Page:Aristophane - Théâtre 1889 tome 2.djvu/121

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.








NOTICE SUR LYSISTRATA



Cette comédie passe pour une des meilleures d’Aristophane ; c’est peut-être celle qui, pour le plan général, le développement des idées, la succession des scènes, se rapproche le plus d’une de nos pièces modernes ; mais c’est aussi la plus effrontée, la plus obscène, celle qui effarouche le plus la modestie d’un chaste lecteur. On a beau se rappeler que la licence était grande dans les sociétés anciennes, que la comédie est née du culte du phallus et que les femmes étaient exclues de ces représentations ; on a peine à comprendre que de pareilles scènes aient pu être jouées sur un théâtre public. Quand on lit Rabelais, dit M. Deschanel, on est bien étonné ; mais les obscénités de Rabelais restent enfermées dans un livre ; celles d’Aristophane s’étalent en paroles et en actions, à la face du soleil, devant trente mille spectateurs. Il faut donc reconnaître que si la morale, dans ses principes, ne varie pas, la pudeur et les bienséances varient selon les lieux, selon les temps, et qu’elles sont bien plus grandes chez nous que chez le peuple réputé le plus délicat de l’antiquité.

Après avoir constaté combien cette comédie est licencieuse, après avoir sévèrement reproché au poète toutes les énormités de parole, toutes les énormités d’action qu’il a introduites dans sa pièce et dont une traduction ne peut donner qu’une faible idée, nous devons reconnaître que le but qu’il poursuivait était parfaitement honnête. De même que dans ses trois autres pièces politiques, les Acharniens, les Chevaliers et la Paix, il voulait engager ses concitoyens à mettre fin à la guerre qui désolait la Grèce. On était en 412. La désastreuse expédition de Sicile avait eu lieu. On sait que les généraux