Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t5.djvu/138

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Mais, soumis à des lois que je ne puis changer,
Je n’ai plus qu’un moyen propre à vous soulager.
Je hais vos oppresseurs : les riches sont barbares ;
Ils paraîtront souvent l’objet de mon courroux ;
Mécontens, ennuyés, prodigues, vains, bizarres,
Ce sont de vrais tourmens : mais le plus grand de tous,
C’est l’avarice ; eh bien ! je vais les rendre avares :
C’en est fait, les voilà pauvres tout comme vous. »
Ainsi fit Jupiter. Les Dieux ont leur système.
Mais, soit dit sans fronder leur volonté suprême,
Je voudrais que le ciel, moins prompt à nous venger,
Sût un peu moins punir, et sût mieux corriger.




LA JAMBE DE BOIS ET LE BAS PERDU.


    Est-ce un conte ? est-ce un apologue ?
Vous en déciderez : voilà tout mon prologue.

Une dame en faveur, je vous tairai son nom,
        Belle encor quoiqu’un peu passée,
Eut, je ne sais comment, la jambe fracassée :
Il fallut en venir à l’amputation.
Grand fut le désespoir, plus grande la souffrance ;
Mais on se tira bien de l’opération.
Bref, on touche au moment de la convalescence :
Il fallut s’habiller ; une jambe d’emprunt,
Dans une double éclisse avec art enchassée,
         Supplément du membre défunt,
    Au lieu vacant fut promptement placée :
L’autre jambe, la bonne, était déjà chaussée.