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48 OPINIONS DE M. JÉRÔME COIGNARD.

— Monsieur, répondit mon bon maître, il montra de l’énergie et de l’habileté dans les affaires des colonies, mais non beaucoup plus, peut-être, qu’un bourgeois n’en déploie pour acheter une terre. Et ce qui me gâte toutes ces affaires maritimes, c’est la conduite que les Européens ont coutume de tenir avec les peuples de l’Afrique et de l’Amérique. Les blancs, quand ils sont aux prises avec des hommes jaunes ou noirs, se voient forcés de les exterminer. L’on ne vient à bout des sauvages que par une sauvagerie perfectionnée. C’est à cette extrémité qu’aboutissent toutes les entreprises coloniales. Je ne nie pas que les Espagnols, les Hollandais et les Anglais n’y aient trouvé quelque avantage. Mais d’ordinaire on se lance au hasard et tout à fait à l’aventure dans ces grandes et cruelles expéditions. Qu’est-ce que la sagesse et la volonté d’un homme dans des entreprises qui intéressent le commerce, l’agriculture, la navigation, et qui, par conséquent, dépendent d’une

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