Page:Bassompierre - Journal de ma vie, 1.djvu/290

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manda de mettre par escrit ce que je luy avois dit, et que je le donnasse a Mr de Villeroy. Je luy dis qu’il se moquoit de moy ; que je ne me meslois pas de bien dire, et moins de bien escrire, l’un et l’autre n’estant pas de ma profession, et moins de ma suffisance ; que je ne me ressouvenois plus de ce que j’avois dit devant luy en la galerie, et que ce que j’en avois fait avoit plustost esté a dessein de contrarier Mr de Boullon, que je n’aymois pas, que pour me debiter pour un beau parleur. En fin il me força de luy mettre par escrit, ce que je fis en meilleure forme que je ne l’avois dit.

Octobre. — Le roy alla peu de jours apres passer le reste de son automne a Fontainebleau, d’ou je fis quelques courses a Malesherbes.

Les fils de don Virginio Ursino[1] y arriverent.

Mr de Chevreuse, descouvert de voir en privé madame de Moret, dit au roy qu’il la vouloit espouser : ses parents accommoderent cette affaire ; et luy, s’en alla en Lorraine, d’ou il ne revint qu’apres la mort du roy.

Pimentel estoit revenu a la court, et le jeu estoit grossi par son arrivée.

Le roy revint a Paris apres la Toussaints.

Ma sœur de Saint-Luc accoucha d’un enfant mort, et elle le suivit dix jours apres ses couches, dont je pensay desesperer de desplaisir[2].

  1. Les fils de Virginio Orsini, duc de Bracciano, étaient : Paul-Jourdain, qui fut duc de Bracciano ; Alexandre, cardinal en 1615 ; et Ferdinand, duc de Bracciano après son frère. Virginio Orsini était cousin-germain de la reine.
  2. Le « desplaisir » de Bassompierre éveilla la muse d’un poëte, nommé Chevalier, qui dans un petit livre intitulé : Le tombeau de madame de Saint-Luc (Paris, Jean Micard, M. DC. X.), lui adressa une épitre de consolation, suivie d’une pièce de vers qui a pour titre : La Vertu, sur le tombeau d’Uranie. — Le corps de Mme de Saint-Luc fut porté à Nancy ; son cœur fut déposé dans la nef de l’église des Célestins de Paris (Les tombeaux des personnes illustres, par J. le Laboureur).