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LE JARDIN DE L’ENFANCE


LE REGRET DES JOUJOUX





Toujours je garde en moi la tristesse profonde
Qu’y grava l’amitié d’un adorable enfant,
Pour qui la mort sonna le fatal olifant,
Parcequ’elle était belle et gracieuse et blonde.

Or, depuis je me sens muré contre le monde,
Tel un prince du Nord que son Kremlin défend,
Et, navré du regret dont je suis étouffant,
L’Amour comme à sept ans ne verse plus son onde.

Où donc a fui le jour des joujoux enfantins,
Lorsque Lucile et moi nous jouions aux pantins
Et courions tous les deux dans nos robes fripées ?

La petite est montée au fond des cieux latents,
Et j’ai perdu l’orgueil d’habiller ses poupées…
Ah ! de franchir sitôt le portail des vingt ans !