Page:Banville - La Lanterne magique, 1883.djvu/61

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XXVI. — LE GOUT

Le bon curé Bilco tressaille de terreur et d’épouvante en recevant son évêque, monseigneur Hilaire, qui voyageant sans pompe pour porter des consolations et des secours dans le pays ravagé par l’inondation, est venu lui demander à déjeuner, à lui Bilco ! On s’est bien promené pendant une heure dans l’humble jardinet où le soleil baise et caresse des poires géantes et de lourdes pêches rouges ; ce qui peut-être a donné à la servante le temps de faire ses petits préparatifs. Mais enfin, le moment fatal arrive ; il faut s’exécuter et rentrer dans la maison. Justement, la table est dressée, la nappe mise ; dans les bouteilles rit un vin couleur de pelure d’oignon, et les assiettes de faïence à coqs brillent folâtrement de leurs belles couleurs vives.

— « Ah ! monseigneur, dit le curé tremblant, je suis trop pauvre pour recevoir honnêtement Votre Grandeur !

— Bon ! dit gaiement l’évêque, il y a bien ici de quoi faire une omelette !

— Oui, répond, stupéfaite aussi, la vieille Maguelonne, qui vient de paraître, tenant une jolie terrine en terre émaillée, d’un jaune adouci et tendre. Une omelette, voilà tout, et ce pâté de bécasses, fait comme à la campagne, et cuit dans notre pauvre four ! »