Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 1.djvu/114

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teuil, la chancelière, le paravent, les lettres déchirées, les boîtes à dépêches ornées d’étiquettes, comme autant de fioles médicinales, l’odeur prédominante de cuir et d’acajou, tout cela avait un certain air grandiose de boutique à ne rien faire qui donnait une idée majestueuse du Mollusque absent.

Le Mollusque présent, qui tenait encore à la main la carte de M. Clennam et paraissait fort jeune, avait les plus drôles de petits favoris pelucheux qu’on ait jamais vus. C’était un si maigre duvet que celui qui recouvrait son menton adolescent, qu’il ressemblait à un oiseau dont les plumes commencent à pousser ; et un observateur compatissant aurait pu craindre que ce poussin chétif ne mourût de froid, s’il n’avait pas eu la précaution de se roussir les mollets. Un charmant lorgnon était suspendu à son cou ; mais, par malheur, les yeux de l’employé avaient des orbites si plats et de petites paupières si flasques, que le lorgnon ne voulait pas lui tenir dans l’œil, et retombait sans cesse contre les boutons de son gilet avec un bruit sec qui molestait le porteur.

« Oh ! dites-moi : vous savez que mon père n’est pas là et ne sera pas là de toute la journée, dit Mollusque jeune. Est-ce quelque chose que je puisse faire ? »

(Clic ! Voilà le lorgnon qui tombe. Mollusque jeune, tout effrayé, cherche autour de lui sans pouvoir le retrouver.)

« Vous êtes bien bon, répond Arthur Clennam ; mais je désire parler à M. Tenace Mollusque.

— Mais dites donc ! Vous n’avez pas d’audience, vous savez, » riposte Mollusque jeune.

(Il retrouve son lorgnon et le rajuste.)

« Non ! c’est justement une audience que je désire.

— Mais dites donc ! Voyons un peu : s’agit-il d’une affaire publique ? » demande Mollusque jeune.

(Clic ! Voilà le lorgnon qui tombe encore. Mollusque jeune est tellement occupé à le chercher, que, pour le moment, M. Clennam juge inutile de répondre.)

« S’agit-il, reprend Mollusque jeune, remarquant le teint hâlé du solliciteur, s’agit-il de… tonnage… ou de quelque chose de ce genre-là ? »

(En attendant la réponse, il ouvre son œil droit avec sa main et y colle son monocle d’une façon si inflammatoire, que l’œil se met à pleurer atrocement.)

« Non ; il ne s’agit pas de tonnage.

— Voyons donc un peu. S’agit-il d’une affaire personnelle ?

— Je ne sais vraiment pas au juste. Il est question d’un M. Dorrit.

— Dites donc, vous n’avez qu’une chose à faire, savez-vous ! Passez chez nous, si vous allez de ce côté-là : 24, Mews-Street, Grosvenor-Square. Mon père a une attaque de goutte qui le retient à la maison. »

(Il est clair que le malavisé Mollusque jeune devient aveugle de