Page:Bescherelle - Grammaire nationale.djvu/7

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— III —

les véritables lois qui régissent notre langue, ils eussent rendu d’incontestables services à l’enseignement. Mais ce ne sont que des aperçus, souvent pleins de profondeur, sur des questions de métaphysique, bons pour ceux qui aiment à se bercer l’intelligence dans de vaporeuses généralités, et assez peu utiles à ceux qui veulent apprendre. Et puis M. Lemare, loin de coordonner d’après les faits le système qu’il voulait établir, a eu le grave tort de courber les faits à son système, ce qui détruit complètement l’autorité de ses doctrines. On peut également reprocher à l’estimable M. Boniface d’avoir donné pour base à ses principes des faits qu’il a lui-même inventés, forgés. Mieux que personne pourtant il devait savoir que ce n’est que dans les ouvrages de nos grands écrivains qu’il faut chercher ses autorités, et qu’il est ridicule à un grammairien, quelle que soit d’ailleurs sa supériorité, de prétendre dicter à tout un peuple les lois du beau langage.

Liberté pleine et entière à chacun de conserver son rituel et son rudiment, de s’imposer des règles, d’y croire et de les suivre. Ce qui n’est plus permis, a dit M. Charles Nodier, c’est de les prescrire tyranniquement aux autres. Le réseau de Restaud et de Lhomond est devenu trop lâche et trop fragile pour emprisonner l’esprit de nos écrivains.

C’est dans le but de régénérer la grammaire, en lui donnant un nouvel aliment par l’observation de la nature et à l’aide d’une étude plus soignée des faits, que cet ouvrage a été entrepris : nous avons voulu fonder un enseignement national, en remplaçant enfin toutes ces grammaires des grammairiens par la grammaire des grands écrivains. Aussi, avec quelle ardeur, quel enthousiasme ne fut pas accueillie la Grammaire Nationale, non seulement dans toutes les parties de la France, mais encore à l’étranger ! C’est que cet ouvrage, bien différent de tous ceux qui l’avaient précédé, n’établissait pas de règles a priori ; c’est que, pour la première fois, il montrait le génie de la langue se développant sous la main de nos grands hommes ; c’est qu’il était comme l’écho vivant de l’usage. Personne ne s’y est trompé, et si nous avions pu douter un seul instant du succès de notre livre, l’éloge qu’en ont fait les organes de l’opinion publique, les suffrages dont l’ont honoré la plupart des sociétés savantes, auraient suffi pour dissiper nos craintes, et nous convaincre que nous avions atteint le but que nous nous étions proposé[1]. Mais un accueil aussi flatteur ne nous a pas aveuglés sur les imperfections de notre livre.

Dans cette dernière édition, nous nous sommes efforcés d’en améliorer tout à la fois le plan de l’exécution. Plusieurs parties ont été complétées ; d’autres ont été refondues en entier. Quant aux citations, nous avons préféré nous priver de certaines

  1. La Grammaire Nationale a été approuvée par l’Athénée des Arts, la Société des Méthodes, la Société Grammaticale de Paris, la Société d’Émulation pour le perfectionnement de l’instruction primaire en France, etc.