Page:Auguste Rodin - Les cathedrales de France, 1914.djvu/187

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Le tempérament français a réalisé la perfection et il l’a recouverte d’un voile de modestie. L’historien n’a rien vu : il faut que l’artiste témoigne.


La modestie du tempérament français, c’est la modestie de la nature française elle-même. L’ami de l’art peut se réfugier partout en France.


Matinée de première communion : gelée froide, brouillard lumineux.

Pas de bruit, pas de son : on n’entend que soi-même.

La route, le ciel, ces grandes bandes de terrain semblables à des tapis usés, à des chemins. L’air impalpable réunit tout dans cette absence de soleil. Dans cette plaine le vent cingle et gémit. Sa fonction est de purifier tout passant. Vent terrible pour les malheureux.

Cet arbre a reçu tant de coups de vent qu’il porte des profils de misère. La douceur du jour s’entrevoit dans ces trous.

Les remous, les répétitions, les ondulations douces rappellent la mer Atlantique. La terre est comme le vent, résignée.

Au delà, on dirait la mer : de petits arbres font penser à des voiliers.

La Nature travaille dans ce silence infini.


Dans l’après-midi nous montons le sentier.

La cloche se balance : ce sont les vêpres.

Quelle douceur dans ce rappel d’enfance et d’autrefois !

La route monte, et c’est le ciel partout. En haut, une voiture est en apothéose. Brouillard de lumière, immense éblouissement ! Petite agitation des feuilles. Le soleil froid vient aussi : nous sommes aujourd’hui avec ce grand médecin, la Nature.


Splendeur du Mont qui surgit devant nous. C’est une Acropole entre les milliers d’Acropoles de France. Art de cœur et d’esprit, qui retourne à Minerve.


Au seuil d’une maison, c’est toujours l’arc de triomphe qui accueille. Qu’importe que cette belle demeure soit si mal habitée !