Page:Aristophane, trad. Talbot, 1897, tome 1.djvu/42

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rapporter le décret rendu à cause des filles de joie. Nous ne voulons pas écouter leurs demandes réitérées, et dès lors commence un fracas de boucliers. Quelqu’un va dire : « Il ne fallait pas » ; mais que fallait-il ? dites-le. Qu’un Lakédæmonien se fût embarqué pour Séripho, afin d’y enlever, sous quelque prétexte, un petit chien et de le vendre, seriez-vous restés tranquilles dans vos maisons ? Il s’en faut de beaucoup. Vous auriez aussitôt mis trois cents vaisseaux à la mer : voilà la ville pleine du bruit des soldats, de clameurs au sujet du triérarkhe, des distributions de la solde, du redorage des Palladia, de bousculades sous les portiques, de mesures de vivres, d’outres, de courroies à rames, d’achats de tonneaux, de gousses d’ail, d’olives, d’oignons dans des filets, de couronnes, de sardines, de joueuses de flûte, d’yeux pochés : l’arsenal est rempli de bois à fabriquer des avirons, de chevilles bruyantes, de garnitures de trous pour la rame, de flûtes à signal, de fifres, de sifflets. Je sais que c’est cela que vous auriez fait. Et ne croyons-nous pas que Téléphos eût fait de même ? Donc nous n’avons pas de sens commun.



Premier Demi-chœur

C’est donc comme cela, misérable, infâme ? Vil mendiant, tu oses nous parler ainsi ! Et s’il y a ici quelque sykophante, tu l’outrages !



Deuxième Demi-chœur

Par Poséidôn ! tout ce qu’il dit est justement dit, et il ne ment pas d’un mot.



Premier Demi-chœur

Si c’est juste, fallait-il le dire ? Mais tu n’auras pas à te réjouir de l’audace de tes paroles.