Page:Claudel - Le Pain dur, 1918.djvu/41

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si vous l’entendiez ! dire que je ne puis plus obtenir d’elle qu’elle ouvre son piano !

C’est l’art qui a été le premier lien entre nous. Si vous aviez entendu ce que fait le piano déchaîné sous ses phalanges de fer et cet ouragan de notes, on entend distinctement chacune d’elles !

Ce petit doigt surtout, à l’extrémité de chaque main, ce petit doigt d’acier qui trouve tout-à-coup la touche et tous les points du clavier et la frappe avec une implacable ubiquité !

J’étais enthousiasmé ! Je me suis dit il faut que je fasse de ce petit doigt mon ministre et le Gouverneur général du vieux Turelure !

Et voilà ! C’est elle qui tire de cette vieille âme tout ce qui lui reste de musique.

(Il lui baise la main).

SICHEL — Cher Comte !

Cher Toussaint ! — Adieu, Lumîr ! Courage ! Et vous, Toussaint, je vous en prie, faites ce que vous pouvez ! J’aime tant ce pauvre Louis.

(Elle sort).

SCÈNE III

TURELURE, lui envoyant un baiser.