Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 1.djvu/372

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parfaite au milieu des plus grands dangers ; les ignorer, auroit été pour moi un bonheur égal à celui de n’y être point exposé du tout.

Cette vérité me donna lieu de réfléchir sur la bonté que Dieu a pour l’homme, même en limitant sa vue & ses connoissances. A la faveur de ce double aveuglement, il est calme & tranquille au milieu de mille périls qui l’environnent, & qu’il ne pourroit envisager sans horreur, & sans tomber dans le désespoir, s’il perdoit l’heureuse ignorance qui les dérobe à ses yeux.

Ces pensées tournèrent naturellement mes réflexions sur les dangers où j’avois été moi-même exposé, à mon insçu, pendant un si grande nombre d’années, lorsqu’avec la plus grande sûreté, je m’étois promené par tout, dans le tems qu’entre moi & la mort la plus terrible, il n’y avoit bien souvent que la pointe d’une colline, un gros arbre, une légère vapeur ; c’étoient des moyens si peu considérables, si dépendans du hasard, qui m’avoient préservé de la fureur des cannibales, qui ne se seroient pas fait un plus grand crime de me tuer & de me dévorer, que je m’en faisois de manger un pigeon tué de mes propres mains. Cet affreux souvenir me remplit de sentimens de reconnoissance pour Dieu, & je reconnus avec humilité, que c’étoit à sa seule protection que je devois attribuer tant de secours qui m’avoient