Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t1.djvu/26

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sonne un exemple frappant de la bizarrerie de nos usages ; on vit un citoyen vertueux, réformateur de sa patrie, désavoué par sa patrie, et privé des droits de citoyen ; l’honneur véritable séparé de tous les honneurs de convention ; le génie dans l’avilissement, et l’infamie associée à la gloire : mélange inexplicable, à qui ne connaîtrait point nos contradictions, à qui ne saurait point que le théâtre, respecté chez les Grecs, avili chez les Romains, ressuscité dans les états du souverain pontife[1], redevable de la première tragédie à un archevêque[2], de la première comédie à un cardinal[3], protégé en France par deux cardinaux[4], y fut à la fois anathématisé dans les chaires, autorisé par un privilège du roi et proscrit dans les tribunaux. Je n’entrerai point à ce sujet dans une discussion où je serais à coup sûr contredit, quelque parti que je prisse. D’ailleurs Molière est si grand, que cette question lui devient étrangère. Toutefois je n’oublierai pas que je parle de comédie ; je ne cacherai point la simplicité de mon sujet sous l’emphase monotone du panégyrique, et je n’imiterai pas les comédiens français, qui ont fait peindre Molière sous l’habit d’Auguste.

  1. Léon X.
  2. La Sophonisbe de l’archevêque Trissino.
  3. La Calandra du cardinal Bibiena.
  4. Les cardinaux de Richelieu et Mazarin.