Page:Botrel - Contes du lit-clos, 1912.djvu/85

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


EN DÉRIVE




.... Certes, mes bons amis, la grand’pêche en Islande
Est une chose belle, est une chose grande,
Et ceux-là qui la font sont de fiers matelots
Et non point des « terriens » maigrelets et pâlots !

Trapus, poilus, le teint de la couleur des briques,
Videurs de boujarons, chiqueurs de bonnes chiques,
Ce sont de fameux gâs, du sabot-botte au col :
Demandez-le plutôt aux filles de Paimpol !

De les voir, aux retours, bourlinguer par la Ville,
Le verbe haut, l’œil gris un peu dur, mais tranquille :
« Voilà donc ces gaillards, dit-on, avec stupeur,
« Qui n’ont jamais connu la Tristesse ou la Peur ! »

Eh bien ! vous vous trompez, mes gâs, je vous l’assure :
Nous avons tous connu l’effroyable morsure
De l’Angoisse affolante et du profond Chagrin :
Qui n’a jamais eu peur n’est qu’un foutu-marin !

Moi-même j’avais dit, autrefois, même chose !
Comme cela, de loin, dame ! on voit tout en rose,
Et je m’étais vanté que nul être ici-bas
Ne verrait larmoyer mes yeux, trembler mon bras !