Page:Œuvres de Robespierre.djvu/179

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et paisibles, ne connaît pas de meilleur moyen que d’en faire des instruments passifs et de vils automates. Eh ! quelles seraient les formalités auxquelles vous soumettriez le droit de manifester ses pensées ? Défendrez-vous aux citoyens de posséder des presses, pour faire d’un bienfait commun à l’humanité entière le patrimoine de quelques mercenaires ? Donnerez-vous ou vendrez-vous aux uns le privilège exclusif de disserter périodiquement sur des objets de littérature, aux autres celui de parler de politique et des événements publics ? Décréterez-vous que les hommes ne pourront donner l’essor à leurs opinions, si elles n’ont obtenu le passeport d’un officier de police, ou qu’ils ne penseront qu’avec l’approbation d’un censeur, et par permission du gouvernement ? Tels sont en effet les chefs-d’œuvre qu’enfanta l’absurde manie de donner des lois à la presse : mais l’opinion publique et la volonté générale de la nation ont proscrit depuis longtemps ces infâmes usages. Je ne vois en ce genre qu’une idée qui semble avoir surnagé ; c’est celle de proscrire toute espèce d’écrit qui ne porterait point le nom de l’auteur ou de l’imprimeur, et de rendre ceux-ci responsables ; mais comme cette question est liée à la seconde partie de notre discussion, c’est-à-dire à la théorie des lois pénales sur la presse, elle se trouvera résolue par les principes que nous allons établir sur ce point.

Peut-on établir des peines contre ce qu’on appelle l’abus de la presse ? Dans quel cas ces peines pourraient-elles avoir lieu ? Voilà de grandes questions qu’il faut résoudre, et peut-être la partie la plus importante de notre code constitutionnel.

La liberté d’écrire peut s’exercer sur deux objets, les choses et les personnes.

Le premier de ces objets renferme tout ce qui touche aux plus grands intérêts de l’homme et de la société, tels que la morale, la législation, la politique, la religion. Or, les lois ne peuvent jamais punir aucun homme pour avoir