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l’instruction publique ; ce fut alors qu’il chanta l’Arbre de la liberté au Cadran-Bleu, sur l’air : Je l’ai planté, je l’ai vu naître. On le jugea assez béat de philosophie pour une ambassade auprès d’un de ces rois qu’on découronnait. Il écrivait de Turin à M. de Talleyrand qu’il avait vaincu un préjugé : il avait fait recevoir sa femme en pet-en-l’air à la cour[1]. Tombé de la médiocrité dans l’importance, de l’importance dans la niaiserie, et de la niaiserie dans le ridicule, il a fini ses jours littérateur distingué comme critique, et, ce qu’il y a de mieux, écrivain indépendant dans la Décade[2] la nature l’avait remis à la place d’où la société l’avait mal à propos tiré. Son savoir est de seconde
- ↑ Guinguené fut nommé, au commencement de 1798, ambassadeur de la République française à Turin. « C’était, dit M. Ludovic Sciout (le Directoire, tome III, p. 532), c’était un vrai Trissotin, un révolutionnaire aussi sot qu’insolent. » Par affectation de simplicité, et sans doute aussi par économie, car il tenait beaucoup à l’argent, il fit dispenser sa femme de paraître en habit de cour aux audiences. Sans perdre une heure, il dépêcha au ministre des relations extérieures un courrier extraordinaire, porteur de la grande nouvelle : la citoyenne ambassadrice est allée à la cour en pet-en-l’air ! Ce pauvre Guinguené avait compté sans son hôte : le ministre (c’était Talleyrand) glissa aussitôt dans le Moniteur la note suivante : « Un ambassadeur de la République a écrit, dit-on, au ministre des relations extérieures qu’il venait de remporter une victoire signalée sur l’étiquette d’une vieille monarchie, en y faisant recevoir l’ambassadrice en habits bourgeois. Le ministre lui a répondu que la République n’envoyait que des ambassadeurs, parce qu’il n’y avait chez elle que des directeurs et qu’on n’y connaissait de directrices que celles qui se trouvaient à la tête de quelques spectacles. » (Moniteur du 26 juin 1798.) — À quelques jours de là, Guinguené était rappelé.
- ↑ La Décade philosophique, fondée le 10 floréal an II (29 avril 1794). Guinguené en fut le principal rédacteur. Il était secondé par une « société de républicains » devenue en l’an V « une société de gens de lettres ». On remarquait, dans le nombre, J.-B. Say, Amaury Duval, Lebreton, Andrieux, etc. Peu après l’établissement de l’empire, le 10 vendémiaire an XIII (2 octobre 1804), la Décade changea son titre en celui de Revue philosophique, littéraire et politique. Elle cessa de paraître en 1807. Lors de la publication du Génie du christianisme, la Décade n’avait pas manqué de l’attaquer très vivement dans trois articles dus à la plume de Guinguené et réunis aussitôt en brochure sous ce titre : Coup d’œil rapide sur le Génie du christianisme, ou quelques pages sur les cinq volumes in-8° publiées sous ce titre par François-Auguste Chateaubriand. — Paris, de l’imprimerie de la Décade, etc., an X (1802), in-8° de 92 pages.