Page:Baudelaire - Les Fleurs du mal 1857.djvu/69

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Comme un navire qui s’éveille

Au vent du matin,

Mon âme rêveuse appareille

Pour un ciel lointain.


Tes yeux, où rien ne se révèle

De doux ni d’amer,

Sont deux bijoux froids où se mêle

L’or avec le fer.


À te voir marcher en cadence,

Belle d’abandon,

On dirait un serpent qui danse

Au bout d’un bâton,


Sous le fardeau de ta paresse

Ta tête d’enfant

Se balance avec la mollesse

D’un jeune éléphant,


Et ton corps se penche et s’allonge

Comme un fin vaisseau

Qui roule bord sur bord, et plonge

Ses vergues dans l’eau.


Comme un flot grossi par la fonte

Des glaciers grondants,

Quand ta salive exquise monte

Au bord de tes dents,
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