Page:Claudel - Connaissance de l’est larousse 1920.djvu/152

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SALUTATION


Et je salue de nouveau cette terre pareille à celles de Gessen et de Chanaan. Cette nuit, notre navire à l’entrée du fleuve ballotté dans le clair-de-lune couleur de froment, quel signe bien bas au-delà de la mer m’a fait le feu des « Chiens », veilleur d’or au pied du pan d’astres, splendeur lampante à l’horizon du Globe. Mais, des eaux faciles nous ayant introduits au sein de la région, je débarque, et sur ma route je vois au-dessous de moi se répéter au cœur des champs l’image du rond soleil, rubiconde dans le riz vert.

Il ne fait ni froid, ni trop chaud : toute la nature a la chaleur de mon corps. Que le faible cri des cigales sous l’herbe me touche ! à cette fin de la saison, dans l’instant testamentaire, l’union du ciel et de la terre, amoureuse aujourd’hui moins qu’elle n’est sacramentelle, consomme la solennité matrimoniale. O sort bien dur ! n’est-il de repos que hors de moi ? n’est-il