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XAVIER DE MAISTRE

rations sur la France (1) et le sensible auteur du Voyage autour de ma Chambre, l’éloquent apologiste de l’amitié.

H s’intéresse toujours —ivement au royaume sarde, à sa petite patrie. Roi depuis 1831. le prince Charles— Albert, dont il avait bien auguré lors de son passage à Racconigi, nature chevaleresque et rehgieuse, avait d’abord suivi la politique conservatrice de son premier ministre, le comte de la Margarita. Puis, enthousiasmé par l’espérance d’être le libérateur de l’Italie et d’obtenir le titre de roi de Lombardie, il aait domié dans le libéralisme, sans se douter que Mazzini et ki Jeune-Italie ne l’accej^taient que ])our chasser les Autrichiens, quitte à le chasser ensuite lui-même comme un obstacle à la république italienne : « Notre roi Charles-Albert a fait les mêmes fautes que Lamartine et bientôt il aura un sort analogue, prédit le frère de Joseph de Maistre ; il s’est fait libéral par entraînement ; il a exclu de ses conseils tous ceux Cjui pensent bien ; tous mes ] :)areiits ont été mis de côté… Je suis dans la bouteille à l’encre… » (2) La défaite de Xovare (23 mars 1849) seule empêcha sa « jirédiction » de se réaliser, Charles-Albert d’être joué par Mazzini, et le trône de Sardaigne d’être emporté par le flot révolutionnaire. Victor-Emmanuel signa la paix avec l’Autriche, et, dans le nord comme dans le midi de l’Italie, la réaction fut complète contre le libéralisme.

Mais à Rome, la lutte continua. Le ministre Rossi est assassiné. Le Pape prisonnier de la RéAolution est obligé de se réfugier à Gaète, sur les terres du roi de Naples. Mazzini proclame sa déchéance comme souverain temporel en même temps que la république démocratique. Tous ces événements ont une répercussion douloureuse dans le cœur de XaAaer de Maistre qui regardait Rome conune « la seconde patrie de tout homme qui a une âme ». Il voit avec plaisir le prince Louis-Napoléon, cet ancien « petit gamin de Saint-Leu » dont il avait ironiquement narré l’escapade carbonariste dans les Etats Pontificaux, élu président de la République française, se prononcer nettement pour le « maintien de la souveraineté temporelle du Chef vénérable de l’Eglise >. Mais ses appréhensions demeurent vives pour l’avenir : « Tout peut encore s’écrouler à la suite des votes qui s’annoncent fort mal… Je crois, hélas ! le mal irréparable avant une dernière et terrible et générale catastrojihe qu’heureusement je ne verrai pas… » (3)

On juge de sa joie quand son ami le général Oudinot eut repris Rome sur les révolutionnaires mazziniens et qu’il eut organisé une grande cérémonie à Saint-Pierre pour célébrer la restauration du pouvoir pontifical (5 et 15 juillet 1849) : « Vous comprendrez

(1) Le monument des frères de Maistre, érigé devant le château de ces ducs de Savoie qu’ils servirent avec tant de fidélité, est d’un sjTiibolisme aussi exact qu’expressif… Xavier s’y serre contre Joseph qu’il regarde avec admiration… .îoan-.Tacques Rousseau qui herborise dans le bucolique Clos SavoirovLx n’a qu’à descendre vers la cité de Chambéry : il y trouvera, comme un rempart contre ses idées révolutionnaires, le petit Xavier, un amant de la nature, un promeneur parfois wMaire comme lui, à côté du philosophe des Considérations sur la France.

— (2) E. R. II, 207. — (3) ibid.