Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 1.djvu/46

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hiérarchie pour trouver appui. Il se crut perdu lorsqu’à Fontainebleau il n’aperçut autour de lui que des maréchaux au visage effaré, et qu’il n’entendit sortir de leurs lèvres que cet arrêt prononcé par l’ingratitude : « Abdiquez ! » Abdiquer ! et pourquoi ? Napoléon n’avait-il pas encore une armée ? Ne pouvait-il pas compter encore sur le dévouement des généraux secondaires, de ceux que l’opulence n’avait pas amollis, que l’intrigue n’avait pas enveloppés, qui n’avaient pas respiré l’air corrupteur des salons de la capitale ? Quand les corps de Soult et de Suchet seraient réunis, la partie serait-elle nécessairement perdue avec un joueur tel que Napoléon ?

Ces raisonnements qu’un caporal était en état de faire, c’est à peine si Napoléon les fit. J’admire comment la faiblesse des hommes éclate surtout dans les choses qui témoignent le plus de leur puissance. Napoléon avait toujours exercé autour de lui un si merveilleux ascendant, que le jour où l’on parut douter de son avenir ; il en douta comme les autres. Peu habitué à la résistance, la première résistance qu’il éprouva l’étonna au point de le déconcerter et de l’abattre, Il devint irrésolu à l’excès, en expiation de l’abus que, pendant quinze ans, il avait fait de sa volonté.

Voyez-le à Fontainebleau. Son hésitation fait pitié il ne sait ni vivre ni mourir empereur. Après avoir abdiqué pour lui, reculant toujours, il abdi-