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Je la vis qui fuyait, mon âme en fut atteinte,
Et je fis par amour ce qu’elle fit par crainte,
Sur le front de mes gens on vit la honte agir,
L’amour qui m’aveuglait m’empêcha d’en rougir,
Après ce déſhonneur pas un ne voulut vivre,
Le plus lâche aima mieux mourir que de me ſuivre,
Et la mer ſous nos pieds rougit de toutes parts
De la honte du chef, & du ſang des ſoldats.
Si depuis qu’à ſes yeux votre âme eſt aſſervie
Tous vos faits ont terni l’honneur de votre vie,
Si votre ſort changea quand ſon œil vous ſurprit,
Accuſez ſon viſage, & non pas ſon eſprit,
Quand le ſubtil appas d’une beauté nous bleſſe
Nous ne ſommes vaincus que par notre faibleſſe :
Chaſſez de votre eſprit ces injuſtes ſoupçons,
Le ſort vous perſécuté en aſſez de façons ;
La reine vous trahit ?
Oui me trahit, Lucile,
De tous mes ennemis elle eſt la plus ſubtile,
Bien que ceux qui m’aimaient ſe retirent de moi,
Bien que je trouve en eux des manquements de foi,