Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 1.djvu/15

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faisait-il que succomber à ce dégoût de la vie, maladie morale que Dieu envoie aux puissants, pour venger de leurs souffrances physiques les faibles et les petits ! Il était allé déjà depuis quelques temps loin de son pays, qu’il fuyait, lorsqu’un jour, pendant que sa mère priait pour lui dans la cathédrale de Saint-Pétersbourg, on apprit l’arrivée d’un courrier vêtu de noir. Le métropolitain entra dans l’église, portant un Christ couvert d’un crêpe, et on se mit à chanter comme pour les morts. Le fondateur de la sainte-alliance, le pacificateur armé de l’Europe, l’homme par qui avait été terrassé dans Napoléon le double génie de la guerre et de la France, l’empereur Alexandre n’était plus.

Chose bonne à méditer ! Des deux hommes qui, à Tilsitt, s’étaient partagé le monde, l’un est mort loin de son pays, dans une contrée sauvage où il s’était réfugié, lassé des humains, de la nature et de lui-même. L’autre, écrasé sous sa toute-puissance, s’est éteint lentement au milieu des mers. Ils s’ingèrent à disposer des peuples, et ne peuvent jusqu’au bout disposer d’eux-même. Ceci est une religieuse leçon d’égalité.

Au reste, les événements se suivent d’une manière beaucoup plus logique qu’on ne serait tenté de le croire, à voir combien les gouvernements sont instables et les hommes fragiles.

Ainsi, depuis le jour où l’Assemblée constituante avait enregistré les conquêtes de la bourgeoisie en