Page:Banville - Gringoire, 1890.djvu/18

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NICOLE.

A son triomphe sur tous ses ennemis !

LE ROI.

Pardieu ! Les plus cruels de tous, ce sont ces yeux qui me brûlent comme le feu d’enfer ! Mais, que tenter contre un ennemi qui me met dans l’impossibilité de le battre et de le poursuivre ? Dira-t-on que le roi Louis a eu peur ?

NICOLE.

Si quelqu’un disait cela, les Anglais de Dieppe et les Suisses de Bâle répondraient qu’il en a menti.

SIMON FOURNIEZ.

Bien dit, ma sœur. Et si le roi est le plus vaillant capitaine de son royaume, il en est aussi le seigneur le plus juste, et le moins fier, peut-être ! C’est pourquoi j’ose le remercier de la grâce qu’il nous a accordée en daignant s’asseoir à table chez un de ses bourgeois.

LE ROI.

Dis chez un de ses amis, Simon Fourniez. Tu n’es pas pour moi un simple bourgeois et le premier venu ! Je n’ai pas oublié les bonnes heures que nous avons passées dans ton jardin, celui-là même qui entoure cette maison amie, quand je n’étais encore que dauphin de France. Au moment si cruel où je faisais à mes dépens le dur apprentissage de la vie, toi, humble et fidèle serviteur, tu m’as aidé de ta bourse ; bien plus, tu as risqué ta vie pour moi. Je sais comment ! Ce sont des souvenirs que rien ne peut effacer, mon brave et digne ami Simon. Sans compter que ta fille Loyse est ma filleule !

SIMON FOURNIEZ.

Ah ! Sire, pardonnez. Je pleure de joie. Je n’ai pas attendu, moi, pour me donner à vous, que vous fussiez le roi et le maître tout-puissant, car il ne nous avait fallu qu’un moment pour nous entendre ! Bourgeois né dans le peuple, pensant et sentant comme lui, je devinais avec quelle ardeur vous aimiez notre pauvre pays déchiré. Or, il nous fallait un chef, un chef