Page:Dante - La Divine Comédie, L’Enfer, trad. Ratisbonne, 1870.djvu/379

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée
351
L’ENFER — CHANT XXVI


J’étais triste, et mon âme est encore assiégée
Par ces poignants tableaux qui l’avaient affligée,
Et je dompte mon cœur autant que je le peux,

Pour marcher dans la voie où la vertu me guide,
Et ne pas m’envier, en perdant son égide,
Les dons reçus du Ciel ou de mon astre heureux.

Ainsi qu’un villageois couché sur la colline,
Quand le soleil d’été, qui sur le mont décline,
A dardé plus longtemps ses rayons bienfaisants,

A l’heure où le cousin vole seul et murmure,
Au milieu des épis et de la vigne mûre,
Voit en foule à ses pieds briller les vers luisants :

Ainsi, quand du rocher mon pied toucha la cime,
J’aperçus mille feux ; tout au fond de l’abîme
Dans la huitième fosse ensemble ils éclataient.

Tel, celui dont les ours vengèrent la querelle,
Vit fuir le char d’Élie à la voûte immortelle,
Quand les chevaux de feu vers le ciel l’emportaient :

Son œil qui le suivait, perdu dans l’atmosphère,
N’aperçut bientôt plus qu’une flamme légère,
Comme un faible nuage égaré dans le ciel ;

Tel, dans ce gouffre ouvert où le regard se noie,
Je voyais se mouvoir, en me cachant leur proie,
Ces feux qui recelaient chacun un criminel !

Je penchais pour mieux voir et le corps et la tête ;
Ma main seule du roc tenait encor l’arête
Et m’empêchait de choir dans le gouffre béant.