Page:Banville - La Lanterne magique, 1883.djvu/203

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fautes de prosodie que j’ai pu commettre, le bon seigneur Dieu ne me juge pas digne d’entrer dans les vrais paradis, peut-être me permettra-t-il d’habiter l’Ile enchantée de Watteau, où avec mes camarades les petits poètes, (entre autres Glatigny,) nous passerons gaiement le temps de l’éternité.

Sous les feuillages, à l’ombre des fontaines de marbre jaillissantes, dans l’herbe où sont galamment assises Églé et mademoiselle Aminte en robes de satins cassés, tenant sur leurs genoux les cahiers de musique oblongs aux coins chiffonnés, nous entendrons des concerts de voix et des symphonies de flûtes et de guitares. À ce que je pense, nous rencontrerons aussi dans quelque clairière verte Arlequin, Mezzetin, Scaramouche, le blanc Pierrot aux souliers noués avec des rubans roses, et les autres acteurs, sans oublier l’âne pensif aux prunelles humaines, qui, pour nous réjouir par leurs jeux gracieusement enfantins, exécuteront devant nous force danses et pantomimes.