Page:Austen - Emma.djvu/64

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.



— Je crois pouvoir m’avancer, répondit M. Elton avec une certaine hésitation, et me porter garant que si mon ami voyait sa petite composition à cette place d’honneur, il en éprouverait un sentiment de légitime fierté.

Ce discours terminé, M. Elton prit congé prestement ; Emma ne le retint pas, car il y avait dans la manière de parler du jeune vicaire une sorte de grandiloquence qui, malgré les dispositions bienveillantes qu’elle nourrissait à son égard, était très apte à l’inciter au rire. Elle se sauva pour donner libre cours à son hilarité, laissant Harriet jouir de son bonheur.



X


Bien que l’on fût déjà au milieu du mois de décembre, le mauvais temps n’avait pas encore interrompu les promenades des deux jeunes filles. Le lendemain Emma décida d’aller faire une visite à une famille pauvre qui demeurait un peu au delà de Highbury. Pour s’y rendre il fallait passer par Vicarage Lane où s’élevait le presbytère : c’était une vieille maison d’apparence modeste, située presqu’en bordure de route et à laquelle le propriétaire actuel s’efforçait de donner un cachet d’élégance et de confort. Arrivées à cet endroit les deux jeunes filles ralentirent le pas pour regarder la façade. Emma dit :

— C’est ici que vous êtes destinée à venir habiter un jour ou l’autre !

— Oh ! quelle jolie maison, dit Harriet, voici les rideaux jaunes que Mlle Nash admire tant !

— Je passe rarement par ici, dit Emma, mais à un moment donné j’y serai particulièrement attirée : toutes les haies, les grilles, les mares de cette partie d’Highbury me deviendront familières. » Harriet n’avait jamais franchi le seuil du presbytère et ne chercha pas à dissimuler sa curiosité.