Page:Bassompierre - Journal de ma vie, 2.djvu/201

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de Languedoc, et d’autres, je passay outre ou j’avois affaire ; et avec la mesme chaleur que nos enfans perdus avoint donné au retranchement et au faubourg, ils tirerent droit au pont[1], et moy les suyvant avesques ce battaillon et quelques autres quy arriverent [en mesme temps des gardes][2], nous le passames et donnames dans la ville, tuant toujours les ennemis quy s’en alloint devant nous et entrames pesle mesle.

Il y eut sur le pont deux mestres de camp prins, l’un nommé la Flosseliere que j’empeschay que les divers soldats quy y pretendoint ne le tuassent ; l’autre nommé Boisguerin[3], lequel combattant et se deffendant le mieux qu’il pouvoit, m’ayant apperceu, me dit : « Monsieur de Bassompierre, je me rends a vous : je suis Boisguerin que vous connoissés. » J’y courus et dis aux soldats que je leur laisserois sa rançon et qu’ils l’ammenassent serrement jusques a Mr de Crequy quy faisoit donner les battaillons avec un merveilleux sens et ordre. Mais il arriva que les soldats des gardes ne connoissans encores ceux de Champaigne les desvalisoint comme sy c’eussent esté ennemis : je luy priay de venir sur le pont remedier a cet inconvenient, et avec infinies peines nous empeschames que la ville du Pont de Sey ne fut pillée, ce que je tiens pour miracle quand des gens de guerre la prennent d’assaut.

  1. Au premier pont. On passe la Loire sur une suite de ponts séparés par des îles.
  2. Inédit.
  3. « Boisguérin qui avait aussi un régiment, témoigna qu’il était soldat en cette occasion, mais n’eut pas meilleure fortune. »
    (Mémoires de Richelieu, liv. XI.)