Page:Œuvres de Robespierre.djvu/238

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qui les connaissent, démentent tout ce qu’on nous raconte de l’ardeur avec laquelle elles soupirent après notre constitution et nos armées. Avant que les effets de notre révolution se fassent sentir chez les nations étrangères, il faut qu’elle soit consolidée. Vouloir leur donner la liberté avant de l’avoir nous-mêmes conquise, c’est assurer à la fois notre servitude et celle du monde entier ; c’est se former des choses une idée exagérée et absurde de penser que, dès le moment où un peuple se donne une constitution, tous les autres répondent au même instant à ce signal. L’exemple de l’Amérique, que vous avez cité, aurait-il suffit pour briser nos fers ; si le temps et le concours des plus heureuses circonstances n’avaient amené insensiblement cette révolution ? La déclaration des droits n’est point la lumière du soleil qui éclaire au même instant tous les hommes ; ce n’est point la foudre qui frappe en même temps tous les trônes. Il est plus facile de l’écrire sur le papier, ou de la graver sur l’airain, que de rétablir dans le cœur des hommes ses sacrés caractères effacés par l’ignorance, par les passions et par le despotisme. Que dis-je ? n’est-elle pas tous les jours méconnue, foulée aux pieds, ignorée même parmi vous qui l’avez promulguée ? L’égalité des droits est-elle ailleurs que dans les principes de notre charte constitutionnelle ? Le despotisme, l’aristocratie ressuscitée sous des formes nouvelles ne relève-t-elle pas sa tête hideuse ? n’opprime-t-elle pas encore la faiblesse, la vertu, l’innocence, au nom des lois et de la liberté même ? La constitution, que l’on dit fille de la déclaration des droits, ressemble-t-elle si fort à sa mère ? Que dis-je ? cette vierge, jadis rayonnante d’une beauté céleste, est-elle encore semblable à elle-même ? N’est-elle pas sortie meurtrie et souillée des mains impures de cette coalition qui trouble et tyrannise aujourd’hui la France, et à qui il ne manque, pour consommer ses funestes projets, que l’adoption des mesures perfides que je combats en ce moment ? Comment donc pouvez-vous croire qu’elle opérera,