Page:Œuvres de Spinoza, trad. Saisset, 1861, tome III.djvu/10

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quence (par la remarque 4), la cause qui fait exister ces vingt hommes, et partant chacun d’entre eux, doit pour chacun être extérieure. D’où il faut conclure absolument que tout ce dont la nature comporte un certain nombre d’individus suppose nécessairement une cause extérieure, pour que ces individus puissent exister. Or, puisque l’existence appartient à la nature de la substance (comme on l’a montré précédemment dans ce Scholie), la définition de la substance doit envelopper l’existence nécessaire, et par conséquent son existence doit être inférée de sa seule définition. Mais d’un autre côté (en vertu des remarques 2 et 3), il est impossible que, de cette même définition, résulte l’existence de plusieurs substances. Il s’ensuit donc nécessairement que deux substances de même nature ne peuvent exister ; ce qu’on se proposait d’établir.


Proposition 9

Suivant qu’une chose a plus de réalité ou d’être, un plus grand nombre d’attributs lui appartient.
Démonstration : Cela est évident par la Déf. 4.

Proposition 10

Tout attribut d’une substance doit être conçu par soi.

Démonstration : L’attribut, en effet, c’est ce que l’entendement perçoit dans la substance comme constituant son essence (suivant la Déf. 4). Il doit donc (par la Déf. 3) être conçu par soi. C. Q. F. D.

Scholie : On voit par là que deux attributs, quoiqu’ils soient conçus comme réellement distincts, c’est-à-dire l’un sans le secours de l’autre, ne constituent pas cependant deux êtres ou deux substances diverses. Il est en effet de la nature de la substance que chacun de ses attributs se conçoive par soi ; et tous cependant ont toujours été en elle, et l’un n’a pu être produit par l’autre ; mais chacun exprime la réalité ou l’être de la substance. Il s’en faut beaucoup, par conséquent, qu’il y ait de l’absurdité à rapporter plusieurs attributs à une seule substance. N’est-ce pas, au contraire, la chose la plus claire du monde que tout être se doit concevoir sous un