Page:Aymar de Saint-Saud - Armorial des prélats français du XIXe siècle (1906).djvu/25

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

10

ARMORIAL DES PRÉLATS

Lorsque, dans un sceau moderne, un évêque est représenté, on aimerait le voir assisté de son patron, et priant tête nue s'il figure agenouillé. La légende, suivant l’usage romain, doit être inscrite autour de l'écu. Les prélats devraient avoir à cœur que les dessinateurs et les graveurs employés par eux fissent les choses en règle. Nous sommes à une époque où des inexactitudes ne sont plus tolérées, surtout si elles sont assez graves.

II. EMBLÈMES DE L’ECU

Il est d’abord un point sur lequel nous nous permettons d’insister d'une façon toute spéciale. C’est la représentation sur un blason des portraits de Notre-Seigneur, de la sainte Vierge et des saints. Si l’on veut bien y réfléchir et nous permettre de le dire, il y a là comme un certain manque de respect, plus grave qy’on ne croit. Des tapis, des coussins, des devants de sièges, etc., représentent parfois les armes prélatices. Est-il convenable de marcher sur Jésus-Christ, de s’appuyer la tête sur sa divine Mère, de s’asseoir sur un saint ? Mgr Battandier m’a assuré que des canons de conciles étaient formels sur ce point ; ils interdisent spécialement les figurations de calvaires (Jésus en croix). Mais une croix, un cœur avec couronne d’épines (image du Sacré Cœur) étant considérés comme emblèmes héraldiques, sont parfaitement licites.

Ceci dit, — avec humble prière pour ceux qui auront à déterminer la composition des armoiries prélatices de vouloir bien en prendre note, — ajoutons qu’il est permis de se composer un écusson comme on veut, à la condition de se conformer aux règles héraldiques. Plus ces armoiries seront simples, moins elles seront chargées d’emblèmes, et mieux cela vaudra. On verra, au cours de cet ouvrage, combien peu clairs sont certains blasons, à cause de tout ce qu’on a voulu y faire figurer. Dans plusieurs, on ne peut se rendre compte des figures, et y arriverait-on qu’elles n’en constitueraient pas moins de véritables rébus.

Quelques évêques de l’Espagne et de l’Amérique du Sud ont des écussons qui s’écartent absolument de toutes les règles. Ils en arrivent à friser la bizarrerie[1]. En France il ne faut pas les imiter. Gardons notre renom de goût et de distinction.

Les évêques qui ont des armoiries de famille, les conservent. Cette règle a des exceptions. Suivant des exemples anciens, comme celui de Mgr Alain de Solminihac, le saint évêque de Cahors, notre très arrière-grand-oncle (dont la Cause de béatification se poursuit à Rome), qui ne voulut pas prendre l’écusson de sa famille[2], quelques-uns n’ont pas porté le blason ancestral (v. g. le

  1. Exemple : le Cardinal P..., archevêque de Tolède, a son écu écartelé en sautoir ; premier quartier, dans un losange large, des anges sur un pont adorant le Saint-Sacrement ; au deuxième, une table avec livre et barette posés dessus, un ruban flottant en l’air, une comète ; dans le troisième, un écusson, avec croisettes en bordure, surmonté d'un heaume à lambrequins ; dans le quatrième, un M et un A couronnés, dans une gloire.
  2. La Famille et les Origines du Vénérable Alain de Solminihac, par MM. de Saint-Saud, Huet et de Fayolle. — Paris, Daragon, 1903.