Page:Anatole France - Le Livre de mon ami.djvu/229

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que ne le fut, pendant cent années, le château de la Belle au bois dormant. Il y a quelque magie à cela ; car le lieu est habité par un enchanteur, qui réserve un trésor à quiconque sortira victorieux de plusieurs épreuves, dont l’idée seule fait frémir d’épouvante.

Nos deux voyageurs entrent dans la région enchantée, avec des dispositions bien dissemblables. Guignol est las ; il se couche. Son fils lui reproche cette mollesse.

« Est-ce ainsi, lui dit-il, que nous nous emparerons des trésors que nous sommes venus chercher ? » Et Guignol répond :

« Est-il un trésor qui vaille le sommeil ? » J’aime cette réponse. Je vois en Guignol un sage qui sait la vanité de toute chose, et qui aspire au repos comme à l’unique bien après les agitations coupables ou stériles de la vie. Mais Mlle Suzanne le tient pour un lourdaud qui dort mal à propos et perdra, par sa faute, les biens qu’il était venu chercher, de grands biens, peut-être : des rubans, des gâteaux et des fleurs. Elle loue Gringalet de son zèle à conquérir ces trésors magnifiques.

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