Page:Barine - Louis XIV et la Grande Mademoiselle, 1912.djvu/346

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée
328
LOUIS XIV ET LA GRANDE MADEMOISELLE.

digne de pitié ; et je crois que ceux qui étaient capables d’en avoir de lui, cela leur en donnait de me voir, et en un lieu où l’on savait bien la peine que j’avais d’y être. Toute la consolation que j’y pouvais trouver, c’est que la continuation des sacrifices que je faisais au roi sans cesse pourrait, par ma persévérance, attirer sa pitié sur M. de Lauzun et renouveler sa tendresse, ne me pouvant persuader qu’il ne l’aimait plus. J’étais trop heureuse si cela lui pouvait être bon à quelque chose. Voilà le motif qui m’a attachée à la Cour depuis sa prison, qui m’a fait surmonter ma juste douleur pour aller à toutes les choses où mon devoir et mon inclination m’ont dû empêcher d’aller ; mais ce même devoir qui m’aurait retenue chez moi… m’a fait faire tous les pas que j’ai faits, qui ne convenaient pas à une personne dont le cœur est aussi pénétré qu’est le mien d’une tendre douleur ».

Après chaque effort de ce genre, elle s’accordait un peu de relâche pour pleurer dans son coin, puis elle revenait montrer à Louis XIV ses yeux rougis : « Je suis persuadée, écrivait-elle à propos d’un voyage avec la Cour, que ma présence a fait souvenir de M. de Lauzun ; c’est pourquoi je voudrais être toujours devant les yeux (du roi)… Je ne puis croire qu’il ne prenne toujours mes regards pour des supplications en sa faveur. » Elle s’ingéniait à lui rappeler l’absent. Passait-on devant une fenêtre grillée, Mademoiselle se mettait à plaindre les gens en prison. Apprenait-on que Lauzun avait été