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La grammaire est donc une science plutôt qu’un art ; cependant elle peut être considérée sous ce dernier point de vue, en ce qu’elle indique les moyens d’éviter les locutions vicieuses, d’employer des expressions ou des phrases plus ou moins correctes, plus ou moins élégantes, et enfin en ce qu’on peut y devenir plus habile par la pratique.

Pour saisir les rapports qui se trouvent entre nos pensées, nos jugements et les mots qui servent à les exprimer, il faut remonter à l’analyse même de notre entendement et de ses facultés, et chercher comment se forment nos jugements et nos idées.



N° II.

DU JUGEMENT ET DE LA PROPOSITION.




La neige est blanche.

(Pascal.)

Les fruits du bananier sont aromatiques.

(Bernardin de Saint-Pierre.)

Le lait est doux.

(Laromiguière.)

La graine du café est coriace et acerbe.

(Id.)


On appelle sens, la faculté de l’homme et des animaux par laquelle ils reçoivent l’impression des objets extérieurs et corporels.

Nous avons cinq sens : La vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher et le goût.

L’impression que l’âme reçoit des objets par les sens se nomme sensation.

De la sensation et de certaines facultés intellectuelles naît l’idée, qui, à son tour, fait éclore la pensée.

On appelle pensée l’opération de l’intelligence par laquelle l’esprit examine, considère, en lui-même ou dans ses rapports avec un autre, l’objet dont la sensation lui a donne l’idée.

Si notre esprit considère l’objet dans ses rapports avec un autre, il trouve qu’il y a ou qu’il n’y a pas convenance entre les deux objets. Cet acte de l’entendement se nomme jugement.

Le jugement est tout intérieur, mais on peut l’exprimer par la parole ou par l’écriture. Tout jugement qu’on exprime est une proposition.

La proposition est donc une réunion de mots que l’on emploie pour énoncer un jugement.

Prenons un exemple et appliquons les raisonnements qui précèdent.

Le Français est courageux.

Par la vue ou, par l’ouïe, c’est-à-dire par ce que j’ai vu moi-même ou par ce que j’ai entendu dire, par ce que j’ai appris, mon esprit a reçu l’impression de l’existence d’un être qu’on appelle Français, et il a été frappé aussi d’une vertu qu’on appelle courage : voilà la sensation.

Ensuite, il m’est venu une notion, une connaissance distincte de ces deux choses : c’est l’idée.

J’ai examiné, considéré ces deux choses en elles-mêmes, puis dans les rapports qu’elles peuvent avoir entre elles : c’est la pensée.

Enfin, j’ai saisi, j’ai fixé ce rapport : c’est le jugement.

J’énonce mon jugement par une proposition.

Il y a dans toute proposition trois parties essentielles.

La première exprime l’objet sur lequel on porte le jugement, c’est le sujet.

La seconde exprime la chose comparé avec le sujet. C’est ·l’attribut.

La troisième établit le rapport de l’attribut au sujet, c’est le verbe.