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les provinces à la capitale, cette idée qui leur a attiré cette accusation, d’ailleurs très fausse, de fédéralisme, sous laquelle ils ont succombé. Il était, en tout temps, exempt de cet esprit de personnalité, de cet esprit qui a été une des plaies de la Révolution, l’une des principales causes de ses malheurs. « Occupez-vous un peu moins de vous-mêmes, disait-il souvent aux chefs de parti, et un peu plus de la chose publique. »

Condorcet avait représenté Paris à l’Assemblée législative. Il ne fut pas reporté à la Convention par le même corps électoral, alors complètement jacobin, mais il y fut nommé par cinq départements, entre autres par celui de l’Aisne, auquel il appartenait par sa naissance et pour lequel il opta.

Élu d’abord secrétaire, puis vice-président de la Convention, comme il l’avait été à la Législative, il fut appelé à faire partie du Comité chargé de donner une Constitution à la République, dont la proclamation avait été le premier acte de la Convention. Il était l’un des esprits les plus éminents de ce comité et il en fut le rapporteur. Mais avant de parler du projet de Constitution qu’il présenta en son nom, je dois placer ici, suivant l’ordre des dates, le récit du rôle de Condorcet dans le procès de Louis XVI.

La Législative avait fait le roi prisonnier, et l’un des premiers actes de la Convention fut de discuter la question de savoir si elle s’attribuerait le droit de le juger. Condorcet prit part à cette discussion pour contester à la Convention le droit de juger le ci-devant roi. « La Convention, disait-il, serait donc à la fois législative, accusatrice et juge, et, par cette accumulation de pouvoirs ou de fonctions, les premiers principes de la juris-