Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 1.djvu/340

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par une tradition malheureuse, ils s’étoient familiarisés avec une coutume affreuse, où rien n’auroit pu les porter que la corruption humaine, abandonnée du ciel, & soutenue par des instigations infernales.

A la fin, la fatigue de tenter si long-tems en vain la même entreprise, me fit raisonner avec justesse sur l’action que j’allois faire ; quelle autorité, dis-je, quelle vocation ai-je pour m’établir juge & bourreau sur ces gens, que depuis plusieurs siècles le ciel a permis d’être les exécuteurs de sa justice les uns envers les autres ? Quel droit ai-je de venger le sang qu’ils répandent tour-à-tour ? Sais-ce ce que la divinité elle même juge de cette action, qui me paroît si criminelle ? Du moins est-il certain que ces peuples, en la commettant, ne péchent point contre les lumières de leurs consciences, & qu’ils sont fort éloignés de la considérer comme un crime : ils n’ont pas le moindre dessein de braver la justice divine comme nous faisons nous autres dans la plûpart de nos péchés : il ne se font pas une plus grande affaire de tuer un prisonnier, & de le manger, que nous de tuer un bœuf, ou de manger un mouton.

Il suivoit de-là que mon entreprise n’étoit rien moins que légitime, & que ces sauvages ne devoient non plus passer pour meurtriers que les