Page:Beaumont - Contes moraux, tome 1, Barba, 1806.djvu/111

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vers un canal qu’il connaissait, et qui était un peu éloigné ; mais il ne trouva plus ce canal, et vit à la place une grande maison, dont les dehors brillaient d’or et de pierreries. Il y voyait entrer une grande quantité d’hommes et de femmes, magnifiquement habillés ; on chantait, on dansait dans cette maison, on y faisait bonne chère, mais tous ceux qui en sortaient, étaient pâles, maigres, couverts de plaies, et presque tous nus ; car leurs habits étaient déchirés par lambeaux. Quelques-uns tombaient morts en sortant, sans avoir la force de se traîner plus loin ; d’autres s’éloignaient avec beaucoup de peine ; d’autres restaient couchés contre terre, mourant de faim ; ils demandaient un morceau de pain à ceux qui entraient dans cette maison ; mais ils ne les regardaient pas seulement. Chéri s’approcha d’une jeune fille, qui tâchait d’arracher des herbes pour les manger : touché de compassion, le prince dit en lui-même, j’ai bon appétit, mais je ne mourrai pas