHILAMINTE |
|||||||||
| Quoi, je vous vois, maraude? | |||||||||
| Vite, sortez, friponne; allons, quittez ces lieux, | |||||||||
| 430 | Et ne vous présentez jamais devant mes yeux. | ||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Tout doux. | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Non, c'en est fait. | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Eh. | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Je veux qu'elle sorte. | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Mais qu'a-t-elle commis, pour vouloir de la sorte... | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Quoi, vous la soutenez? | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| En aucune façon. | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Prenez-vous son parti contre moi? | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Mon Dieu non; | |||||||||
| 435 | Je ne fais seulement que demander son crime. | ||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Suis-je pour la chasser sans cause légitime? | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Je ne dis pas cela, mais il faut de nos gens... | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Non, elle sortira, vous dis-je, de céans. | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Hé bien oui. Vous dit-on quelque chose là contre? | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| 440 | Je ne veux point d'obstacle aux désirs que je montre. | ||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| D'accord. | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Et vous devez en raisonnable époux, | |||||||||
| Être pour moi contre elle et prendre mon courroux*. | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Aussi fais-je. Oui, ma femme avec raison vous chasse, | |||||||||
| Coquine, et votre crime est indigne de grâce. | |||||||||
MARTINE |
|||||||||
| Qu'est-ce donc que j'ai fait? | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| 445 | Ma foi! Je ne sais pas. | ||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Elle est d'humeur encore à n'en faire aucun cas. | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| A-t-elle, pour donner matière à votre haine, | |||||||||
| Cassé quelque miroir, ou quelque porcelaine? | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Voudrais-je la chasser, et vous figurez-vous | |||||||||
| 450 | Que pour si peu de chose on se mette en courroux? | ||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Qu'est-ce à dire? L'affaire est donc considérable? | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Sans doute. Me voit-on femme déraisonnable? | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Est-ce qu'elle a laissé, d'un esprit négligent, | |||||||||
| Dérober quelque aiguière, ou quelque plat d'argent? | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Cela ne serait rien. | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| 455 | Oh, oh! peste, la belle! | ||||||||
| Quoi? l'avez-vous surprise à n'être pas fidèle*? | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| C'est pis que tout cela. | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Pis que tout cela? | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Pis. | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Comment diantre, friponne! Euh? a-t-elle commis... | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Elle a, d'une insolence à nulle autre pareille, | |||||||||
| 460 | Après trente leçons, insulté mon oreille, | ||||||||
| Par l'impropriété d'un mot sauvage et bas, | |||||||||
| Qu'en termes décisifs condamne Vaugelas*. | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Est-ce là... | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Quoi, toujours malgré nos remontrances, | |||||||||
| Heurter le fondement de toutes les sciences; | |||||||||
| 465 | La grammaire qui sait régenter jusqu'aux rois, | ||||||||
| Et les fait la main haute* obéir à ses lois? | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Du plus grand des forfaits je la croyais coupable. | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Quoi, vous ne trouvez pas ce crime impardonnable? | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Si fait. | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Je voudrais bien que vous l'excusassiez. | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Je n'ai garde. | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| 470 | Il est vrai que ce sont des pitiés, | ||||||||
| Toute construction est par elle détruite, | |||||||||
| Et des lois du langage on l'a cent fois instruite. | |||||||||
MARTINE |
|||||||||
| Tout ce que vous prêchez est je crois bel et bon; | |||||||||
| Mais je ne saurais, moi, parler votre jargon. | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| 475 | L'impudente! appeler un jargon le langage | ||||||||
| Fondé sur la raison et sur le bel usage! | |||||||||
MARTINE |
|||||||||
| Quand on se fait entendre, on parle toujours bien, | |||||||||
| Et tous vos biaux dictons* ne servent pas de rien. | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Hé bien, ne voilà pas encore de son style, | |||||||||
| Ne servent-pas de rien! | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| 480 | Ô cervelle indocile! | ||||||||
| Faut-il qu'avec les soins qu'on prend incessamment, | |||||||||
| On ne te puisse apprendre à parler congrûment? | |||||||||
| De pas, mis avec rien, tu fais la récidive*, | |||||||||
| Et c'est, comme on t'a dit, trop d'une négative. | |||||||||
MARTINE |
|||||||||
| 485 | Mon Dieu, je n'avons pas étugué comme vous, | ||||||||
| Et je parlons tout droit comme on parle cheux nous. | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Ah peut-on y tenir! | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Quel solécisme horrible! | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| En voilà pour tuer une oreille sensible. | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Ton esprit, je l'avoue, est bien matériel. | |||||||||
| 490 | Je, n'est qu'un singulier; avons, est pluriel. | ||||||||
| Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire*? | |||||||||
MARTINE |
|||||||||
| Qui parle d'offenser grand'mère ni grand-père? | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Ô Ciel! | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Grammaire est prise à contre-sens par toi, | |||||||||
| Et je t'ai dit déjà d'où vient ce mot. | |||||||||
MARTINE |
|||||||||
| Ma foi, | |||||||||
| 495 | Qu'il vienne de Chaillot, d'Auteuil, ou de Pontoise, |
| Cela ne me fait rien. | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Quelle âme villageoise! | |||||||||
| La grammaire, du verbe et du nominatif*, | |
| Comme de l'adjectif avec le substantif, |
| Nous enseigne les lois. | |||||||||
MARTINE |
|||||||||
| J'ai, Madame, à vous dire | |||||||||
| Que je ne connais point ces gens-là. | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| 500 | Quel martyre! | ||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Ce sont les noms des mots, et l'on doit regarder | |||||||||
| En quoi c'est qu'il les faut faire ensemble accorder. | |||||||||
MARTINE |
|||||||||
| Qu'ils s'accordent entr'eux, ou se gourment*, qu'importe? | |||||||||
PHILAMINTE, à sa sœur. |
|||||||||
| Eh, mon Dieu, finissez un discours de la sorte. | |||||||||
| (À son mari.) | |||||||||
| 505 | Vous ne voulez pas, vous, me la faire sortir? | ||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Si fait. À son caprice il me faut consentir. | |||||||||
| Va, ne l'irrite point; retire-toi, Martine. | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Comment? vous avez peur d'offenser la coquine? | |||||||||
| Vous lui parlez d'un ton tout à fait obligeant? | |||||||||
CHRYSALE, bas. |
|||||||||
| 510 | Moi? Point. Allons, sortez*. Va-t'en, ma pauvre enfant. | ||||||||
SCÈNE VII
PHILAMINTE, CHRYSALE, BÉLISE.
CHRYSALE |
|||||||||
| Vous êtes satisfaite, et la voilà partie. | |||||||||
| Mais je n'approuve point une telle sortie; | |||||||||
| C'est une fille propre aux choses qu'elle fait, | |||||||||
| Et vous me la chassez pour un maigre sujet. | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| 515 | Vous voulez que toujours je l'aie à mon service, | ||||||||
| Pour mettre incessamment mon oreille au supplice? | |||||||||
| Pour rompre toute loi d'usage et de raison, | |||||||||
| Par un barbare amas de vices d'oraison, | |||||||||
| De mots estropiés, cousus par intervalles, | |||||||||
| 520 | De proverbes traînés dans les ruisseaux des Halles*? | ||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Il est vrai que l'on sue à souffrir ses discours. | |||||||||
| Elle y met Vaugelas en pièces tous les jours; | |||||||||
| Et les moindres défauts de ce grossier génie, | |||||||||
| Sont ou le pléonasme, ou la cacophonie. | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| 525 | Qu'importe qu'elle manque aux lois de Vaugelas, | ||||||||
| Pourvu qu'à la cuisine elle ne manque pas? | |||||||||
| J'aime bien mieux, pour moi, qu'en épluchant ses herbes, | |||||||||
| Elle accommode mal les noms avec les verbes, | |||||||||
| Et redise cent fois un bas ou méchant mot, | |||||||||
| 530 | Que de brûler ma viande, ou saler trop mon pot. | ||||||||
| Je vis de bonne soupe, et non de beau langage. | |||||||||
| Vaugelas n'apprend point à bien faire un potage, | |||||||||
| Et Malherbe et Balzac, si savants en beaux mots, | |||||||||
| En cuisine peut-être auraient été des sots. | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| 535 | Que ce discours grossier terriblement assomme! | ||||||||
| Et quelle indignité pour ce qui s'appelle homme, | |||||||||
| D'être baissé sans cesse aux soins matériels, | |||||||||
| Au lieu de se hausser vers les spirituels! | |||||||||
| Le corps, cette guenille, est-il d'une importance, | |||||||||
| 540 | D'un prix à mériter seulement qu'on y pense, | ||||||||
| Et ne devons-nous pas laisser cela bien loin? | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Oui, mon corps est moi-même, et j'en veux prendre soin, | |||||||||
| Guenille si l'on veut, ma guenille m'est chère. | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Le corps avec l'esprit, fait figure*, mon frère; | |||||||||
| 545 | Mais si vous en croyez tout le monde savant, | ||||||||
| L'esprit doit sur le corps prendre le pas devant; | |||||||||
| Et notre plus grand soin, notre première instance, | |||||||||
| Doit être à le nourrir du suc de la science. | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Ma foi si vous songez à nourrir votre esprit, | |||||||||
| 550 | C'est de viande bien creuse, à ce que chacun dit, | ||||||||
| Et vous n'avez nul soin, nulle sollicitude | |||||||||
| Pour... | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Ah sollicitude à mon oreille est rude, | |||||||||
| Il put* étrangement son ancienneté. | |||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Il est vrai que le mot est bien collet monté*. | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| 555 | Voulez-vous que je dise? Il faut qu'enfin j'éclate, | ||||||||
| Que je lève le masque, et décharge ma rate. | |||||||||
| De folles on vous traite, et j'ai fort sur le cœur... | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| Comment donc? | |||||||||
CHRYSALE*. |
|||||||||
| C'est à vous que je parle, ma sœur. | |||||||||
| Le moindre solécisme en parlant vous irrite: | |||||||||
| 560 | Mais vous en faites, vous, d'étranges en conduite*. | ||||||||
| Vos livres éternels ne me contentent pas, | |||||||||
| Et hors un gros Plutarque à mettre mes rabats, | |||||||||
| Vous devriez brûler tout ce meuble* inutile, | |||||||||
| Et laisser la science aux docteurs de la ville; | |||||||||
| 565 | M'ôter, pour faire bien, du grenier de céans, | ||||||||
| Cette longue lunette à faire peur aux gens, | |||||||||
| Et cent brimborions dont l'aspect importune: | |||||||||
| Ne point aller chercher ce qu'on fait dans la lune, | |||||||||
| Et vous mêler un peu de ce qu'on fait chez vous, | |||||||||
| 570 | Où nous voyons aller tout sens dessus dessous. | ||||||||
| Il n'est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes, | |||||||||
| Qu'une femme étudie, et sache tant de choses. | |||||||||
| Former aux bonnes mœurs l'esprit de ses enfants, | |||||||||
| Faire aller son ménage, avoir l'oeil sur ses gens, | |||||||||
| 575 | Et régler la dépense avec économie, | ||||||||
| Doit être son étude et sa philosophie. | |||||||||
| Nos pères sur ce point étaient gens bien sensés, | |||||||||
| Qui disaient qu'une femme en sait toujours assez, | |||||||||
| Quand la capacité de son esprit se hausse | |||||||||
| 580 | À connaître un pourpoint d'avec un haut de chausse. | ||||||||
| Les leurs ne lisaient point, mais elles vivaient bien; | |||||||||
| Leurs ménages étaient tout leur docte entretien, | |||||||||
| Et leurs livres un dé, du fil, et des aiguilles, | |||||||||
| Dont elles travaillaient au trousseau de leurs filles. | |||||||||
| 585 | Les femmes d'à présent sont bien loin de ces mœurs, | ||||||||
| Elles veulent écrire, et devenir auteurs. | |||||||||
| Nulle science n'est pour elles trop profonde, | |||||||||
| Et céans beaucoup plus qu'en aucun lieu du monde. | |||||||||
| Les secrets les plus hauts s'y laissent concevoir, | |||||||||
| 590 | Et l'on sait tout chez moi, hors ce qu'il faut savoir. | ||||||||
| On y sait comme vont lune, étoile polaire, | |||||||||
| Vénus, Saturne, et Mars, dont je n'ai point affaire; | |||||||||
| Et dans ce vain savoir, qu'on va chercher si loin, | |||||||||
| On ne sait comme va mon pot dont j'ai besoin. | |||||||||
| 595 | Mes gens à la science aspirent pour vous plaire, | ||||||||
| Et tous ne font rien moins que ce qu'ils ont à faire; | |||||||||
| Raisonner est l'emploi de toute ma maison, | |||||||||
| Et le raisonnement en bannit la raison; | |||||||||
| L'un me brûle mon rôt en lisant quelque histoire, | |||||||||
| 600 | L'autre rêve à des vers quand je demande à boire; | ||||||||
| Enfin je vois par eux votre exemple suivi, | |||||||||
| Et j'ai des serviteurs, et ne suis point servi. | |||||||||
| Une pauvre servante au moins m'était restée, | |||||||||
| Qui de ce mauvais air n'était point infectée, | |||||||||
| 605 | Et voilà qu'on la chasse avec un grand fracas, | ||||||||
| À cause qu'elle manque à parler Vaugelas. | |||||||||
| Je vous le dis, ma sœur, tout ce train-là me blesse, | |||||||||
| (Car c'est, comme j'ai dit, à vous que je m'adresse); | |||||||||
| Je n'aime point céans tous vos gens à latin, | |||||||||
| 610 | Et principalement ce Monsieur Trissotin. | ||||||||
| C'est lui qui dans des vers vous a tympanisées*, | |||||||||
| Tous les propos qu'il tient sont des billevesées, | |||||||||
| On cherche ce qu'il dit après qu'il a parlé, | |||||||||
| Et je lui crois, pour moi, le timbre un peu fêlé. | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| 615 | Quelle bassesse, ô Ciel, et d'âme, et de langage! | ||||||||
BÉLISE |
|||||||||
| Est-il de petits corps* un plus lourd assemblage! | |||||||||
| Un esprit composé d'atomes plus bourgeois! | |||||||||
| Et de ce même sang se peut-il que je sois! | |||||||||
| Je me veux mal de mort d'être de votre race, | |||||||||
| 620 | Et de confusion j'abandonne la place. | ||||||||
SCÈNE VIII
PHILAMINTE, CHRYSALE.
PHILAMINTE |
|||||||||
| Avez-vous à lâcher encore quelque trait? | |||||||||
CHRYSALE |
|||||||||
| Moi? Non. Ne parlons plus de querelle, c'est fait; | |||||||||
| Discourons d'autre affaire. À votre fille aînée | |||||||||
| On voit quelque dégoût pour les nœuds d'hyménée; | |||||||||
| 625 | C'est une philosophe enfin, je n'en dis rien, | ||||||||
| Elle est bien gouvernée, et vous faites fort bien. | |||||||||
| Mais de toute autre humeur se trouve sa cadette, | |||||||||
| Et je crois qu'il est bon de pourvoir Henriette, | |||||||||
| De choisir un mari... | |||||||||
PHILAMINTE |
|||||||||
| C'est à quoi j'ai songé, | |||||||||
| 630 | Et je veux vous ouvrir l'intention que j'ai. |
| Ce Monsieur Trissotin dont on nous fait un crime, | |
| Et qui n'a pas l'honneur d'être dans votre estime, | |
| Est celui que je prends pour l'époux qu'il lui faut, | |
| Et je sais mieux que vous juger de ce qu'il vaut; | |
| 635 | La contestation est ici superflue, |
| Et de tout point chez moi l'affaire est résolue. | |
| Au moins ne dites mot du choix de cet époux, | |
| Je veux à votre fille en parler avant vous. | |
| J'ai des raisons à faire approuver ma conduite, | |
| 640 | Et je connaîtrai bien si vous l'aurez instruite. |
SCÈNE IX
ARISTE, CHRYSALE.
ARISTE |
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| Hé bien? la femme sort, mon frère, et je vois bien | |||||||||
| Que vous venez d'avoir ensemble un entretien. | |||||||||
CHRYSALE |
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| Oui. | |||||||||
ARISTE |
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| Quel est le succès*? Aurons-nous Henriette? | |||||||||
| A-t-elle consenti? l'affaire est-elle faite? | |||||||||
CHRYSALE |
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| Pas tout à fait encor. | |||||||||
ARISTE |
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| Refuse-t-elle? | |||||||||
CHRYSALE |
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| 645 | Non. | ||||||||
ARISTE |
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| Est-ce qu'elle balance? | |||||||||
CHRYSALE |
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| En aucune façon. | |||||||||
ARISTE |
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| Quoi donc? | |||||||||
CHRYSALE |
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| C'est que pour gendre elle m'offre un autre homme. | |||||||||
ARISTE |
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| Un autre homme pour gendre! | |||||||||
CHRYSALE |
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| Un autre. | |||||||||
ARISTE |
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| Qui se nomme? | |||||||||
CHRYSALE |
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| Monsieur Trissotin. | |||||||||
ARISTE |
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| Quoi? ce Monsieur Trissotin... | |||||||||
CHRYSALE |
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| 650 | Oui, qui parle toujours de vers et de latin. | ||||||||
ARISTE |
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| Vous l'avez accepté? | |||||||||
CHRYSALE |
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| Moi, point, à Dieu ne plaise. | |||||||||
ARISTE |
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| Qu'avez-vous répondu? | |||||||||
CHRYSALE |
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| Rien; et je suis bien aise | |||||||||
| De n'avoir point parlé, pour ne m'engager pas! | |||||||||
ARISTE |
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| La raison est fort belle, et c'est faire un grand pas. | |||||||||
| 655 | Avez-vous su du moins lui proposer Clitandre? | ||||||||
CHRYSALE |
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| Non: car comme j'ai vu qu'on parlait d'autre gendre, | |||||||||
| J'ai cru qu'il était mieux de ne m'avancer point. | |||||||||
ARISTE |
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| Certes votre prudence est rare au dernier point! | |||||||||
| N'avez-vous point de honte avec votre mollesse? | |||||||||
| 660 | Et se peut-il qu'un homme ait assez de faiblesse | ||||||||
| Pour laisser à sa femme un pouvoir absolu, | |||||||||
| Et n'oser attaquer ce qu'elle a résolu? | |||||||||
CHRYSALE |
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| Mon Dieu, vous en parlez, mon frère, bien à l'aise, | |||||||||
| Et vous ne savez pas comme le bruit me pèse. | |||||||||
| 665 | J'aime fort le repos, la paix, et la douceur, | ||||||||
| Et ma femme est terrible avecque son humeur. | |||||||||
| Du nom de philosophe elle fait grand mystère*, | |||||||||
| Mais elle n'en est pas pour cela moins colère; | |||||||||
| Et sa morale faite à mépriser le bien, | |||||||||
| 670 | Sur l'aigreur de sa bile opère comme rien*. | ||||||||
| Pour peu que l'on s'oppose à ce que veut sa tête, | |||||||||
| On en a pour huit jours d'effroyable tempête. | |||||||||
| Elle me fait trembler dès qu'elle prend son ton. | |||||||||
| Je ne sais où me mettre, et c'est un vrai dragon; | |||||||||
| 675 | Et cependant avec toute sa diablerie, | ||||||||
| Il faut que je l'appelle, et "mon cœur", et "ma mie". | |||||||||
ARISTE |
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| Allez, c'est se moquer. Votre femme, entre nous, | |||||||||
| Est par vos lâchetés souveraine sur vous. | |||||||||
| Son pouvoir n'est fondé que sur votre faiblesse. | |||||||||
| 680 | C'est de vous qu'elle prend le titre de maîtresse. | ||||||||
| Vous-même à ses hauteurs vous vous abandonnez, | |||||||||
| Et vous faites mener en bête par le nez. | |||||||||
| Quoi, vous ne pouvez pas, voyant comme on vous nomme, | |||||||||
| Vous résoudre une fois à vouloir être un homme? | |||||||||
| 685 | À faire condescendre une femme à vos vœux, | ||||||||
| Et prendre assez de cœur pour dire un: "Je le veux"? | |||||||||
| Vous laisserez sans honte immoler votre fille | |||||||||
| Aux folles visions qui tiennent la famille, | |||||||||
| Et de tout votre bien revêtir un nigaud, | |||||||||
| 690 | Pour six mots de latin qu'il leur fait sonner haut? | ||||||||
| Un pédant qu'à tous coups votre femme apostrophe | |||||||||
| Du nom de bel esprit, et de grand philosophe, | |||||||||
| D'homme qu'en vers galants jamais on n'égala, | |||||||||
| Et qui n'est, comme on sait, rien moins que tout cela? | |||||||||
| 695 | Allez, encore un coup, c'est une moquerie, | ||||||||
| Et votre lâcheté mérite qu'on en rie. | |||||||||
CHRYSALE |
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| Oui, vous avez raison, et je vois que j'ai tort. | |||||||||
| Allons, il faut enfin montrer un cœur plus fort, | |||||||||
| Mon frère. | |||||||||
ARISTE |
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| C'est bien dit. | |||||||||
CHRYSALE |
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| C'est une chose infâme, | |||||||||
| 700 | Que d'être si soumis au pouvoir d'une femme. | ||||||||
ARISTE |
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| Fort bien. | |||||||||
CHRYSALE |
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| De ma douceur elle a trop profité. | |||||||||
ARISTE |
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| Il est vrai. | |||||||||
CHRYSALE |
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| Trop joui de ma facilité. | |||||||||
ARISTE |
|||||||||
| Sans doute. | |||||||||
CHRYSALE |
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| Et je lui veux faire aujourd'hui connaître | |||||||||
| Que ma fille est ma fille, et que j'en suis le maître, | |||||||||
| 705 | Pour lui prendre un mari qui soit selon mes vœux. | ||||||||
ARISTE |
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| Vous voilà raisonnable, et comme je vous veux. | |||||||||
CHRYSALE |
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| Vous êtes pour Clitandre, et savez sa demeure; | |||||||||
| Faites-le-moi venir, mon frère, tout à l'heure. | |||||||||
ARISTE |
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| J'y cours tout de ce pas. | |||||||||
CHRYSALE |
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| C'est souffrir trop longtemps, | |||||||||
| 710 | Et je m'en vais être homme à la barbe des gens. |
ACTE III
SCÈNE PREMIÈRE
PHILAMINTE, ARMANDE, BÉLISE, TRISSOTIN, L'ÉPINE.
PHILAMINTE |
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| Ah mettons-nous ici pour écouter à l'aise | |||||||||
| Ces vers que mot à mot il est besoin qu'on pèse. | |||||||||
ARMANDE |
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| Je brûle de les voir. | |||||||||
BÉLISE |
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| Et l'on s'en meurt chez nous. | |||||||||
PHILAMINTE |
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| Ce sont charmes pour moi, que ce qui part de vous. | |||||||||
ARMANDE |
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| 715 | Ce m'est une douceur à nulle autre pareille. | ||||||||
BÉLISE |
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| Ce sont repas friands qu'on donne à mon oreille. | |||||||||
PHILAMINTE |
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| Ne faites point languir de si pressants désirs. | |||||||||
ARMANDE |
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| Dépêchez. | |||||||||
BÉLISE |
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| Faites tôt, et hâtez nos plaisirs. | |||||||||
PHILAMINTE |
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| À notre impatience offrez votre épigramme. | |||||||||
TRISSOTIN |
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| 720 | Hélas, c'est un enfant tout nouveau né, Madame. | ||||||||
| Son sort assurément a lieu de vous toucher, | |||||||||
| Et c'est dans votre cour que j'en viens d'accoucher. | |||||||||
PHILAMINTE |
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| Pour me le rendre cher, il suffit de son père. | |||||||||
TRISSOTIN |
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| Votre approbation lui peut servir de mère. | |||||||||
BÉLISE |
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| Qu'il a d'esprit! | |||||||||
SCÈNE II
HENRIETTE, PHILAMINTE, ARMANDE, BÉLISE, TRISSOTIN, L'ÉPINE.
PHILAMINTE |
| 725 | Holà, pourquoi donc fuyez-vous? |
HENRIETTE |
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| C'est de peur de troubler un entretien si doux. | |||||||||
PHILAMINTE |
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| Approchez, et venez de toutes vos oreilles | |||||||||
| Prendre part au plaisir d'entendre des merveilles. | |||||||||
HENRIETTE |
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| Je sais peu les beautés de tout ce qu'on écrit, | |||||||||
| 730 | Et ce n'est pas mon fait que les choses d'esprit. | ||||||||
PHILAMINTE |
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| Il n'importe; aussi bien ai-je à vous dire ensuite | |||||||||
| Un secret dont il faut que vous soyez instruite. | |||||||||
TRISSOTIN |
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| Les sciences n'ont rien qui vous puisse enflammer, | |||||||||
| Et vous ne vous piquez que de savoir charmer. | |||||||||
HENRIETTE |
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| 735 | Aussi peu l'un que l'autre, et je n'ai nulle envie... | ||||||||
BÉLISE |
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| Ah songeons à l'enfant nouveau né, je vous prie. | |||||||||
PHILAMINTE |
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| Allons, petit garçon, vite, de quoi s'asseoir. | |||||||||
| Le laquais tombe avec la chaise. | |||||||||
| Voyez l'impertinent! Est-ce que l'on doit choir, | |||||||||
| Après avoir appris l'équilibre des choses? | |||||||||
BÉLISE |
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| 740 | De ta chute, ignorant, ne vois-tu pas les causes, | ||||||||
| Et qu'elle vient d'avoir du point fixe écarté, | |||||||||
| Ce que nous appelons centre de gravité? | |||||||||
L'ÉPINE |
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| Je m'en suis aperçu, Madame, étant par terre. | |||||||||
PHILAMINTE |
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| Le lourdaud! | |||||||||
TRISSOTIN |
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| Bien lui prend de n'être pas de verre. | |||||||||
ARMANDE |
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| Ah de l'esprit partout! | |||||||||
BÉLISE |
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| 745 | Cela ne tarit pas. | ||||||||
PHILAMINTE |
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| Servez-nous promptement votre aimable repas. | |||||||||
TRISSOTIN |
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| Pour cette grande faim qu'à mes yeux on expose, | |||||||||
| Un plat seul de huit vers me semble peu de chose, | |||||||||
| Et je pense qu'ici je ne ferai pas mal, | |||||||||
| 750 | De joindre à l'épigramme, ou bien au madrigal, | ||||||||
| Le ragoût d'un sonnet, qui chez une princesse | |||||||||
| A passé pour avoir quelque délicatesse. | |||||||||
| Il est de sel attique assaisonné partout, | |||||||||
| Et vous le trouverez, je crois, d'assez bon goût. | |||||||||
ARMANDE |
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| Ah Je n'en doute point. | |||||||||
PHILAMINTE |
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| 755 | Donnons vite audience. | ||||||||