Page:Anatole France - Les Opinions de Jérôme Coignard.djvu/30

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si vraiment M. Coignard se reposait avec une confiance exagérée sur la bonté divine. Mais il est certain qu’il concevait la grâce dans un sens large et naturel, et que le monde, à ses yeux, ressemblait moins aux déserts de la Thébaïde qu’aux jardins d’Épicure. Il s’y promenait avec cette audacieuse ingénuité qui est le trait essentiel de son caractère et le principe de sa doctrine. [1]

  1. d’une mort fort édifiante. Donc un grain de foi embellit la vie et l’humilité chrétienne sied aux faiblesses de l’humanité.

    » M. l’abbé Coignard, s’il n’est pas un saint, mérite peut-être le purgatoire. Mais il le mérite fort long et il a risqué l’enfer. Car à ses actes d’humilité sincère ne se mêlait presque pas de repentir. Il comptait trop sur la grâce de Dieu et ne faisait nul effort pour favoriser l’action de la grâce. C’est pourquoi il retombait dans son péché. La foi ainsi lui servait de peu et il était presque hérétique, car le saint concile de Trente, dans les canons VI et IX de sa sixième session, a déclaré l’anathème à tous ceux qui prétendent « qu’il n’est pas au pouvoir de l’homme de rendre ses voies mauvaises » et qui ont une telle confiance en la foi qu’ils s’imaginent qu’elle seule peut sauver « sans aucun mouvement de la volonté ». C’est pourquoi la miséricorde divine s’étendant sur l’abbé Coignard est vraiment miraculeuse et en dehors des voies ordinaires. »