Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t1.djvu/341

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QUESTION.


SI, DANS UNE SOCIÉTÉ, UN HOMME DOIT OU PEUT LAISSER PRENDRE SUR LUI CES DROITS QUI SOUVENT HUMILIENT L’AMOUR-PROPRE ?


Cette question est plus difficile à résoudre qu’elle ne le paraît d’abord. Ceux qui sont pour l’affirmative, prétendent que l’amitié véritable est un contrat par lequel chacune des parties consacre à l’autre toute son existence. Ils disent que, si l’amitié ne laisse pas le droit de donner des secours à son ami, ou d’en recevoir, elle est une chimère ridicule ; que son principal bonheur consiste à lever ou déchirer ce voile de décence que les hommes ont jeté sur leurs besoins, pour se dispenser de se secourir, en continuant de se prodiguer les marques de l’affection la plus vive ; que c’est celui qui donne, qui est honoré et obligé, etc. Ceux qui sont pour la négative, me paraissent appuyer leur opinion par des raisons plus solides. Ils disent que l’amitié, étant une union pure des âmes, ne doit pas se laisser soupçonner d’un autre motif. On peut appliquer cette réflexion à l’amour même. En tout état de cause, on fait toujours très-bien de ne donner, que le moins qu’on peut, atteinte à cette règle. Celui qui reçoit,