Page:Banville - Eudore Cléaz, 1870.djvu/33

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— Oh ! fit modestement Saluce, vous vous étiez représenté vous-même en des images plus durables que celle-ci ; mais pourtant, si vous croyez que j’aurai aidé à conserver quelque chose de votre mémoire, qui d’elle-même se gardera si bien, veuillez donc m’en récompenser en accordant à ma chère femme la requête dont elle veut vous prier, aussi bien en son nom qu’en celui de notre gouvernante, la bonne Rose Mariaud.

— Quoi que ce soit que votre Antonia désire de nous, dit Eudore, j’engage d’avance le consentement de mon père et le mien ; qu’elle parle donc, afin que j’aie bien vite le plaisir de dire oui ! »

Ainsi encouragée, Mme Jean Saluce n’hésita pas à avouer son secret désir. Elle voulait que Cléaz et sa fille consentissent à venir faire dans l’atelier de son mari le repas du jour de l’an, seul moyen, disait-elle, de présenter convenablement Rose Mariaud, qui perdrait trop à ne pouvoir montrer son remarquable talent de cuisinière. Comme on vient de le voir, Mlle Cléaz s’était fermé tout chemin à pouvoir répondre par un refus ; aussi quelques minutes plus tard, les quatre personnages de cette historiette ayant traversé le Luxembourg jusqu’à la rue d’Assas, se trouvaient-ils réunis dans l’atelier du peintre. Antonia, qui n’était pas encore devenue modeste pour son mari, savoura avec bonheur les éloges que Cléaz accorda à ses tableaux, car il les formulait avec une science et une sagacité qui en doublaient le prix. Mais