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On ne doit pas exiger que les différens moyens que nous avons pour augmenter nos connoissances, nous conduisent aux mêmes vérités, mais il seroit accablant de voir que des propositions que la Philosophie nous donne comme des vérités fondamentales, se trouvassent démenties par les raisonnemens de la Géométrie, ou par les calculs de l’Algèbre.
Un exemple mémorable de cette contradiction tombe sur un sujet des plus importans de la Physique.
Depuis le renouvellement des Sciences, depuis même leur première origine, on n’a fait aucune découverte plus belle que celle des loix que suit la lumière, soit qu’elle se meuve dans un milieu uniforme, soit que rencontrant des corps opaques elle soit réfléchie par leur surface, soit que des corps diaphanes l’obligent de changer son cours en les traversant. Ces loix sont les fondemens de toute la science de la lumière & des couleurs.
Mais j’en ferai peut-être mieux sentir l’importance, si, au lieu de présenter un objet si vaste, je m’attache seulement à quelque partie, & n’offre ici que des objets plus bornez & mieux connus; si je dis que ces loix sont les principes sur lesquels est fondé cet art admirable qui, lorsque dans le vieillard tous les organes s’affoiblissent, sçait rendre à son oeil sa première force, lui donner même une force qu’il n’avoit pas reçue de la Nature; cet art qui étend notre vûe jusque dans les derniers lieux de l’espace, qui la porte jusque sur les plus [ 2 ]petites parties de la matière, & qui nous fait découvrir des objets dont la vûe paroissoit interdite aux hommes.
Les loix que suit la lumière lorsqu’elle se meut dans un milieu uniforme, ou qu’elle rencontre des corps qu’elle ne sçauroit pénétrer, étoient connues des Anciens: celle qui marque la route qu’elle suit, lorsqu’elle passe d’un milieu dans un autre, n’est connue que depuis le siècle passé; Snellius la découvrit, Descartes entreprit de l’expliquer, Fermat attaqua son explication. Depuis ce temps cette matière a été l’objet des recherches des plus grands Géomètres, sans que jusqu’ici l’on soit parvenu à accorder cette loi avec une autre que la Nature doit suivre encore plus inviolablement.
Voici les loix que suit la lumière.
La première est que dans un milieu uniforme elle se meut en ligne droite.
La seconde que lorsque la lumière rencontre un corps qu’elle ne peut pénétrer, elle est réfléchie, & l’angle de sa réflexion est égal à l’angle de son incidence, c’est-à-dire qu’après sa réflexion elle fait avec la surface du corps un angle égal à celui sous lequel elle l’avoit rencontré.
La troisième est que lorsque la lumière passe d’un milieu diaphane dans un autre, sa route, après la rencontre du nouveau milieu, fait un angle avec celle qu’elle tenoit dans le premier, & le sinus de l’angle de réfraction est toûjours dans le même rapport au sinus de l’angle d’incidence. Si, par exemple, un rayon de lumière passant de l’air dans l’eau s’est brisé de manière que le sinus de l’angle de sa réfraction soit les trois quarts du sinus de son angle d'incidence, sous quelqu’autre obliquité qu’il rencontre la surface de l’eau, le sinus de sa réfraction sera toûjours les trois quarts du sinus de sa nouvelle incidence.
Le première de ces loix est commune à la lumière & à tous les corps, ils se meuvent en ligne droite, à moins que quelque force étrangere ne les en détourne.
La seconde est encore la même que suit une balle élastique lancée contre une surface inébranlable. La Méchanique

